[DOSSIER] L'assurance dans les départements d'outre-mer 3/4

L'assurance fait souvent défaut

Environ la moitié des Domiens n'assurent pas leur habitation, et la fraude à l'assurance en auto et deux-roues est courante. Un taux de non-assurance élevé dû au manque de sensibilisation de la population, mais aussi à de faibles moyens financiers et à de mauvais risques du fait des aléas climatiques.

« Rouler en charrette chavirée » ou « Rouler à fond de train, sans se soucier d'aller au fossé », selon le proverbe réunionnais. Dans les Dom, les radars fixes sont peu fréquents et de nombreux conducteurs roulent sans carte verte. « L'automobile représente une part significative des cotisations, même si le taux de non-assurance est beaucoup plus important qu'en métropole », confirme Jean Péchinot, responsable du marché auto et particuliers à la FFSA. Les conducteurs de deux-roues circulent couramment sans casque et sans équipement particulier. « Dans ces départements, compte tenu des températures élevées, les cyclomotoristes sont moins bien équipés », ajoute Jean Péchinot. En septembre 2010, à la suite de l'opération de prévention Routes bleues, la préfecture de La Réunion a fait état d'une augmentation de 106 % des infractions pour défaut d'assurance et de 73 % pour non-port du casque par les conducteurs de deux-roues par rapport à la précédente opération de mai 2010. Et encore, les Réunionnais sont plutôt bons élèves... Dans les Dom, les policiers locaux ne font pas non plus vraiment la chasse à la carte verte. Du coup, les forces de l'ordre métropolitaines se déplacent régulièrement outre-mer pour pallier ce manque de contrôle.

Les îliens n'ont pas tous les moyens de s'assurer 

Le taux de non-assurance peut aussi s'expliquer par le manque de moyens financiers. Le taux de chômage est largement plus élevé qu'en métropole (23,2 % en 2008, contre 7,2 % en métropole) et tous les îliens n'ont pas forcément de budget à allouer à l'assurance. Mais le défaut d'assurance est également dû à un manque de sensibilisation à la nécessité de s'assurer. « Les Domiens sont encore trop peu sensibilisés sur l'assurance. L'information et la prévention constituent pour nous une priorité », assure Didier Courier, directeur général de Groupama Antilles-Guyane et directeur général délégué de Gan outre-mer-Antilles.

Toutes les familles de l'assurance sont d'ailleurs représentées sur le marché du dommages dans les Dom. Groupama y est par exemple présent depuis plus de trente ans. L'assureur vert dispose même d'un centre d'appels en Martinique depuis le 1er janvier 2010 et d'un GIE de gestion depuis 2004, ce qui lui a permis de mutualiser ses moyens, les coûts de fonctionnement d'une délégation outre-mer étant plus élevés qu'en métropole. En 2007, le risque auto représentait 50 % de son portefeuille. Mais Groupama est historiquement implanté sur ce marché pour la couverture des exploitants agricoles, avec son produit Agridom. « L'agriculture est une source d'activité significative, mais elle ne représente pas une production de grande ampleur. Il y a peu de matière assurable, étant donné qu'il existe très peu de bâtiments agricoles ou de stockage », précise Didier Courier.

Generali est quant à lui très présent dans le monde du courtage, via Prudence Créole à La Réunion et GFA Caraïbes, qui réalise une part de marché supérieure à 15 % en Martinique, Guadeloupe et Guyane. Et April existe à la fois sous sa propre marque, via Mutant Assurances et Assinco, premier courtier des îles pour les risques techniques, industriels et les collectives.

Une relation sociétaire renforcée

Du côté des MSI, la Macif a signé une convention avec la Maif en 2002. La première n'étant pas implantée dans les Dom, cela permet à ses sociétaires résidant en France et se déplaçant là-bas de s'adresser à la seconde pour leurs besoins d'assurance. « La différence avec la métropole, c'est le nombre plus important de visites dans nos délégations d'outre-mer, témoignage d'une confiance et d'une relation sociétaire renforcées », constate Gilbert Nasarre, directeur de la distribution de la Maif.

Les assureurs présents ont néanmoins des difficultés à évaluer l'ampleur des fraudes à l'assurance : « En auto, le défaut d'assurance est plus difficile à mesurer qu'en MRH. Il y a peut-être plus de non-assurance sur les deux-roues », affirme Didier Courier.

Le rapport S/P est pourtant meilleur qu'en métropole : 36 % aux Antilles-Guyane et 51 % à La Réunion, selon l'étude FFSA-Gema. Un bon ratio qui s'explique par le fait que les primes sont souvent majorées de frais accessoires importants. Et celles-ci sont aussi plus élevées, le coût des pièces et de la main-d'oeuvre étant supérieur à celui de la métropole.

Le défaut d'assurance habitation (MRH), ou le non-recours, est quant à lui plus facilement quantifiable. Selon une étude de juin 2010 du commissariat général au Développement durable, le taux de souscription d'une MRH dépasse 99 % en métropole, contre 52 % dans les Dom. Certains ménages contraints à s'assurer lors de leur accession à la propriété ou leur emménagement ne renouvellent pas leur contrat par la suite, la tacite reconduction n'étant pas encore généralisée. Il faut noter qu'il existe également une forte présence de maisons autoconstruites, parfois sans permis de construire.

Des assureurs frileux en MRH  

L'assurance habitation recèle, cependant, un vrai potentiel de développement du fait de l'augmentation du parc de logement (+ 15 % de 1999 à 2005 selon l'Insee), mais les assureurs se montrent encore frileux, étant donné la zone à risque dans laquelle se trouvent les Dom. Les quatre départements sont particulièrement exposés aux aléas comme les séismes, les éruptions volcaniques, les cyclones ou les inondations (voir tableau p. 38). Certains assureurs adaptent leurs contrats aux particularités du marché, en incluant la garantie Tempête, ouragan, cyclone. Ou se prémunissent contre les mauvais risques : La Médicale a ainsi ajouté une exclusion de garantie à sa MRH pour les biens non munis de volets anticycloniques dans les Dom.

Des événements naturels majeurs ont eu lieu récemment : le séisme des Saintes en Guadeloupe en novembre 2004, le cyclone Dean en août 2007, qui a fait de gros dégâts en Martinique, et le séisme dans le nord de la Martinique en novembre 2007. Et le piton de la Fournaise à La Réunion, la Soufrière en Guadeloupe ou la montagne Pelée en Martinique sont des volcans qui sont toujours en activité.

La FFSA a d'ailleurs constitué une structure dédiée à la gestion des risques en outre-mer, le Gema y participant depuis le 1er juillet dernier. Dans les quatre départements, deux comités représentent la profession auprès des pouvoirs publics. « Dans les Dom, les présidents des comités travaillent auprès des pouvoirs publics lors de la survenance d'un événement climatique important, par exemple », explique Jean Péchinot.

Pourtant, les rapports d'experts ne sont pas tendres avec les assureurs. Selon le rapport de l'Agence française du génie parasismique, rédigé après le séisme survenu aux Saintes, « suite aux catastrophes cycloniques récentes, les constructions en bord de mer sont soit refusées par les assureurs, soit dissuadées de l'assurance par un montant de prime exorbitant. Il apparaît également que les commissions des commerciaux pour des assurances vie et autres produits financiers soient incitatives et que celles des MRH soient dissuasives, moins de 10 E par contrat, ce qui a pour conséquence un désengagement des commerciaux à passer du temps pour convaincre ».

Témoignage

Julien Gendraud,responsable commercial de cinq agences Axa à La réunion

Notre position dans les Dom nous a toujours desservis, pour de multiples raisons : risques cycloniques et de cat' nat' accrus, marché restreint, décalage horaire, etc. Ainsi, nous ne bénéficions pas de l'intégralité des outils de gestion, de commercialisation et de marketing, et notre système informatique est limité. De ce fait, notre gamme est réduite et nous ne proposons hélas pas de produits santé, PJ, bancaires, collectives, construction, risques industriels... Notre souscription est donc exclusivement orientée vers le particulier et le commerce de proximité. En revanche, nous avons l'autorisation de souscrire par le biais du courtage les risques refusés par notre compagnie mandante.

Avec Jean-Christophe Dupuis, l'agent général, nous travaillons en parfaite symbiose au côté de la délégation Axa France locale. D'ailleurs, bonne nouvelle, Axa vient d'élargir nos capacités de souscription en multirisque et RC professionnelle, ce qui augure une meilleure capacité de développement pour nous. Concrètement, nous nous en sortons bien, car nous jouons sur la multidétention, la proximité, la compétence, mais aussi sur la notoriété de notre enseigne Axa France.

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