[DOSSIER] Les sociétés de gestion d'actifs des assureurs 2/3

Des « zinzins » de plus en plus schizophrènes

Les investisseurs institutionnels sont de plus en plus tiraillés entre l'incitation à réduire leur horizon d'investissement et leur volonté d'assurer leur rôle d'investisseur de long terme.

Entre court et long terme, leur coeur balance. Les investisseurs institutionnels sont censés appliquer leur stratégie d'allocation d'actifs en fonction de leurs horizons éventuels de remboursement du passif : moins de un an en santé, environ quinze ans en assurance vie et... quarante ans en retraite. Ils doivent donc optimiser le couple rendement/risque selon ces différents passifs, tout en ayant en tête la possibilité d'une deman-de soudaine de liquidité (rachats en assurance vie, sinistre important en dommages...).

L'épine Solvabilité 2

Problème, aujourd'hui, tout les pousse à réduire leurs horizons d'investissement : de l'environnement peu propice à l'investissement en actions sur le long terme, à la concurrence entre les marchés financiers réglementés en passant par la réforme du cadre prudentiel, l'influence des agences de notation, la publication trimestrielle des comptes, ou encore les exigences de performance et de liquidité. Sans oublier la bête noire des investisseurs de long terme, Solvabilité 2, qui va obliger ces derniers à calculer leur risque de ruine tous les 31 décembre.

« Il y a une vraie difficulté avec Solvabilité 2, qui demande des paramètres d'analyse de risque à un an », estime Michel Haski, directeur général d'Allianz GI France. Jean-François Boulier, président du directoire d'Aviva Investors, proteste, lui, contre l'obligation de traiter tous les actifs à horizon de un an, alors que les passifs diffèrent : « L'horizon de liquidité doit être " stressé ", mais pas à un an. Regarder à un an comme si tout le monde allait retirer son argent est trop extrême. Ne pas considérer les actifs en face des passifs est une hérésie pour les assureurs. »

Certains voient un avantage dans cette obligation : les nouvelles règles prudentielles devraient favoriser le dialogue et la réflexion sur la prise de risque entre mandants et mandataires. « Solvabilité 2 va pousser l'ensemble des acteurs à revoir leur allocation stratégique, en se posant la question de quelle allocation pour quels risques pour quelle consommation de fonds propres », affirme Nicolas Demont, directeur général d'Egamo. Solvabilité 2 s'apprête ainsi à bouleverser le métier de gérant, mais aussi à faire appel à toute leur créativité. « Certains produits vont souffrir, comme les gestions flexibles ou les produits structurés, qui peuvent coûter cher en détention de fonds propres », ajoute Nicolas Demont.

D'autres encore pourraient bien revenir sur le devant de la scène. « Le private equity est moins volatil que les marchés actions, ce qui devrait lui redonner de l'intérêt dans le cadre de Solvabilité 2 », estime Maxime du Chayla, directeur général adjoint d'Ofi AM. En tout cas, les ajustements d'offres seront inévitables. « Il va falloir " packager " les produits de façon à ce que la consommation en fonds propres soit moindre, c'est-à-dire faire en sorte de minimiser le capital employé et de maximiser le rendement », imagine Michel Haski.

« Jongler » entre court terme et long terme

Les normes IFRS, qui imposent de publier des comptes trimestriels, ne sont pas pour rien dans le « court-termisme » qui régit actuellement le petit monde des « zinzins ». « Aujourd'hui, il est compliqué d'avoir une vision de long terme. Les financiers gèrent sur la base de résultats trimestriels. Ainsi, il nous faut jongler entre le comportement à court terme des financiers et notre exigence d'investissement à long terme », déplore Ghislaine Bailly, présidente de Covéa Finance. Aujourd'hui, les « zinzins » sont donc tiraillés entre le suivi des valorisations au jour le jour, la rotation de plus en plus fréquente des portefeuilles, et leur rôle d'investisseur de long terme.

Ghislaine Bailly confirme : « Le problème est que nous investissons dans des valeurs dans une logique d'investissement de long terme, et que la performance est regardée au jour le jour ». Un suivi en temps réel, synonyme aussi de panurgisme et d'effets de mode. « La publicité faite sur les performances à court terme est trop forte, ce qui ne correspond pas à l'horizon de placement des épargnants », constate, pour sa part, Jean-François Boulier. Ce qui attire aussi l'attention de ces derniers sur des phénomènes instables, qui ne sont que temporaires.

Savoir gérer à contre-courant du marché

Pour autant, la longue vue n'est pas complètement obstruée. Pour pallier la tyrannie du court terme, rien de tel, selon Jean-François Boulier, que de sortir du cadre, de faire preuve de patience et d'investir de manière contra-cyclique : « Il est souvent opportun d'être un investisseur à contre-courant. Si le marché exerce une position vendeuse, il est probable que l'on soit en bonne position pour acheter, et inversement. » Le tout est d'en avoir le courage et de bien comprendre le sens du marché... Generali IM mise, lui, sur la transparence. « En expliquant régulièrement notre politique d'investissement à nos clients, et grâce à notre surface financière, nous maintenons notre politique de gestion contra-cyclique pour exploiter au mieux les excès de marché », précise Philippe Setbon.

En tout cas, le sujet est dans tous les esprits et fait l'objet de nombreux groupes de travail : un « club des investisseurs de long terme » a été mis en place à la Caisse des dépôts, un « cercle d'investisseurs à long terme » chez Aviva, ou encore un groupe de travail à l'AF2I sur la définition des missions de cet investisseur de long terme, qui rendra ses conclusions au mois de septembre.

 

Témoignage : Jean-Pierre Grimaud, président de l'Association française des investisseurs institutionnels (AF2I)

« Si vous voulez détenir des placements risqués, il faut avoir l'horizon de placement suffisant pour le faire. Or, aujourd'hui, nous considérons que nos maturités d'investissement continuent de se raccourcir. La question est aussi de savoir qui va jouer le rôle d'intermédiaire entre l'épargnant et les besoins de financement de l'économie si les investisseurs institutionnels ne peuvent plus le faire. Ce que nous préconisons, c'est de trouver des produits d'épargne à moyen-long terme qui ne comportent pas d'options de liquidités instantanées et qui permettraient d'avoir une politique d'investissement avec davantage d'actions, comme les produits par capitalisation par exemple. Mais, pour cela, il faut créer les conditions d'arrivée, fiscales notamment, de tels véhicules d'épargne. Aujourd'hui, il n'existe pas encore de vrai concurrent à l'assurance vie. C'est pour cette raison que le régulateur l'a considéré comme un produit liquide, réalité juridique, car elle recèle un paradoxe : les assurés conservent leur contrat entre quatorze et quinze ans en moyenne, alors qu'il peut être racheté à tout moment.

Une avalanche de réglementations

  • Les nouvelles règles prudentielles Bâle 3 et Solvabilité 2.
  • Les directives européennes : OPCVM 4, pour simplifier la commercialisation transfrontalière des fonds, AIFM (Alternative Investment Fund managers) pour réguler les hedge funds, les fonds de private equity et les fonds non réglementés ; PRIPS (Package Retail Investment Products) pour l'information des investisseurs relative aux produits d'investissement de détail (produits structurés comme assurance vie), IMD (Insurance Mediation Directive), ou encore Mif (marchés d'instruments financiers).
  • En discussions : la régulation du métier de dépositaire et celle des ventes à découvert.
  • Aux États-Unis, la réforme financière Dodd-Franck, qui vise à protéger les investisseurs américains (elle touche les clients américains des sociétés de gestion et celles qui sont implantées aux États-Unis), et le Fatca (Foreign Account Tax Compliance Act), qui oblige tous types d'institutions financières non américaines à identifier les clients qui entreraient dans le champ de l'impôt américain.

La publicité faite sur les performances à court terme est trop forte, ce qui ne correspond pas à l'horizon de placement des épargnants

Jean-François Boulier, président du directoire d’Aviva investors

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