[DOSSIER] L'assurance au Maghreb 4/6

Maghreb : Un fort potentiel pour l'assurance

Le chiffre d'affaires 2010 de l'assurance dans le Maghreb est estimé à 3,4 Md€. Ce total masque de fortes disparités. Le Maroc pèse 1,9 Md€, tandis que l'Algérie n'enregistre que 900 M€ et la Tunisie ferme la marche avec 576 M€.

Avec une population quasi identique à celle de l'Algérie, le marché marocain de l'assurance fait preuve de davantage de maturité que celui de ses voisins, où les acteurs restent plus concentrés et où le marché est encore balbutiant. L'Algérie, par exemple, dominée par les entreprises publiques, laisse peu de place aux capitaux étrangers, qui ne peuvent pas disposer de la majorité dans les sociétés.

Pourtant, selon une étude publiée par Standard et Poor's en mars 2011, « les efforts d'assainissement du secteur de l'assurance entrepris par les régulateurs et les acteurs des marchés maghrébins au cours des dernières années ont contribué à favoriser une croissance potentiellement forte du secteur ». Les auteurs de cette enquête estiment que « la croissance de la demande d'assurance peut dépasser celle des économies locales sur le long terme. » Et encore ce constat date-t-il d'avant les Printemps arabes. Si, à court terme, la révolution tunisienne, mais aussi les nombreux mouvements sociaux au Maroc et en Algérie, ont freiné un développement amorcé, le long terme semble plus radieux.

Tendant à se libérer de leurs carcans administratifs, assainissant le secteur, se tournant de plus en plus vers une économie libérale débarrassée des népotismes ou clanismes qui frappaient la banque et l'assurance comme les autres secteurs, ces pays s'ouvriront davantage à l'assurance. La forte croissance qu'ils devraient connaître, et particulièrement le Maroc et la Tunisie, aidés financièrement par la communauté internationale dans leur transition démocratique, influencera forcément le montant global des primes. De surcroît, la volonté de rééquilibrage des richesses au profit des régions défavorisées, tant au Maroc qu'en Tunisie, laisse présager non seulement un développement des travaux et des infrastructures (donc une augmentation exponentielle des polices), mais aussi l'arrivée sur le marché d'une population plus éduquée, sortie de la pauvreté, qui souscrira plus volontiers des contrats d'assurance.

Vers un marché officiel de l'assurance

Le chemin est déjà tracé, au moins par les déclarations politiques intervenues depuis plus d'un an. En mars 2010, à Alger, le Conseil ministériel maghrébin des finances et de la monnaie insistait, conformément à la convention de coopération conclue entre les pays maghrébins depuis 1995, sur la coopération dans le domaine de l'assurance et de la réassurance et sur le rôle du secteur dans ce processus. Quelques mois plus tard, en octobre 2010, lors d'une réunion d'experts sur le financement et le développement en Afrique du Nord, l'Union pour le Maghreb arabe (UMA) évoquait « la dynamisation des comités maghrébins d'assurances et de réassurances » parmi les cinq recommandations destinées à « accélérer l'intégration financière au Maghreb ».

Enfin, en mai 2011, le Comité maghrébin d'assurances et de réassurances, réuni à Rabat, réaffirmait sa volonté de fonder un marché « commun » d'assurance et de réassurance et y assortissait la création d'une société maghrébine de réassurance afin de « renforcer une couverture commune des risques liés aux activités économiques, notamment celles en relation avec les flottes aériennes et maritimes des pays membres de l'UMA ».

Un sous-équipement chronique

Pourtant, les avertissements de Standard et Poor's restent plus que jamais d'actualité : « Les assureurs en Algérie, en Tunisie et au Maroc doivent encore témoigner d'une capacité à mettre en place une gestion intégrée des risques effective. Le besoin en la matière est croissant et leur potentiel de développement en dépend. Parallèlement, leur capacité à adapter leur offre de produits aux évolutions des besoins du marché et les efforts entrepris en matière de transparence seront également mis à l'épreuve », note Standard et Poor's. Le Maghreb devient donc une terre d'opportunités tant il est sous-équipé en couverture assurantielle. Le taux de pénétration de l'assurance est estimé au Maroc à 2,26%, en Tunisie à 1,76% et en Algérie à 0,73% ! Selon le Conseil algérien des assurances, les Tunisiens dépensent en primes annuelles 54 € par habitant, les Marocains 48 € et les Algériens 22 €.

Les opérateurs mondiaux le savent et commencent à y déployer leurs filiales. Les grands acteurs français, favorisés par une langue commune, n'hésitent plus à franchir la Méditerranée. Derniers débarquements en date : Axa et la Macif en Algérie. En juin 2011, Axa annonçait dans Econostrum.info vouloir « obtenir une part de marché de 5% à 10% en Algérie. »

Tout est à faire en assurance vie et MRH

La diversité des marchés reste également très prononcée. Alors que le Maroc (plus de 50% du marché maghrébin de l'assurance en chiffre d'affaires), se focalise à parts égales entre les assurances de personnes (43% de la production) et l'assurance automobile (41%), l'Algérie se concentre sur cette dernière à 50%, alors que les assurances de personnes n'y atteignent que 7% du marché total.

Les relais de croissance de l'assurance toucheront particulièrement l'assurance vie ou l'assurance habitation, encore confidentielles au Maghreb. Sans compter l'assurance-crédit, quasi inexistante dans la région, où elle ne pèse que 0,9% en Tunisie, 0,5% en Algérie et 0,3% au Maroc.

LES RAISONS DU POTENTIEL DE L'ASSURANCE DANS LE MAGHREB
  • Les efforts des régulateurs et des acteurs pour assainir le marché au cours des dernières années (augmentation de la transparence, diminution du népotisme...).
  • Le rééquilibrage des richesses au profit des régions défavorisées, le développement des travaux et des infrastructures.
  • L'évolution politique vers une économie libérale, l'émergence d'une classe moyenne.
  • La coopération des pays dans le domaine de l'assurance et de la réassurance, conformément à la convention de coopération conclue depuis 1995.

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