Assureur cherche start-up pour transformation durable

Assureur cherche start-up pour transformation durable
Getty Images / L. Flugga

Dans leur quête d’innovation, les assureurs affichent un intérêt de plus en plus marqué pour les jeunes pousses qui inventent les produits, les services et les usages de demain. Panorama des multiples modes d’approche et stratégies de partenariat observables sur le terrain.

C’est une innovation en soi. Le monde feutré et fermé de l’assurance est en train de devenir la terre d’accueil de jeunes entrepreneurs inventifs et audacieux.

Jusqu’à présent les assureurs étaient peu enclins à ouvrir leur forteresse à des tiers, sans doute parce que la maîtrise des risques est l’essence même de leur métier, mais aussi parce que la plupart d’entre eux sont d’imposantes structures, issues d’une longue histoire. Mais plus le monde change, et plus il devient urgent d’innover, vraiment. D’où les brèches apparues dans les murs et les avances faites aux start-up qui inventent les produits, les services et les usages de demain.

Chiffre Clés

  • 90% : Taux d’échec élevé des start-up.
    (Source : Forbes)
  • 6 MD$ : Montant estimé investi dans les Fintech dans le monde, en 2014 contre 928 millions en 2008.
    (Source : Accenture)
  • 1 042 : Nombre de Fintech dans le monde en 2014 contre 248 en 2013.
    (Source : Finance Innovation)
  • 43% : Des assureurs ont déjà investi, acheté une start-up ou projettent de le faire.
    (Source : Accenture).

Les premières alliances sont de nature marchande. Nombreux sont, en effet, les assureurs qui ont élaboré des offres pour les clients des start-up opérant dans l’économie collaborative. Des partenariats entre Axa et Blablacar (covoiturage), Allianz France et Drivy ou encore Generali France et Ouicar (location de véhicules entre parti­culiers), outre leurs éventuelles retombées commerciales, fournis­sent aux assureurs un poste d’observation idéal pour compren­dre les nouveaux usages.

Dans certains cas, ces accords se sont doublés d’une prise de participation dans ces nouveaux partenaires. La Maif a ainsi investi dans des sociétés auxquelles elle fournit des solutions d’assurance telles que Koolicar et Guestoguest (location entre particuliers de véhicules pour la premiè­re et d’appartements et de maisons pour la seconde). Depuis, la mutuelle a lancé une structure d’investissement dotée d’une enve­loppe de 128 M€ pour les quatre ans à venir. De quoi semer des graines !

Et c’est bien dans cette voie de l’accompagnement financier que s’engagent de plus en plus d’acteurs. Chez Axa, l’investissement dans des start-up jugées innovantes pour le secteur de l’assurance et de la finance s’effectue via un nouveau fonds de capital-risque. Créé en février 2015, Axa Strategic Ventures, présent dans sept pays, dispose de 200 M€ pour soutenir le développement de jeunes pousses prometteuses dans le monde. à une échelle plus locale, le groupe Covéa prévoit de mobiliser 1 M€ à travers Covéa Next, sa structure d’investissement née fin 2014.

C’est un levier pour insuffler, l’esprit d’entreprendre.

Sylvain Theveniaud, directeur de l’Accélérateur Allianz France

Un pari au long cours

Accompagner de jeunes pousses est perçu comme un moyen de diversifier ses investissements, mais cette démarche est surtout adoptée pour créer des liens de proximité avec les entrepreneurs. Pour Claude Friedrich, directeur de Covéa R&D qui intervenait le 2 juillet dernier lors d’une conférence de L’Argus sur la transformation digitale, « la vocation de Covéa Next est avant tout d’expérimenter et de coinventer les produits et les services de l’assurance de demain. Son objectif n’est pas la rentabilité, d’ailleurs la direction financière n’est pas associée à son pilotage ». Entrer au capital de start-up, c’est aussi, selon lui, un moyen de travailler différemment et de s’affranchir des points de vue historiques qui brident l’innovation. Un vœu effi­cace tant que la créativité des jeunes pousses n’est pas maladroitement entravée. Ce qui peut arriver quand les liens entre celles-ci et les groupes d’assurance deviennent trop étroits. C’est la raison pour laquelle Covéa Next reste toujours minoritaire au capital de ces frêles TPE. « Devenir majoritaire, c’est le meilleur moyen de les tuer », assure Claude Friedrich.

Quand les assureurs essaient d’intégrer les start-up, ils les tuent. Aujourd’hui, je suis donc encore dubitatif sur l’innovation disruptive générée... En revanche, cela les aide à se digitaliser et à recruter de nouveaux talents.

David Giblas, associé chargé de l’assurance chez Oliver Wyman

C’est également pour ne pas risquer de les étouffer qu’Allianz France n’investit pas directement dans les entreprises innovantes que le groupe accompagne au sein de son accélérateur. Avec les incubateurs, les accélérateurs constituent, en effet, une autre forme aboutie d’ouverture aux start-up. Covéa y a recours dans le domaine de la maison connectée, mais aussi Axa France à travers Axa Factory. Plus que des moyens financiers, il s’agit là de mettre en place les outils, les ressources et les réseaux – experts en technologie et financiers – qui permettront de créer un environnement favorable à la naissance ou au développement de sociétés innovantes pouvant devenir de futurs partenaires.

Chacune des sociétés accueillies au sein de l’accélérateur Allianz, « peut avoir un impact sur notre modèle économique ou sur la valeur de notre offre », expliquait Sylvain Theveniaud, directeur de cette structure, lors de l’inauguration le 26 juin dernier. Leur sélection s’est faite sur leur « capacité à inventer et à imaginer l’assurance de demain ». Un point clé selon Emmanuel Gavache, dirigeant d’Eridanis (lire interview).

Emmanuel Gavache, directeur général d’Eridanis (1) : « Il faut un prototype, puis déposer un co-brevet »

  • De nombreux assureurs multiplient les relations capitalistiques avec des start-up. Quel est, selon vous, le meilleur schéma collaboratif ?

Les groupes d’assurance ne deviendront pas innovants en mettant quelques euros dans une start-up. Il s’agit d’investir dans du capital à l’évolution incertaine. Aussi, le rapprochement grandes industries et start-up doit s’opérer autour du service livré. C’est-à-dire des produits et solutions de qualité industrielle directement exploitables dans le secteur concerné. Le bon schéma, c’est d’obtenir rapidement un prototype de solution puis de déposer un co-brevet.

  • Ces mariages sont-ils opportuns ?

Oui. Ces alliances permises par les nouvelles directions de l’innovation voire les structures d’investissement créées par les assureurs offrent enfin de l’agilité économique. D’ordinaire, les entreprises du CAC 40 ne sont pas accessibles aux start-up, juste parce qu’elles sont dépourvues de structure administrative pour répondre à ce référencement. Mais elles ont tout le reste !

  • Quelle start-up choisir ?

Celles qui multiplient les levées de fonds fantastiques ne sont pas forcément les meilleures cibles... Il faut aller chercher les start-up multisectorielle au sein desquelles il y a un bouillonnement créatif et la possibilité d’une application réelle et concrète dans l’environnement assurantiel. Une jeune pousse doit créer de la valeur dans un délai moyen de 6 ans. Dans l’assurance, cette valeur se situe dans les solutions préventives via l’Internet des objets.

(1) Société de conseil stratégique en services innovants et connectés.

Propos recueillis par Eloise Bernis

Définir une relation

Sur le terrain, la création de telles structures par les assureurs reste toutefois peu fréquente. Elle nécessite de mettre en place des moyens conséquents, capables de rivaliser avec les structures d’accueil existant sur le territoire. Certains acteurs optent donc pour une formule intermédiaire : un soutien ou une entrée au capital de dispositifs d’accompagnement existants. Ainsi Harmonie Mutuelle et IMT, filiale d’Inter Mutuelle Assistance, sont devenus actionnaires (à hauteur d’environ 5 %) de la Cité de l’objet connecté inaugurée le 12 juin à Angers. « Un accélérateur industriel » qui permet à des grands groupes de tester des prototypes, voire de lancer la fabrication d’une première série.

Les start-up innovantes dans le secteur numérique regroupées sous le nom de fintech et les groupes d’assurance doivent imaginer et construire des solutions novatrices pour le secteur lui-même et ses assurés car l’innovation des uns participe de l’innovation des autres, selon une logique d’externalité positive.

Jean-Hervé Lorenzi, président de Finance Innovation

Les relations entre assureurs et start-up prennent ainsi des formes diverses. Pour Joëlle Durieux, directrice générale de Finance Innovation, « tous les modèles sont bons ». Reste la question du devenir des solutions imaginées et éventuellement créées avec le soutien des assureurs, et de l’avenir des sociétés qui en sont à l’origine. « Les assureurs privilégient les prises de participations minoritaires. Ils mettent un ticket dans une boîte à haut risque. L’enjeu, c’est de faire durer ces alliances ! Et le moment critique reste l’intégration de la start-up », précise-t-elle. Une solution serait, selon David Giblas, associé chargé de l’assurance chez Oliver Wyman, « de nommer au comex le patron de la start-up intégrée et idéalement avoir le courage mana­gérial de le mettre aux comman­des d’une filiale ou d’un département clé ».

Les assureurs n’en sont pas encore là... Leurs portes s’entrouvrent à peine. Mais ils sont de plus en plus nombreux à lancer des invitations à la communauté des start-up. Arrivera un moment où identifier et attirer la pépite qui sera peut-être l’Amazon ou le Google de l’assurance sera un vrai défi. Le défi.

Eloïse Bernis et Estelle Durand

Allianz France : se réinventer en faisant un bout de chemin avec des start-up

Dans le stade de Nice qui porte son nom, Allianz France a réservé un espace de travail de 500 m² à de jeunes entreprises innovantes dans les domaines des objets connectés et du big data. Dans ces locaux, deux promotions de cinq sociétés chaque année, bénéficient pendant cinq mois de l’appui de l’assureur et de ses partenaires, experts en nouvelles technologies et investisseurs, parmi lesquels ID Invest (ex-filiale d’Allianz). En travaillant avec ces start-up qui ont déjà effectué une première levée de fonds, l’assureur entend les aider à passer un nouveau cap : acquisition de clients, développement à l’international... Sélectionnées pour leur capacité à inventer l’assurance de demain, elles se verront peut-être proposer un partenariat avec l’une ou l’autre entité du groupe. Mais pour Allianz France qui a placé l’innovation au cœur de son plan stratégique pour les cinq ans à venir, cette structure joue dans l’immédiat un rôle de « catalyseur de transformation ». « C’est un levier pour insuffler esprit d’entreprendre et agilité dans l’entreprise », explique Sylvain Theveniaud, directeur de l’accélérateur.

Covéa : deux fenêtres ouvertes sur l’innovation

Parallèlement aux initiatives internes pour favoriser l’innovation, Covéa a ouvert deux voies d’accès aux start-up. Fin 2014, le groupe mutualiste s’est doté d’une structure, Covéa Next, qui a vocation à prendre des participations minoritaires (10 à 20 tickets de 50 000 à 100 000 €) dans des start-up sélectionnées pour leur capacité à réinventer l’assurance. Wezzoo, plateforme collaborative de collecte et d’analyse de données de météorologie et de santé, a été la première à bénéficier de ce soutien. Le groupe dispose aussi d’un incubateur centré sur l’habitat connecté. Opéré avec Paris & Co, il accompagne une première promotion de quatre sociétés. Covéa soutient, par ailleurs, deux autres incubateurs pilotés par des tiers, l’un spécialisé dans l’e-santé, l’autre dans l’Internet des objets. Faire venir l’innovation à soi peut s’avérer moins risqué et moins coûteux qu’un pilotage en interne, selon Claude Friedrich, directeur de Covéa R&D, « mais cela implique d’accepter qu’une petite entreprise puisse faire mieux qu’un grand groupe, de travailler de manière différente, plus vite et avec moins de process, et de rester à la bonne distance pour ne pas étouffer ou ralentir les start-up ».

Des liaisons encouragées !

Favoriser les accords entre grands groupes et start-up, les corporate ventures l’incubation et l’accélération, c’est le vœu d’Axelle Lemaire à l’heure où il faut inventer l’expérience utilisateur, la personnalisation et l’utilisation du big data. La secrétaire d’état en charge de l’économie numérique applaudissait, le 26 mai 2015, la labellisation de 10 start-up (1) dans le domaine de l’assurance par Finance Innovation. Trophées suivis par un speed dating capitalistique entre grands groupes et primés (résultats non communiqués). Le 7 juillet, 12 fintech (2) – sociétés numériques liées à la finance – étaient encore mises à l’honneur. Le pôle de compétitivité lancera même, en avril 2016, un village de l’Insurtech où seules les start-up proposant des innovations assurantielles pourront rencontrer les assureurs. « Dépendance, bien vieillir, plateforme financière participative... Les groupes traditionnels doivent rester à l’avant-garde grâce à ces jeunes fournisseurs de technologies et services innovants. Nous offrons du networking », résume Joëlle Durieux, directrice générale de Finance Innovation qui va également créer un dispositif d’intermédiation, chargé de faciliter le dialogue entre tous les David et Goliath de la place.

(1) Innovative Insurance Insights, Finances & Création, Fluo, Knowesia, HS Data, Up CEV, Médecin Direct, Inspeer, Docxa et ComparEthic.

(2) Advize, Aston iTFinance, BPSIS. Crédit.fr, EOS Venture, Heoh, Météo Protect, Particeep, Paytop, Scaled Risk, Raise Partner et Unilend.

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