[DOSSIER] Les sociétés de gestion d'actifs des assureurs 1/3

Des choix tactiques délicats

Des choix tactiques délicats
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Des choix tactiques délicats
Hugues Chevillard analyste chez BFinance © DR
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Jérôme Broustra Responsable de la gestion de taux chez Axa IM depuis 2010. © DR
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Gilles Pécaut Responsable de la gestion déléguée chez Macif Gestion depuis 2010. © DR
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Répartition des placements des sociétés vie, de capitalisation et mixtes en 2009, en % © SOURCE : FFSA, RAPPORT ANNUEL 2009
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Répartition des placements des sociétés de dommages en 2009, en % : Malgré quelques fluctuations d'une année à l'autre, les « zinzins » maintiennent une part prépondérante de leurs actifs en obligations et OPCVM à revenus fixes. © SOURCE : FFSA, RAPPORT ANNUEL 2009
Des choix tactiques délicats
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Dans un contexte de baisse des taux longs, de crise de la dette souveraine, de volatilité des marchés actions et du tarissement du monétaire, les investisseurs institutionnels ont eu fort à faire pour trouver du rendement, et pour optimiser le couple rendement/risque.

« Il y a peu de choix parmi les pommes pourries », écrivait William Shakespeare dans la Mégère apprivoisée. Mais il a bien fallu que les gestionnaires des actifs des assureurs en prennent quelques-unes en 2010, dans un environnement économique et financier à la fois mouvant et atone. « L'an dernier, l'espérance de gains a été limitée sur les actifs traditionnels. Il a fallu aller chercher la performance ailleurs ou autrement », constate Ghislaine Bailly, présidente de Covéa Finance.

Car l'objectif est avant tout de trouver du rendement. En effet, les sociétés de gestion d'actifs des assureurs ont la lourde tâche de gérer les 1 681 milliards d'euros d'actifs qui leur sont confiés. Soit pour garantir les taux de rendement annoncés aux assurés vie. Soit, pour les compagnies dommages, pour contribuer aux résultats du groupe. À l'occasion du Forum GI, le grand rendez-vous annuel des investisseurs institutionnels (les fameux « zinzins » ) qui se tiendra les 16 et 17 mars au Palais des congrès de Paris, la question est de savoir ce qu'a bien pu privilégier le voisin en 2010 pour garder la tête hors de l'eau.

De l'obligataire, certes, mais...

Des obligations ? Assurément : les placements des assureurs en sont majoritairement constitués et Solvabilité 2 les y incitent fortement. « Alors que les obligations rapportent peu, Solvabilité 2 favorise l'investissement dans cette classe d'actifs », confirme Hugues Chevillard, analyste chez BFinance. Les obligations d'État français (OAT) ou allemands (Bund) n'ont cessé de chuter, et les pays périphériques de la zone euro, comme l'Irlande, la Grèce ou le Portugal, ont connu une crise de leur dette souveraine. Certains investisseurs ont donc usé de ruses.

« Nos investissements obligataires, soit plus de 10 milliards d'euros, ont été réalisés surtout en début et en fin d'année en évitant la période de taux très bas. Nos positions sur les emprunts périphériques avaient été réduites dès 2009, et, en 2010, nous avons géré activement nos expositions sur l'ensemble de la zone euro pour réduire les risques tout en maintenant le rendement », explique Philippe Setbon, directeur général de Generali Investment Managers.

D'autres se sont désengagés. « Nous nous sommes refusés à investir sur les obligations d'État qui affichaient moins de 3% comme en France ou en Allemagne », souligne Ghislaine Bailly. L'OAT et le allemand ont atteint des plus-bas historiques en 2010, respectivement jusqu'à 2,49% et 2,11%. Rappelons que la moyenne des taux de rendement servis sur les contrats d'assurance vie en 2010 oscille entre 3,20 et 3,40%, selon la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA).

Du coup, les obligations d'entreprises ont été plutôt plébiscitées par les « zinzins ». « Nous avons tendance à préférer le crédit corporate aux emprunts d'État. Beaucoup d'éléments fondamentaux nous font privilégier les entreprises », constate Jean-François Boulier, président du directoire d'Aviva Investors. La même manoeuvre a été engagée chez Generali Investment Managers. « Nous avons privilégié la diversification du portefeuille vers les obligations d'entreprises par exemple », confirme Philippe Setbon. La FFSA établit à 56% la part des placements des assureurs investis en actifs d'entreprises en 2010 (contre 54% en 2009 et 51% en 2008). Qui a dit que les assureurs ne participaient pas au financement de l'économie ?

Les marchés monétaires atones

Des actions ? Point trop n'en faut. La volatilité a encore été forte en 2010, avec une performance de - 0,1% sur l'année pour les marchés de la zone euro (Euro Stoxx) et de - 3,34% pour le Cac 40. La situation n'a pas empêché les « zinzins » de conserver quelques deniers placés en actions. « Nous avons fait le choix de maintenir notre exposition actions à hauteur de 10%, ce qui nous a permis de bénéficier de taux de dividendes élevés et de réaliser des plus-values dès le début de l'année 2010, tout en préparant 2011 », précise Philippe Setbon. Lequel ne manque pas de signaler le fait qu'une telle allocation n'est possible qu'avec un adossement à un groupe doté de fondamentaux solides : « Nos fonds propres nous permettent de bien diversifier nos actifs, ce qui est indispensable pour la performance à moyen terme. » Covéa Finance s'est aussi montré téméraire. « Nous avons été très opportunistes sur les marchés actions japonais, américain et européen », détaille Ghislaine Bailly.

Du monétaire ? Échaudés par des taux en chute libre, la plupart des « zinzins » s'en sont détournés. Proches des taux directeurs fixés par les banques centrales (celui de la Banque centrale européenne est bloqué à 1% depuis vingt-deux mois), les taux monétaires sont restés à des niveaux anémiques. L'Eonia (l'un des deux référents du marché monétaire de la zone euro avec l'Euribor) a, par exemple, affiché un rendement de + 0,341 à + 0,701% en 2010.

Dans cet environnement qui manque encore cruellement de visibilité, 2011 ne s'annonce pas moins tactique pour les gérants, entre ceux qui reviennent sur les obligations des pays périphériques de la zone euro, ceux qui vont tenter les émergents, ou d'autres qui restent sur les actifs traditionnels.

Prudence dans les pays émergents

Concernant la zone euro, les avis divergent. « En 2011, notre politique d'investissement sur nos portefeuilles gérés privilégie tout ce qui a souffert excessivement en 2010 dans la zone euro malgré de solides fondamentaux », affirme Nicolas Demont, directeur général d'Egamo. Maxime du Chayla, directeur général adjoint d'Ofi AM n'est pas du même avis : « Cette année, les emprunts d'État nous semblent encore trop chers, et nous préférons tout ce qui est crédit de bonne qualité. Nous ne sommes pas pessimistes, mais lucides. Sur les taux, il existe une vraie problématique de rendement. » D'autant que le krach obligataire guette, si jamais les taux venaient à remonter trop vite.

Les « zinzins » investiront également dans les pays émergents, mais avec prudence. « En 2011, nous tendons à préférer les pays développés aux zones émergentes, qui risquent de souffrir avant les autres de la remontée des taux. Par contre, les entreprises qui travaillent avec les pays émergents nous semblent intéressantes », explique notamment Jean-François Boulier. Les risques de reprise de l'inflation, notamment en ce qui concerne la Chine et l'Inde, inquiètent les gérants.

La même stratégie est appliquée chez Allianz GI France. « Il va falloir continuer à jouer les pays émergents, où se trouve la croissance, et investir dans les entreprises européennes qui font des affaires avec ces pays », résume Michel Haski, son directeur général.

L'année 2011 semble également être favorable au retour de l'investissement sur les actions.

« Peut-être faut-il y voir une incidence du QIS5, qui donne un aperçu plus précis des futures marges de manoeuvre et, donc, de ce qui nous attend », pressent Maxime du Chayla. « 2011 s'annonce plus difficile. Cela sera probablement une année pour les actions, qui ont jusque-là beaucoup souffert », estime pour sa part Michel Haski.

Le tout s'effectuera dans un contexte de croissance molle, la reprise ne pouvant être que progressive après la crise. Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit ainsi une croissance de 1,5% pour la zone euro en 2011.

Dernier point, et non des moindres, Jean-Pierre Grimaud, pré-sident de l'Association française des investisseurs institutionnels (AF2I), agite un spectre inquiétant pour l'année à venir : « En 2011, la question de la bulle va très vite se poser. L'argent est encore abondant, gratuit, et les ban-ques ne savent pas comment l'investir. Tous les éléments sont donc réunis pour qu'une bulle se crée. La question est de savoir où et quand. »

Qui sont les zinzins ?

 Les investisseurs institutionnels, familièrement appelés « zinzins », sont des organismes collecteurs de l'épargne des particuliers qui placent ensuite ces fonds sur les marchés. Par opposition aux investisseurs privés personnes physiques, il s'agit d'organismes de placement collectif, de compagnies d'assurance, de caisses de retraite, de banques, de mutuelles, de fonds de pension ou de sociétés de gestion d'actifs.

 

Avis d'expert : Hugues Chevillard, analyste chez BFinance

« Il y a eu un certain nombre de mouvements sur la place en 2010, avec, par exemple, la finalisation des fusions de BNP et Fortis, d'UFG et LFP, d'Oddo et de la Banque d'Orsay. Et OFI a intégré les encours de ses deux actionnaires, la Matmut et Macif Gestion. Allianz GI a vendu sa filiale 3AM, spécialisée dans la multigestion alternative, à Nexar Capital. Il pourrait y avoir d'autres mouvements importants à l'avenir, car les sociétés de gestion interne des groupes de protection sociale vont devoir faire face à une problématique de taille critique dans les années à venir. Dans la galaxie Humanis-Novalis, seul Aprionis possède une société de gestion. Il pourrait faire sens de rapprocher la gestion d'actifs des trois entités au sein de cette dernière. La question se pose aussi dans l'éventualité d'un rapprochement entre Mornay et D et O. Comme il y a d'importants décaissements des régimes Agirc-Arrco, ces groupes voient leurs encours sous gestion diminuer fortement, car on leur demande de liquider leurs actifs pour couvrir les déficits. Or, il faut que les structures de gestion soient encore à l'équilibre sans les actifs Agirc-Arrco. »

Gérer ses actifs sans société de gestion agréée

Tous les acteurs de la profession ne disposent pas de sociétés de gestion agréées par l'Autorité des marchés financiers (AMF). D'abord, les préalables requis pour une demande d'agrément ne vont pas toujours de soi. La société de gestion doit, entre autres, disposer d'un capital social minimum de 125 000 €, et justifier à tout moment d'un montant de fonds propres au moins égal à ce dernier ou au quart des frais généraux annuels de l'exercice précédent. Certaines mutuelles ou institutions de prévoyance de taille modeste ont donc fait le choix de constituer des équipes internes de gestion et/ou de déléguer celle-ci à une ou plusieurs sociétés de gestion externe. Néanmoins, lorsque la gestion est externalisée, les décisions d'allocation d'actifs appartiennent au conseil d'administration de la société mandante. Un comité de placement peut aussi être mis en place pour suivre la composition du portefeuille et ses niveaux de risque.

Comment ils exercent leurs métier

Jérôme Broustra

  • Son âge : 36 ans
  • Sa fonction :  Responsable de la gestion de taux chez Axa IM depuis 2010.
  • Son parcours : Titulaire d'un master de mathématiques et d'un DESS de finance de l'université Paris VI Pierre-et-Marie-Curie. Assistant gérant chez Citibank Global AM, gérant du portefeuille obligataire de la zone euro chez Crédit lyonnais AM jusqu'en 2004, gérant senior chez Axa IM, puis responsable adjoint de la gestion obligataire de la zone euro.
  • Comment il perçoit son métier aujourd'hui : « Mon rôle est de faire fructifier les encours que nous avons sous gestion. À côté de cela, il y a aussi la notion de financement de l'économie, car nous prêtons de l'argent à des États ou à des entreprises qui en ont besoin pour se développer et qui devraient sinon se refinancer à un coût plus élevé s'ils faisaient appel aux banques. L'avantage d'être adossé à une grosse structure est que nous avons accès à tous les marchés et à tous types de produits. »
  • Comment il voit son métier évoluer : « Notre métier devient de plus en plus technique : il mêle à la fois la macroéconomie, la géopolitique, beaucoup de mathématiques et de calculs actuariels, et une bonne connaissance des produits. Mais s'il devient plus technique, c'est aussi parce que les clients sont de plus en plus aguerris et qu'ils ont un degré d'exigence croissant. Du coup, notre métier est toujours plus passionnant : la technicité et l'évolution des besoins de nos clients nous poussent à être toujours plus créatifs et innovants, ce qui nous incite à faire évoluer nos techniques de gestion. »

Gilles Pécaut

  • Son âge : 38 ans
  • Sa fonction : Responsable de la gestion déléguée chez Macif Gestion depuis 2010.
  • Son parcours : Titulaire d'un DEA d'économie et mathématiques à Paris I et d'un master d'ingénierie financière à l'ESC Toulouse. Analyste OPCVM chez HDF Finance pendant quatre ans, puis au sein du GIE Macif-Mutavie Finance. Responsable du portefeuille OPCVM actions chez Macif Gestion en 2007.
  • Comment il perçoit son métier aujourd'hui : « Mon rôle est d'avoir une vision globale des marchés pour investir, pour la partie non gérée en direct, sur les classes d'actifs et les zones géographiques les plus attractives. Mon travail consiste aussi à sélectionner les meilleurs gérants et réaliser des reportings pour nos mandants. Il faut donc être capable de digérer une grande quantité d'informations, et de prendre de la hauteur. »
  • Comment il voit son métier évoluer : « Les évolutions réglementaires, notamment Solvabilité 2, vont influer sur les allocations d'actifs. Elles vont augmenter les besoins en termes de reporting et de transparence dans les choix des OPCVM. Dans un environnement économique qui va encore traverser des périodes chahutées, les choix tactiques d'investissements vont prendre de plus en plus d'importance. Il va falloir être encore plus réactif. »

 

Le chiffre

1 681 Md€ : L'ensemble des actifs détenus par les assureurs en 2010, en hausse de 6 % par rapport à 2009.

Source : FFSA

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