[DOSSIER] Cahier pratique : numérique, santé et auto en perspective 2/5

Automobile : Comment se positionner sur le marché de la voiture connectée (Cahiers pratiques)

Le Salon de l’automobile de Genève, qui s’est clos le 15 mars dernier, a, cette année encore, fait la part belle à la voiture connectée. En effet, depuis quelques années, les constructeurs automobiles sont entrés dans une course effrénée aux nouvelles technologies pour séduire les consommateurs. Ils ne sont toutefois pas les seuls à pouvoir bénéficier de ces nouvelles technologies. Ces « télématiques automobiles » permettent par exemple le contrôle à distance du véhicule et la collecte des données de conduite.

Devenue réalité grâce au développement des réseaux mobiles très haut débit à travers le monde, la voiture connectée est aujourd’hui une obligation légale au sein de l’Union européenne. Elle sera effective à compter du 31 mars 2018 (au lieu de 2015 comme initialement prévu) et prévoit que toutes les nouvelles voitures commercialisées au sein de l’UE – véhicules particuliers et utilitaires légers – doivent inclure un système d’appel d’urgence en cas d’accident, dit e-call, et donc une connexion aux réseaux mobiles. À partir de 2021, la Commission européenne évaluera l’intérêt de l’étendre ou non aux poidslourds et aux bus et cars.

Un marché estimé à 11 Md$ en 2020

Les constructeurs automobiles veulent désormais capitaliser sur cette connectivité forcée pour équiper leurs véhicules de services supplémentaires. Ainsi, selon les estimations, l’équipement télématique automobile devrait générer dès 2020 plus de 11 Md€ (pour un taux d’équipement supérieur à 50 %. source GSMA). Aux services existants de navigation et de connectivité aux smartphones, les acteurs de l’automobile connectée entreprennent d’ajouter des offres beaucoup plus variées, voire de les généraliser : - sécurité (détecteur de choc, vision nocturne, contrôle de vitesse…) ; - assistance (diagnostic et contrôle du véhicule à distance, dépannage, traçabilité de véhicule volté…) ; - gestion (conciergerie, gestion de flotte automobile, facturation…). Outre la valeur ajoutée apportée aux consommateurs, ces nouvelles offres généreront des quantités élevées d’informations sur le comportement des automobilistes (heures de conduites, kilométrage, vitesse, freinage, virage…).

De multiples opportunités pour les assureurs

Analyser les données fournies par les automobiles connectées de leurs clients permet aux assureurs de connaître leur type de conduite et d’adapter leur politique de prix à l’usage, afin, par exemple, de récompenser les clients prudents ou peu voyageurs (Pay how you drive).

Les acteurs de l’assurance automobile se positionnent dès à présent pour saisir les opportunités liées à cette révolution.

Plusieurs partenariats sont possibles, que ce soit avec les constructeurs automobiles, les opérateurs télécom, les acteurs de géolocalisation, les fabricants de smartphones :
- partenariats assureurs-constructeurs automobiles : les solutions télématiques ainsi que des solutions de paiement sont directement intégrées dans les véhicules. Assureurs et constructeurs doivent également s’associer pour développer les interfaces utilisateurs ;
- partenariats assureurs-opérateurs télécom : le développement des réseaux 4G permet de fournir des services haut débit aux passagers. Plusieurs nouveaux services peuvent être développés ;
- partenariats assureurs-acteurs de géolocalisation : le partenariat est développé avec un autre acteur de services, indépendant du constructeur automobile. De nouvelles offres peuvent être développées ;
- partenariats assureurs-fabricants de smartphones : l’expérience automobile est étendue au smartphone ou à la tablette, au sein de laquelle une offre télématique peut être proposée.

Un nouveau marché, l’Usage Based Insurance

Le marché des utilisateurs d’assurance télématique devrait augmenter de 30 % par an en Europe sous l’impulsion notamment du segment des jeunes conducteurs. On estime à plus de 42 millions le nombre de nouveaux souscripteurs en 2016 pour l’assurance télématique sur le marché européen (soit 30 % de croissance annuelle estimée). Le marché européen est à moyen terme l’un des plus prometteurs dans le domaine de l’assurance télématique automobile. Un marché tiré vers le haut par le Royaume-Uni notamment, précurseur en la matière. Pour faire face à cette demande accrue, de nouvelles offres Pay how you drive voient le jour, dont certaines sont résolument tournées vers les jeunes conducteurs en raison de leur risque (plus élevé) d’accident.

Le comportement des assurés est à l’heure actuelle analysé grâce à quatre solutions technologiques qui se disputent le marché :
- les Black Box, enregistreurs de données vidéo et GPS à installer dans le véhicule. Ils sont le plus souvent fournis par ces assureurs d’un genre nouveau, en échange d’une réduction des primes d’assurance ;
- le OBD-II, ou diagnostic embarqué très répandu sur les modèles récents de véhicules, permet la lecture des informations en provenance, en temps réel, des capteurs connectés aux calculateurs de bord ;
- les applications smartphone ;
- les technologies embarquées proposées par les constructeurs automobiles. Les trois premières solutions technologiques devraient se développer à moyen terme, avant d’être menacées, d’ici à cinq ans, par les systèmes embarqués, appelés à se démocratiser.

Pour les assureurs, le choix du Pay how you drive à des avantages certains :
- ajuster dynamiquement la prime d’assurance au comportement des conducteurs ;
- améliorer les comportements de conduite qui ont un impact sur la sinistralité ;
- permettre les appels d’urgence et l’information-assistance en temps réel, influant positivement sur la relation client ;
- réduire les fraudes à l’assurance (via l’obtention de données nonfalsifiables et en temps réel). Ce modèle économique permet également une segmentation comportementale scientifique des assurés(fondée sur la typologie de conduite), ainsi que la mise en place de nouveaux canaux de relation clients (via la voiture connectée et les centres d’appels mis à disposition).

Pour faire face à une concurrence accrue menant à une décroissance de ce marché en valeur, les équipementiers de télématiques et les assureurs peuvent également enrichir leurs offres afin de se différencier : service de conciergerie ; blocage du véhicule à distance ; suivi du véhicule en cas de vol ; vente des informations comportementales à des tiers (prévision de trafic routier, statistiques sur les zones ou comportement à risques…) ; appel automatisé du véhicule en cas de choc et déclenchement des secours si nécessaire ; information et orientation (proposition d’itinéraires adaptés, bilan des trajets effectués et du comportement au volant). Les assureurs tentant l’aventure doivent toutefois se prémunir de tout déséquilibre de leur modèle économique, lié aux coûts d’installation et d’exploitation des équipements télématiques qui ne sont pas anodins.

Les perspectives

La prochaine étape dans l’essor de la voiture connectée sera la création de véhicules autonomes (sans conducteur). Celle-ci se fonde sur des technologies existantes (caméra, radar sensoriel, télédetection, GPS…) mais nécessite encore le développement de logiciels adaptés pour se démocratiser. À l’heure actuelle, il manque encore les algorithmes pour permettre l’interprétation de l’environnement du véhicule, l’anticipation des événements qui vont survenir autour du véhicule et enfin l’utilisation de toutes les technologies embarquées de manière intelligente.

Certains constructeurs se lancent déjà sur un marché qui va fortement se développer dans les prochaines années. Il est estimé que ce marché de l’automobile autonome évoluera en quatre phases dans la lignée de l’automobile connectée (lire l’encadré Un moteur à 4 temps).

En réponse, les assureurs automobiles devront alors faire face à une nouvelle évolution de leurs offres au regard des probabilités telles que la diminution du nombre d’accidents (but recherché du développement des solutions embarquées), l’augmentation des coûts de sinistralité (en lien avec la valeur accrue des technologies embarquées) ou la hausse des primes d’assurance pour accompagner l’arrivée des nouvelles technologies.

Définir un positionnement au sein d’un nouvel écosystème : audelà de l’offre d’assurance, replacer l’expérience client-utilisateur au coeur du modèle.

Les assureurs automobiles se doivent de définir leur positionnement au sein du marché, en se positionnant non pas sur l’assurance seule, mais au coeur d’une expérience client-conducteur globale englobant plusieurs services.

De par la multitude des nouveaux acteurs, de nouvelles menaces pointent : Uber a notamment émis l’idée de proposer une offre d’assurance à l’usage ; Google s’est positionné de loin – pour l’instant – en lançant un site de comparaison des assurances auto, mais pourrait développer d’autres services dans sa Google Car… À long terme, quels seront les business models une fois que les voitures seront automatiques ? Mais un nouveau positionnement étendu sur la voiture connectée de demain peut ouvrir une multitude d’opportunités via une panoplie de services développant la valeur unitaire du client ainsi que sa durée de vie : autant d’occasions que pourront saisir les first movers.

Un moteur à 4 temps

Phase 1 : Voiture automatique passive (phase actuelle)
• Détecteur de choc, vision nocturne, contrôle de la vitesse
• Coût estimé pour l’utilisateur : 1 000 $US
• Technologies : radar, caméra frontale et infrarouge...

Phase 2 : Substitution limitée du conducteur
• Freinage et accélération automatique • Coût estimé pour l’utilisateur : 2 000 à 5 000 $US
• Technologies : radar infrarouge et GPS plus performant

Phase 3 : Voiture totalement automatique
• Déplacement autonome
• Coût estimé pour l’utilisateur : 5 000 à 7 000 $US
• Technologies : connectivité entre le véhicule (V2V) et des ordinateurs (V2X)

Phase 4 : Véhicule automatique adopté
• Voiture totalement autonome sans que le conducteur soit présent
• Coût estimé pour l’utilisation : 10 000 $US
• Technologies : intelligence artificielle, route « intelligente »...

Privacy by design et « connected car », dispositifs de géolocalisation embarqués, quel cadre juridique ?

Les dispositifs de géolocalisation embarqués dans les véhicules permettent la collecte de données à caractère personnel (identité ou simple numéro de téléphone du conducteur, plaque d’immatriculation, données de localisation etc.).

Dès lors, la loi du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés s’y applique, ce qui se traduit pour les acteurs concernés (constructeurs automobiles, compagnies d’assurance, loueurs de voitures, etc.) notamment par des obligations de déclaration à la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), d’information et, dans certains cas, de recueil du consentement préalable des automobilistes concernés (exigé également par le code des postes et des communications électroniques en cas d’utilisation d’un service de géolocalisation), de purge et suppression des données, d’insertion de clauses de sécurité et de confidentialité dans les contrats avec les prestataires, d’encadrement des transferts de données hors de l’Union européenne, etc.

S’agissant des dispositifs de modulation des tarifs d’assurance automobile (PAYD), de lutte contre le vol (tracking) et d’appel d’urgence (eCall), la Cnil recommande que les données collectées soient limitées (en particulier, les données de vitesse, en dehors de la vitesse moyenne, ne peuvent être utilisées), que les données de localisation ne soient conservées que pour une durée pertinente au regard de la finalité du traitement qui a justifié cette géolocalisation, et que la consultation à distance ou la transmission de données via le Web soit assurée par des protocoles sécurisés (chiffrement des communications) pour éviter les risques d’intrusion et de détournement de finalité etc. (délib. n° 2010-096 du 8 avril 2010).

Compte tenu des risques de contrôle et de sanctions de la Cnil et des autres régulateurs européens (autres autorités nationales de protection des données personnelles), il importe que les constructeurs automobiles, désireux de perfectionner leurs nouveaux concepts de véhicules, mesurent l’importance de la prise en compte du respect de la vie privée en amont du déploiement de nouveaux dispositifs embarqués permettant la collecte des données personnelles encore plus fines, telles que l’enregistrement des manoeuvres réalisées par un conducteur entre un point A et un point B.

En effet, le contexte de sophistication des nouvelles techniques de géolocalisation, la multiplication des acteurs dans les projets de développement de nouveaux concepts, l’existence de transferts de données vers les pays où sont localisés les constructeurs automobiles, leurs ingénieurs ou encore leurs prestataires, l’hébergement des données dans le cloud sont autant d’éléments motivant une vigilance en matière de protection des données et de vie privée, compte tenu du cadre réglementaire applicable. Dans un monde de plus en plus régulé – 28 lois en Europe sur la protection des données, mais également 17 en Afrique et 11 en Asie, par exemple –, la nécessité de réaliser des privacy impacts assesment (études d’impact) est avérée, et le concept de privacy by design est plus que jamais d’actualité pour permettre aux nouveaux projets de connected car de se développer.

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