[DOSSIER] Dossier : Auto et habitation connectées 2/4

Auto et maison connectées : la révolution connectique en marche

Auto et maison connectées : la révolution  connectique en marche

Chez les assureurs IARD, la course à l’économie connectée se cristallise autour de la maison et de l’automobile. Mais du « Pay how you drive » à la véritable voiture autonome ou des thermostats connectés à la maison intelligente, dix années s’écouleront. Le temps de renverser le modèle économique de l’assurance dommages ?

Branchés ! Depuis fin 2015, hasard du calendrier, mais signe des temps, plusieurs acteurs de l’assurance dommages se sont parés, coup sur coup, des atours modernes de la connectique. Exit la phase conceptuelle, assureurs et mutuelles ont intégré l’Internet des objets (IOT). Comme si le moment de la mise en œuvre opérationnelle avait sonné. Récompensée aux « Argus d’or » le 6 avril dernier, la première offre « Pay how you drive » du marché – Allianz conduite connectée – donne le la. Vendue depuis octobre en option du contrat d’assurance auto au rythme de 1 000 souscriptions par mois, cette solution télé­matique permet d’assister le conducteur de façon automatique en cas d’accident ou de panne, mais surtout d’évaluer son comportement au volant grâce à des outils de diagnostic. En pratique, un boîtier GPS est branché sur la prise OBD (on board diagnostic) du véhicule et associé à une application mobile téléchargée par le conducteur. Diagnostiqué prudent, ce dernier obtient, en fin d’année, une ­réduction pouvant aller jusqu’à 30 % du montant de sa prime. De quoi faire des émules au sein de la profession. Car sur le marché, la solution « Road coach » d’Amaguiz lui ressemble façon Canada dry. Il s’agit d’un service connecté proposé gratuitement à chaque assuré automobile tous risques qui peut, sur le même principe, bénéficier d’une remise ­potentielle de 36 % sur sa coti­sation annuelle, en vertu de la qualité de sa conduite. Dans les faits, une cagnotte est alimentée chaque mois d’un montant en euros ­correspondant à un pourcentage (3 % en cas d’excellente conduite) de sa cotisation ­annuelle. Cette cagnotte est ­ensuite utilisable sur le site parte­naire Wedoogift.com sous forme de cartes-cadeaux dématérialisées à dépenser dans plus de 100 enseignes. Les données ­collectées (freinage, accélération, heure de circulation, virage brusque…) sont, quant à elles, calculées par le boîtier télé­matique que le client a installé sur la prise OBD ou la batterie de son véhicule.

Pensée de manière ­ludique, l’application permet aussi, au chauffeur de géolocaliser son véhicule ou de recevoir des messages d’alertes en cas de dysfonctionnement. « “Road coach” a été lancée en décembre pour être en adéquation avec les ­attentes des Français en matière de voiture connectée et proposer une nouvelle façon de consommer l’assurance, trois ans après l’offre “Pay as you drive” », ­explique la filiale de Groupama. Dans les deux cas, le marketing est savamment ficelé, mais ­sonnant et trébuchant pour le consommateur.

  • 55 % Le pourcentage d’automobilistes prêts à acheter une Google Car ou une Apple Car.
    Source : Observatoire Cetelem de l’automobile 2016
  • 2040 Horizon à partir duquel les accidents seraient réduits de 80 %, grâce à la voiture autonome.
    Source : KMPG
  • 50 % Pourcentage moyen envisagé de la baisse de la sinistralité en habitat connecté.
    Source : Deloitte-Saretec

Concurrence sur le smart home

Avec la MRH, même combat mené en tête par la formule « maison connectée » d’Axa. L’offre, axée sur la prévention et l’assistance, ­également lancée en octobre, permet aux détenteurs d’une assurance habitation Axa de s’équiper en objets connectés à prix réduit ­auprès des fournisseurs suivants : Orange (détecteurs de fumée ou de fuites d’eau), Nest (thermostat connecté), Philips (lumière connectée), Myfox (alarme maison sans fil) et Kiwatch (caméras de surveillance). L’assuré les ­active, là encore, via une application, Monaxa, qui les centralise et l’informe en cas d’intrusion, ­d’incendie ou de dégâts des eaux. Il suffit, techniquement, d’appairer l’application avec le service partenaire. De quoi poser les bases d’une relation plus régulière entre l’assureur et l’assuré, tournée vers le service. En effet, gardiennage, intervention d’un agent de sécurité ou d’un réparateur en cas de bris de glace sont proposés dans la formule par la filiale de la compagnie, Axa ­Assistance, au tarif ­optionnel de 3,90 € pour un week-end et jusqu’à 69,90 € pour l’année, via une souscription… 100 % en ligne. Difficile de faire plus digital ! « Nous devions prendre position dans la chaîne de valeur », argumente-t-on chez Axa France, désireux d’apparaître comme un «­ ­assureur protecteur » et non plus uniquement comme un « assureur régleur », et surtout de riposter face à une concurrence qui ­propose déjà aux particuliers de piloter une kyrielle d’objets connectés relatifs à la fermeture des stores, à l’éclairage, au chauffage, aux interrupteurs dans la maison, etc. ­Citons pêle-mêle : les Gafa (Google a racheté Nest, ­spécialiste de la domotique et sa petite sœur Dropcam, experte en caméras de surveillance, respectivement 3,2 Md€ et 550 M€ et Apple a lancé HomeKit) ; les opérateurs télécoms (Home by SFR, Homelive d’Orange…) ou encore les enseignes de bricolage (comme ­Liveez de Castorama et sa centrale domotique Blyssbox). Axa s’est donc posé sur l’échiquier de la maison domotisée, à la fois comme partenaire et c­hallenger tandis que, chaque jour, de nouveaux produits ­affluent sur le marché en provenance de start-up comme ­Withings (réveil lumineux, caméras WiFi…) ou Netatmo (thermostat connecté, station météo…). Après Groupama (Box Habitat) c’est la Macif, depuis avril, qui est entrée dans la danse, ­revisitant son offre MRH par le prisme de la connectique. La gamme « Macif Protect » permet, en effet, au sociétaire de piloter un dispositif de protection de son habitat à distance, au tarif agressif de 12 € par mois, grâce à un kit fourni par la mutuelle. Il est composé d’une centrale d’alarme, d’un détecteur de fumée, d’un clavier de commandes et d’une application mobile. Aujourd’hui, la Macif s’appuie sur un socle de 4,2 millions de contrats habitation… Axa estime qu’« il fallait (se) positionner dans cet écosystème fragmenté et en évolution rapide », ne cachant pas, en plus de la collecte de précieuses données comportementales sur les clients, viser une ­réduction de la fréquence et du coût des sinistres. Car, en ­arrière-plan, c’est bien dans les coulisses actuarielles des assureurs que se situe l’enjeu. ­McKinsey (voir les infographies exclusives ci-dessus et p. 42) ­estime que la baisse de la sinistralité pourra atteindre 43 % dans l’habitat et 40 % dans la voiture à horizon 2025. De son côté, le cabinet Deloitte, avec le groupe d’expertise Saretec, a calculé qu’en assurance habitation, les objets connectés pourraient faire chuter la sinistralité de 40 à 60 %. C’est le potentiel de réduction du risque de dégât des eaux, estimé à 70 % par le cabinet, en cas d’installation d’un détecteur de fuite, qui aurait le plus d’impact. Il en va de même pour McKinsey, concernant les risques d’incendie (voir infographie ci-dessus). Car les caméras de surveillance et autres capteurs de mouvements connectés dans l’habitat n’engendrerait qu’une bonification globale de la sinistralité de 20 % (mais jusqu’à 80 % pour les vols). L’offre d’Axa doit d’ailleurs être intégrée à l’ensemble des contrats MRH de la compagnie… À niveau de primes quasi inchangé, le ­bénéfice sera, sur ce plan, attrayant pour les assureurs ! En automobile, les études s’accordent pour dire que les véhicules automatisés représenteront près de 30 % de la production automobile mondiale d’ici 2020, avec, là aussi, des conséquences assurantielles encore plus conséquentes. Selon le cabinet de conseil Oliver ­Wyman, les véhicules automatisés seront 10 fois moins risqués en nombre d’accidents. KPMG table, ainsi, sur une chute des accidents routiers de 80 % d’ici à… 2040. Échéance à partir de laquelle le marché de l’assurance automobile individuelle maigrirait de 40 %. La rapidité de l’automatisation, dépendante de la réglementation et du marché (lire p. 44), complique à ce jour la valeur de cette équation. L’entreprise de services numériques Atos détaille : le gain sur le comportement géné­rerait une réduction de 10 à 30 % de la sinistralité, la prévention des crashs -20 à -35 % et l’e-call -5 à -15 %. « L’effet sur la RC auto­mobile sera considérable, puisque 90 % des accidents sont causés par une erreur ­humaine, sauf qu’il subsistera du corporel grave et qu’il y aura donc un transfert vers la RC générale et surtout la RC produit », commente Fabien Willi de Swiss Re. Dans un tel cas de figure, le marché changerait clairement de paradigme, passant du BtoC au BtoB et seul un nombre restreint ­d’assureurs – voire uniquement les réas­sureurs ? – pourrait alors l’adresser. En attendant que la responsabilité passe du conducteur au producteur ou programmateur, le top départ est donné. Les voitures équipées de systèmes de prévention des collisions frontales enregistrent déjà une baisse de 15 % de leur fréquence en sinistralité en terme de responsabilité de dommages par rapport à un véhicule standard. Jacques Richier, PDG d’Allianz, annonçait le 12 avril qu’il adapterait à la baisse la prime d’assurance auto des voitures ainsi équipées. De l’actuaire au gestionnaire de sinistre, tous les départements des assureurs doivent donc se préparer à mener la bataille de la connectique car c’est la bataille du client. « Nous positionnons les objets connectés dans la relation client », déclarait récemment Guillaume Lemele, directeur relation client, distribution et ­digital de Covéa lors d’un colloque.

Un effet inégal sur la sinistralité et la prime MRH en 2025

Près d’un ménage sur quatre envisage de protéger son domicile à l’aide de solutions de surveillance connectée aux smartphones, révélait début avril un sondage Opinionway pour la Macif. Malgré cet intérêt grandissant, la maison connectée reste un phénomène cantonné. La preuve : en 2016, à peine 7 millions de logements en Europe de l’Ouest sont équipés d’un système de télésurveillance et de sécurité connecté, soit 4 % du stock total d’habitations. Un chiffre qui devrait culminer à 11 %, soit 20 millions de logements en 2021. Signe qu’entre l’intention et la décision d’équipement de l’habitation en connectique, un temps de latence s’impose. Un élément d’explication se trouve sans doute dans l’effet limité sur la prime MRH. Le smart home contribue à améliorer significativement la fréquence des sinistres, en particulier en dégâts des eaux (en moyenne 43 % du nombre de sinistres MRH en France), incidents électriques (10 %) ou incendies (6,5 %), assez peu en bris de glace et catastrophes naturelles. En revanche, la répercussion sur le montant de la prime reste modeste. Selon McKinsey, sur la base de sa cotisation en 2016, l’assuré pourra espérer au mieux un recul de l’ordre de 4 à 7 %... en 2025 ! Une trajectoire guère réjouissante pour le consommateur, un peu plus pour les comptes techniques des compagnies. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La voiture automatisée , un atout progressif pour la sinistralité en 2025

Dans les années à venir, la voiture, autonome comme semi-autonome, sera-t-elle le recours des assureurs dommages pour restaurer la rentabilité technique de leurs portefeuilles ? Avec un ratio combiné de 106 % en 2015, selon les projections de l’Association française de l’assurance (FFSA-Gema, AFA), la branche automobile affiche des résultats structurellement déficitaires, sous l’effet d’une augmentation de la fréquence et du coût moyen des sinistres. Or, si l’on en croit le cabinet de conseil en stratégie McKinsey, la diffusion progressive des véhicules semi-autonomes dans le parc automobile pourrait réduire de près de 30 % la fréquence des sinistres d’ici à 2025. Des innovations technologiques qui bénéficieraient en premier lieu aux dommages matériels et corporels qui pèsent entre 63 et 88 % de la charge sinistres. Selon McKinsey, l’impact sur la sinistralité se révèle d’autant plus important que le niveau d’équipements automatisés du véhicule est élevé. Les voitures de niveau 2 et 3, qui représentent actuellement 65 % des ventes de véhicules légers en Europe, réduiraient de respectivement 20 % et 30 % la fréquence de sinistres et jusqu’à 40 % pour une voiture 100 % autonome. Une perspective susceptible de modifier en profondeur la nature du risque assuré : « Aujourd’hui, on s’assure contre une erreur humaine. Demain, ce sera contre un défaut technique », souligne Sandra Sancier-Sultan, partner senior chez McKinsey. Et d’ajouter : « Avec la voiture autonome, l’assureur couvrira des risques collectifs (constructeurs, propriétaires d’infrastructures...) et non plus individuels. En tant que porteur de risques, il interviendra davantage en position de réassureur ». Revers de la médaille : l’assurance s’expose au risque d’une contraction de la matière assurable, en auto comme en habitation (voir p. 42).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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