[DOSSIER] Investissements informatiques 2/3

Informatique : Lenteur et prudence sur les investissements

Selon le huitième Baromètre Accenture-L'Argus de l'assurance, les budgets investis dans les systèmes informatiques chez les assureurs se réduisent ou stagnent cette année. Mais le nombre de projets à mener à bien reste toujours aussi élevé.

Les conditions du marché de l'assurance se sont détériorées, et les effets n'ont pas tardé à se faire sentir. En effet, selon le 8e baromètre des investissements informatiques en assurance, plus des deux tiers des directions des systèmes d'information (DSI) voient leurs budgets stagner, ou même baisser, en 2012. « Si, l'an passé, notre budget était stable par rapport à 2010, cette année le budget de mon département connaît une forte baisse. Cette diminution vient de la fin, en 2011, du programme de refonte de notre système d'information assurance, mais aussi de la conjoncture économique », note Luc Heurtaux, directeur du département système informatique (SI) de Natixis assurances. En effet, son budget se contracte encore d'environ 10% une fois supprimé l'effet de la non-reconduction des budgets alloués à la refonte du SI.

Améliorer ce qui touche directement les marges

Même pour ceux qui ont la chance d'avoir un budget en croissance, les économies sont de mise. « Notre budget cette année est en très légère hausse, mais nous allons cependant continuer à optimiser notre système d'information. En effet, nous devons améliorer les coûts récurrents, afin de dégager des marges de manoeuvre pour investir dans de nouveaux projets, toujours plus nombreux », souligne Jean-François Vigneron, DSI de Maaf assurances.

Les arguments pour sélectionner les projets qui seront menés à bien sont de plus en plus économiques. « Notre premier critère pour lancer ou non un nouveau projet informatique est avant tout l'amélioration de notre marge brute. C'est donc un critère de rentabilité technique. Viennent ensuite, à égalité, les sujets réglementaires et la maîtrise de nos frais généraux », explique Hervé Lambert, directeur des études supports et référentiels à la DSI de Generali assurances. Même chose chez Natixis assurances : « Si notre budget cette année baisse d'environ 10%, les ambitions des métiers, elles, ne se sont pas réduites d'autant. Il devient indispensable de mettre en balance le coût de mise en oeuvre d'une fonctionnalité par rapport au retour sur investissement qu'on peut en espérer », souligne Luc Heurtaux.

Rationaliser, un maître mot

En 2012, les investissements relatifs à l'industrialisation des modes de fonctionnement du système informatique vont augmenter chez 44% des assureurs. « L'enjeu est de garder une partie suffisante des projets sur la rationalisation de notre SI chaque année, afin de préparer les économies du futur. Par exemple, réussir à réduire le nombre d'applications permet, les années suivantes, de baisser les coûts d'exploitation. Les économies ainsi réalisées peuvent être allouées à de nouveaux projets d'investissements », explique Gérard Russeil, directeur de Chorégie, le groupement d'intérêt économique (GIE) informatique créé par le groupe MGEN, La Mutuelle des étudiants et la plate-forme de services MFP Services.

Une autre piste de rationalisation sur laquelle travaillent les DSI consiste à réutiliser des composants existants plutôt que de redévelopper de nouveaux outils à chaque fois. Par exemple, en 2012, la Maaf lance un programme qui va s'étaler sur plusieurs années pour améliorer ses usines de développement informatique. « Cela devrait nous permettre de livrer plus vite nos offres, et de respecter ainsi les impératifs de délais qui nous sont demandés par le marché. L'idée est de développer des composants qui puissent être réutilisés quels que soient le canal et le type de terminal. Nous entrons dans une logique d'assemblage, plutôt que de fabrication systématique de nouveaux modules », poursuit Jean-François Vigneron.

Priorité au CRM et à la distribution

La mutualisation de différentes structures informatiques au sein de centres de services communautaires est une autre solution. Pour 30% des DSI, cela devient d'ailleurs une priorité, contre seulement 18% en 2011. « Outre la mutualisation de notre infrastructure avec le siège, nous avons des projets de mutualisation pour des outils à forte puissance de calcul. Ainsi, nous allons travailler avec la Banque de financement et d'investissement (BFI) de Natixis, qui possède des fermes de serveurs qui nous permettent de faire du cloud computing », confirme Luc Heurtaux.

Selon le baromètre, les investissements relatifs aux applicatifs, cette année, sont en baisse. Les projets prioritaires portent toujours sur la gestion de la relation client (Consumer relationship management, ou CRM) et la distribution (42%), ainsi que sur les applications métier dommages (42%).

La nouvelle génération de postes de travail et la mobilité drainent également de nombreux investissements : 44% des DSI les citent comme priorités d'investissement en matière de technologies. « En effet, nous souhaitons fluidifier l'ensemble des processus pour le réseau de distribution. Nous intégrerons sur les postes de travail des agences des déroulés similaires aux ventes de produits d'assurance ou des produits bancaires », détaille Luc Heurtaux. 69% des DSI anticipent une augmentation sur le multicanal, et les deux tiers une progression des projets de mobilité. « Nous venons de créer un Web center à Lille, où une centaine de nos collaborateurs travaillent exclusivement sur des développements Web et de mobilité. Internaliser cette compétence, plutôt que de faire appel à des prestataires de services extérieurs, nous a permis de gagner en efficacité et de générer des économies », souligne Frank Mouchel, directeur d'Axa France services, entité interne de conseil et de service d'Axa France.

Peu de délocalisation

Si l'externalisation du développement d'applications et de la maintenance applicative s'est beaucoup développée (66% des DSI l'ont déjà lancée ou sont en train de le faire, contre 42% en 2011), le recours à l'offshore ou le nearshore - qui est le fait de délocaliser une activité économique, mais dans une autre région du même pays ou dans un pays proche - est encore peu utilisé : seul un quart des assureurs envisage d'y recourir pour ces mêmes projets de développement et de tierce maintenance applicative. « C'est encore très peu par rapport à d'autres secteurs, comme la banque ou l'industrie. Pendant longtemps, la bonne santé économique de l'assurance ainsi que le poids important des acteurs mutualistes et paritaires ont fait que nombre d'assureurs n'envisageaient pas l'offshore ou le nearshore », conclut Jean-François Gasc, responsable du secteur assurance d'Accenture en France.

JEAN-FRANÇOIS GASC, RESPONSABLE DU SECTEUR ASSURANCE D'ACCENTURE EN FRANCE

« Une analyse économique de plus en plus fine des projets »

  • Pourquoi parlez-vous de prudence des DSI pour 2012 ?

Seuls 31% des DSI anticipent une progression des investissements informatiques, contre 58% en 2011. Surtout, 28% estiment que ces budgets vont baisser , contre seulement 3% un an plus tôt. Depuis la création du baromètre, c'est la première fois qu'autant d'acteurs tablent sur une baisse des investissements IT. Celle-ci sera vraisemblablement plus forte en vie qu'en IARD, car il y a une corrélation entre l'évolution des primes et les intentions d'investissement.

  • Cela signifie-t-il un coup de frein sur les nouveaux projets ?

Non, malgré le contexte, 84% des DSI pensent qu'il y aura une augmentation ou une stabilisation du nombre de nouveaux projets dans leur entreprise. Les demandes des métiers ne baissant pas, et la pression sur les coûts étant forte, ils vont devoir dégager encore plus d'économies sur tout ce qui concerne l'exploitation du SI. Les assureurs investiront uniquement sur les projets ayant un fort impact en termes de retour sur investissement. En effet, dans les critères qui poussent à lancer un nouvel investissement, l'efficacité opérationnelle du projet passe en première place. On assiste à une analyse économique de plus en plus fine des projets.

Ils témoignent...

  • FRANK MOUCHEL DIRECTEUR D'AXA FRANCE SERVICES, ENTITÉ INTERNE DE CONSEIL ET DE SERVICE D'AXA FRANCE

« Réaliser 20% d'économies sur cinq ans »

« Depuis 2011, nous avons enclenché une profonde transformation afin de baisser le budget informatique, en actualisant notre stratégie SI, en alignant notre stratégie de sourcing, en arrêtant certaines applications... L'objectif visé est de faire 20% d'économies sur cinq ans, tout en renforçant la valeur délivrée et la qualité de service. Nous voulons baisser les coûts de fonctionnement du SI pour dégager des ressources pour investir dans de nouveaux projets. Nous réalisons environ 250 projets majeurs par an. Si ce nombre est relativement constant, leur taille a tendance à diminuer : en 2010, la moyenne était de 1 000 jours/homme par projet ; aujourd'hui, elle est de 700 à 800 jours, et nous visons les 500 à 600 jours/homme. D'une part parce que nous réalisons des gains de productivité de l'ordre de 3 à 4% par an, d'autre part parce que nous favorisons les projets courts. »

  • HERVÉ LAMBERT, DIRECTEUR DES ÉTUDES SUPPORTS ET RÉFÉRENTIELS À LA DSI DE GENERALI ASSURANCES

« Adapter plutôt que réinventer »

« Pour gérer une baisse de budget, on peut bien sûr travailler à dégager des gains de productivité et recourir à l'externalisation. Cependant, on ne peut espérer des économies de plus de 10 à 20%. Ce n'est pas négligeable, mais souvent insuffisant. À mon sens, il y a un levier bien plus efficace : adapter plutôt que réinventer. Actuellement, lorsqu'un assureur lance un nouveau produit, en général, il refond complètement son système d'information. À l'image des constructeurs automobiles, qui gardent une même plate-forme pour plusieurs modèles, nous devons nous inspirer des produits précédents, pour en garder la structure de base. Si l'on réfléchit à des évolutions produits ayant moins d'impact en termes de système d'information, les coûts du projet peuvent être divisés par deux ou trois... »

  • JEAN-FRANÇOIS VIGNERON, DSI DE LA MAAF

« Mutualiser nos achats au niveau groupe »

« Nous avons accéléré nos synergies avec Covéa pour mener une meilleure politique d'achat. Ainsi, aujourd'hui, 85% des achats informatiques de la Maaf passent, avec les autres enseignes MMA et GMF, par Covéa. Cela nous permet de bénéficier d'effets de volume, qui, selon le type d'achats et les quantités, génèrent des économies allant de 5 à 40% ! C'est particulièrement efficace sur l'achat de licences auprès d'éditeurs. Cette approche est également appliquée aux prestations de services : Covéa a constitué un référencement officiel d'une vingtaine de sociétés de service informatique. Elles reçoivent nos appels d'offres avant les autres et, en échange, nous obtenons certains avantages, dont une meilleure proposition sur le coût des jours/homme. Pour des projets comme Solvabilité 2, des choix communs peuvent être faits. »

  • GÉRARD RUSSEIL, DIRECTEUR DE CHORÉGIE (1)

« Proposer une plate-forme industrielle »

« Partager au maximum les applications entre les mutuelles membres permet de baisser les coûts unitaires. Par exemple, depuis janvier, nous déployons un nouvel outil de gestion du régime obligatoire et complémentaire dénommé Orion chez nos membres. Sa conception et son développement, à partir d'une souche progicielle, ont nécessité des investissements importants depuis 2009. Il a été construit pour les traitements des mutuelles qui sont membres de notre GIE, mais, avec des paramétrages, il s'adapte aux autres. Nous sommes par exemple en capacité de proposer cette plate-forme industrielle aux autres membres d'Istya (2) quand ils le souhaitent. L'investissement initial lié aux aspects réglementaires est quasiment le même, quel que soit le nombre de personnes couvertes. Plus les utilisateurs sont nombreux et plus les économies d'échelle sont importantes. » 1. GIE informatique né de la mise en commun de moyens SI du groupe MGEN, de La Mutuelle des étudiants et de la plate-forme de services MFP Services. 2. Regroupement de six mutuelles de fonctionnaires protégeant plus de 6 millions de personnes : MAEE, MGEN, MGET, MCDEf, MNH et MNT.

MÉTHODOLOGIE

  • Trente-deux directeurs informatiques ont été interrogés du 28 février au 29 mars 2012. L'échantillon était constitué de onze assureurs traditionnels, six bancassureurs, douze mutuelles et trois instituts de prévoyance. Dix-neuf avaient une activité en assurance vie, vingt-huit en assurance dommages corporels (dont la santé), vingt-cinq en prévoyance et vingt-deux sur les assurances de biens. Douze assureurs interrogés appartenaient au top 20 IARD ou vie, et tous faisaient partie du top 200.

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