[DOSSIER] Dossier Mutuelles 5/5

Ces mutuelles qui restent indépendantes, par choix... ou par défaut

Ces mutuelles qui restent indépendantes, par choix... ou par défaut

Parmi les mutuelles n’étant pas encore intégrées dans un processus de rapprochement, certaines cultivent farouchement leur indépendance... là où d’autres cherchent d’abord à se muscler avant de se rapprocher d’un éventuel partenaire.

Elles se comptent désor­mais sur les doigts d’une main. Au sein du Top 30 de la mutuali­té de L’Argus de l’assu­rance, les mutuelles qui ne se sont pas encore lancées dans un rapprochement, sous une forme ou sous une autre, sont devenues rares. Qu’elles soient d’un rayonnement régional (CCMO, M comme Mutuelle, Prévifrance) ou plus national (Mutuelle bleue), elles obéissent toutefois à des histoires et des stratégies différentes.

« Cela fait un certain nombre d’années que j’entends dire qu’on ne s’en sortira pas… », rappelle Christian Germain, directeur général de la mutuelle picarde CCMO (200 000 personnes couvertes en santé, plus de 70 000 en prévoyan­ce), qui n’a aucunement l’inten­tion de revenir sur sa straté­gie d’indépendance. Plutôt qu’une intégration, la mutuelle beauvaisienne a privilégié la croissance interne et les partenariats depuis une quinzaine d’années : certains se poursuivent, avec Agrica ou SMACL Assuran­ces, là où d’autres se sont arrêtés net (Adréa, Unisson…). « Il y a effectivement eu quelques échecs dans nos partenariats, mais égale­ment de belles réussites… tant que chacun respecte l’indépendance de l’autre ! »

Conserver son indépendance

L’indépendance de la mutuelle picarde se justifie aussi par une stratégie de terrain : présente majoritairement sur un territoire connu et défini, CCMO entend ainsi rester proche de ses adhérents. Une approche terrain qui se retrouve chez d’autres mutuelles indépendantes à portée régionale : Prévifrance, 26e au classement de la mutualité 2015, ancrée dans le Sud-Ouest, s’est ainsi rapprochée de la mutuelle bourguignonne GRM, dans une optique à nouveau régionale et la constitution d’une région Rhône-Alpes-Bourgogne (voir L’Argus de l’assurance n° 7446).

Discours légèrement différent du côté de M comme Mutuelle, ex-Mu­tuelle Humanis Familiale qui a repris son indépendance au 1er janvier 2013 : « Notre souhait d’indépendance est d’abord économique plus que politique », résu­me son directeur général Jérôme Rehlinger. Si la mutuelle discute avec de nombreux acteurs du marché, elle n’est toutefois « pas en phase de recherche de partenaire ». Du moins pour l’instant.

Miser sur la croissance… et sur l’économie

La priorité est à la croissance inter­ne. Forte d’ambitions renouvelées (objectif : passer de 250 000 à 400 000 personnes couvertes d’ici 2019), la mutuelle nordiste s’est tracée un plan de route précis sur les prochaines années : économies de charges de fonctionnement de 25 %, nouvelles fusions d’acteurs locaux, optimisations… « Chaque fusion apporte paradoxalement de nouvel­les charges : il faut donc avoir plusieurs coups d’avance », estime Jérôme Rehlinger. Tous ces acteurs, quelle que soit leur stratégie, mettent en garde contre une course à la taille.

Big n’est pas forcément beautiful

« Les économies d’échelle ne sont pas automatiques en santé », esti­me ainsi Henri Mathon, direc­teur général de Prévifrance. Et cela, alors même que la gestion des risques sous Solvabilité 2 est devenue plus contraignante pour les acteurs de taille intermédiaire. De facto, la couverture du besoin de marge de solvabilité diffère fortement d’une mutuelle à l’autre – de 187 % pour CCMO à 680 % pour Prévifrance (classement L’Argus de la mutualité 2015) –, mais elles ne s’en situent pas moins toutes au-delà des règles prudentielles établies.

« Les mutuelles présentes aujour­d’hui sont plus saines que celles d’il y a quinze ans : elles ont une vraie stratégie », assure Christian Germain. Ces mutuelles appli­quent en effet, chacune à leur mesure, une stratégie des petits pas : M comme Mutuelle, CCMO et Prévifrance ont ainsi progressivement absorbé des acteurs de plus petite taille, plutôt qu’opéré un rapprochement avec un plus gros que soi. « Agglomérer des charges les unes aux autres sans effet de seuil n’est pas utile : cela finit même par “pourrir” le concept de croissance externe », prévient Jérôme Rehlinger. Constitution de groupes de grande taille ou résistance au gigan­tisme, ces deux stratégies cohabitant jusqu’à présent pourraient bien finir par s’opposer.

« Notre stratégie se justifie pour rester proche de nos adhérents »

Le directeur général de la mutuelle picarde défend sa logique de partenariat, notamment dans un souci de proximité.

« La proximité coûte cher... mais est indispensable ». La mutuelle CCMO joue la carte du terrain pour se diversifier d’une concurrence toujours plus concentrée, stratégie assumée par Christian Germain depuis des années : « Je suis persuadé qu’à côté du téléphone et d’Internet, le terrain conserve un fort potentiel ». La mutuelle picarde, dont le portefeuille est aux deux-tiers constitué d’entreprises, déploie ainsi des commerciaux au plus près des préoccupations des professionnels.

CCMO Mutuelle s’est, par conséquent, retrouvée particulièrement exposée à la réforme de la généralisation de la complémentaire santé : la multiplication d’offres à bas tarif, liée au déploiement du panier de soins minimum, a entraîné un dumping selon Christian Germain. « Les entreprises vont finir par revenir », prédit toutefois le directeur général de la mutuelle picarde.

« Notre principe : pas de déstabilisation !  »

Le directeur général de la mutuelle nordiste échange avec l’ensemble des acteurs sans envisager, aujourd’hui, de perdre son indépendance.

M comme Mutuelle, depuis son indépendance retrouvée vis-à-vis d’Humanis en 2013, s’est mis en ordre de marche pour optimiser et structurer son fonctionnement. Une fois ce travail mené, la mutuelle sera éventuellement à même de discuter avec d’autres acteurs si un rapprochement devait avoir lieu. Ce qui n’est absolument pas prévu à court terme. « Nos principes fondateurs à tout rapprochement ? Pas de déstabilisation de l’organisation et des effets d’économie », détaille son directeur général Jérôme Rehlinger. Car les efforts menés par la mutuelle devront se répercuter pour l’ensemble des parties. « Nous voulons être aussi agiles et performants que possible dans notre fonctionnement : nous serons ensuite tout aussi exigeants avec les acteurs avec lesquels nous allons parler », prévient-il. Pas à n’importe quel prix, ni pour n’importe quel motif : dans ses critères de recherche, le directeur général de la mutuelle nordiste privilégie de loin la performance économique au poids de l’organisme et de fait, il regrette les effets nocifs de l’actuelle course à la taille.

  • 3 C’est le nombre de mutuelles, au sein du Top 30 de la mutualité 2015 de L’Argus, qui restent pour l’heure hors de tout projet de rapprochement : la Mutuelle bleue (17e), la mutuelle Prévifrance (26e), et CCMO Mutuelle (29e)
  • M comme Mutuelle, non incluse dans le top 2015, mais 19e au classement de 2014, peut être ajoutée à cette liste.

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