[DOSSIER] Sociétés de gestion d'actifs des assureurs 3/3

Une gestion au long cours

Ils ont beau gérer un portefeuille d'actifs représentant plus de deux fois la capitalisation boursière des valeurs du Cac 40 (800 Md€), les assureurs ont, dans leur majorité, choisi de placer leurs actifs dans le cadre d'une stratégie au long cours, car la spéculation n'est pas de mise pour eux. Explications.

Les assureurs ne sont pas des « traders », mais des investisseurs de long terme. C'est même ce qui fait leur spécificité dans le paysage de la gestion d'actifs des investisseurs institutionnels. En matière d'allocation d'actifs, ils agissent un peu à la manière des paquebots, et laissent les hors-bord jouer au jeu de la spéculation. Concrètement, ils gèrent leurs actifs sous mandat, c'est-à-dire en déléguant leurs placements à des sociétés externes ou, plus rarement, internes, lesquelles, finalement, ont très peu de marge de manoeuvre pour réellement faire bouger les lignes à partir des scénarios décidés par les comités de pilotage financier des assureurs. « Les mandats qui nous sont confiés sont "discrétionnaires", explique un gérant d'actifs. En clair, cela signifie que nous sommes libres d'agir en fonction des contraintes qu'ils nous ont fixées. »

Des conservateurs

Par ailleurs, les assureurs n'achètent pas pour revendre, mais dans un but de conservation. « La gestion assurantielle, c'est ce que nous appelons la gestion buy and hold. Nous achetons les obligations dans une logique de détention jusqu'au terme. Dans le cas des OPCVM [organismes de placement collectif en valeurs mobilières], au contraire, les gérants cherchent plus à profiter des tendances sur un horizon déterminé. Il n'y a pas, alors, de concordance entre les horizons de gestion et les dates d'échéance des actifs », expliquent Charles Bouffier et Nicolas Demont, directeur général délégué et directeur général d'Egamo, la société de gestion d'actifs de la MGEN.

C'est la raison pour laquelle les assureurs investissent massivement dans les obligations. Cette classe d'actifs leur permet de libérer le capital à une date fixée à l'avance sans être exposés aux risques de marché. La tendance n'est pas prête de s'inverser : une enquête de DFinance, cabinet international spécialisé en opérations financières, indique que la volatilité des marchés est perçue par les investisseurs institutionnels comme le principal facteur de risque pour les douze prochains mois.

Pour se protéger des soubresauts des marchés, les assureurs utilisent leur réserve de capitalisation, une provision technique qui leur sert à lisser les résultats financiers des placements obligataires en cas de variation des taux. Les plus-values réalisées en cas de cession d'obligations y sont versées. Les moins-values, quant à elles, sont compensées par un prélèvement dans cette réserve, qui est admise dans la marge de solvabilité. Dans les faits, le système dissuade les assureurs de toucher à cette réserve, puisque cela affecte directement leurs fonds propres. C'est la raison pour laquelle ils détiennent leurs obligations dans l'optique de portage jusqu'à échéance. « Nous cherchons à assurer des plus-values sur le long terme », explique la présidente de Covéa Finance, Ghislaine Bailly. Cela leur permet de ne pas comptabiliser en valeur de marché.

La gestion assurantielle, c'est la clé. Elle nous permet de protéger nos sociétaires.

Éric Berthoux, directeur administratif et financier du groupe Maif

 

Durée contre performance

Voilà pourquoi, malgré les encours qu'ils brassent, les assureurs ne sont pas très friands des enveloppes OPCVM, dont la spécificité est la valorisation en market to market (valeur de marché). Supposons, par exemple, que l'assureur ait investi dans une grande entreprise française du type L'Oréal. Dans le cadre d'une gestion OPCVM, la probabilité de vendre en cas de mouvement de marché sera très forte. Dans un mandat de gestion, l'action ne sera pas vendue pour ne pas augmenter les prix de revient. « Si vous visez une allocation de moyen terme, comme le fait une gestion assurantielle, vous avez du temps pour faire évoluer votre portefeuille. Un gérant d'OPCVM, qui doit protéger la performance de son fonds, peut être amené, au contraire, à changer ses allocations au jour le jour », explique le directeur général de Macif gestion, Hugues Fournier.

De la réserve pour envisager l'avenir

D'un point de vue comptable, l'assureur est donc contraint d'affecter ses résultats à sa réserve de capitalisation. En cas de moins-value, il peut puiser dans cette réserve, qui agit à la manière d'un « amortisseur » . Évidemment, dans ce cadre, les sociétés vie sont extrêmement soucieuses de cette gestion « maîtrisée ». « La gestion assurantielle, c'est la clé, insiste Éric Berthoux, directeur administratif et financier du groupe Maif. Elle nous permet de protéger les sociétaires et d'assurer au mieux le respect de nos engagements au passif, c'est-à-dire notre capacité à régler les sinistres et autres prestations, les échéances, les décès où les rachats en assurance vie. » Dans le contexte de décollecte de l'assurance vie que nous vivons, cette réserve a toute son importance. « Le portefeuille de Mutavie peut résister à une décollecte significative. Nous avons également un volant de titres liquides que nous pouvons vendre à tout moment », précise Hugues Fournier.

Cette gestion au long cours sécurisée et prudente n'empêche pas pour autant les assureurs de détenir certains OPCVM, soit pour des investisseurs particuliers, soit dans le cadre des contrats d'assurance vie en unités de compte, ou encore pour en ouvrir au grand public. Par exemple, les OPCVM représentent 12% chez Covéa Finance. « Cela permet de gérer le marché de manière plus active et de jouer sur certains thèmes dynamiques », illustre Ghislaine Bailly.

Le chiffre

1 713 Md€ : L'ensemble des actifs détenus par les assureurs en 2011, en hausse de 1,6% par rapport à 2010.

SOURCE : FFSA

 

UNE RÉSERVE COMME MATELAS DE SÉCURITÉ

  • La réserve de capitalisation est alimentée par les plus-values réalisées sur les cessions d'obligations et reprise en cas de réalisation de moins-values sur ce type d'actifs. Cela permet de lisser les résultats réalisés sur des obligations cédées avant leur terme, en cas de mouvements de taux. Ainsi, les organismes d'assurances ne sont pas incités, en cas de baisse des taux, à vendre leurs obligations en distribuant des coupons élevés, et à dégager des bénéfices ponctuels tout en rachetant d'autres obligations moins performantes ultérieurement.

SOURCE : AUTORITÉ DE CONTRÔLE PRUDENTIEL

 

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