Climat : des préoccupations stratosphériques dans l'assurance

À huit mois de la grande conférence pour le climat à Paris, le secteur de l’assurance commence à formaliser modestement quelques engagements en faveur de la transition énergétique.

Partager
Climat : des préoccupations stratosphériques dans l'assurance

Hervé Le treut, climatologue français, ancien membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GiEC) « Si l’on fait de cette COP un échec, ce sera la dernière de notre histoire »

  • Comment les assureurs appréhendent-ils le risque climatique au niveau mondial ?

Le risque climatique se définit par trois composantes majeures : des événements naturels de grande ampleur, la vulnérabilité de nos systèmes et l’exposition. Les assureurs publient des résultats qui démontrent la part croissante des catastrophes naturelles, mais ils ont encore une vision biaisée par leur difficulté à décorréler ces trois dimensions. Dans certaines régions du globe, plusieurs millions d’exploitations agricoles pourront être frappées simultanément par de grandes catastrophes sans que les assurances privées ne se positionnent. C’est l’exemple type où des solutions d’assurance collective, soutenues par les États et les compagnies, pourraient être inventées pour limiter l’ampleur des pertes d’exploitation.

  • Est-il encore possible, dans la perspective de la COP21, de parvenir à un accord limitant le réchauffement à 2° C ?

Les objectifs de la COP21 sur la route des 2° C sont extrêmement importants, mais ils risquent de tuer la conférence en conditionnant sa réussite sur cette seule condition. C’est plutôt une ligne d’horizon à partir de laquelle nous devons mettre en route des dynamiques d’adaptation en termes d’urbanisme, d’aménagement du territoire, de transport... Si l’on fait de cette COP un échec, ce sera la dernière de notre histoire.

Propos recueillis par Sébastien Acedo

Investir dans des obligations vertes
Le marché des obligations vertes (green bonds) est en plein essor. L’engouement des investisseurs pour ces titres de dette destinés à financer des projets environnementaux a conduit à un triplement du marché mondial en 2014, à 36,8 Md$. Une goutte d’eau au regard des 2 105 Md€ de placements des assureurs français en 2014 (chiffres AFA), autant que le PIB français. D’autant que le secteur a tendance à laisser les banques investir à sa place dans ces titres, excepté quelques assureurs détenteurs de green bonds émis par GDF Suez l’an dernier pour un montant total de 2,5 Md€. Ce peu d’appétence peut s’expliquer par le manque d’attractivité de ces produits pour les investisseurs. En effet, sur le marché secondaire, il y a peu de différence entre les obligations vertes et la dette classique. Sans compter le faible nombre d’émetteurs et le carcan de Solvabilité 2 ! « Nous voulons pouvoir être en mesure de financer la croissance durable sans obstacle.Dans ce contexte, il faut, assouplir les règles de Solvabilité 2 », confiait sous couvert d’anonymat un dirigeant d’une grande société d’assurances.
Financer la taxe «Tobin»
François Hollande avait pris l’engagement de mobiliser le produit de la taxe sur les transactions financières (dite taxe « Tobin ») « applicable au plus tard en 2017 » pour la lutte contre le réchauffement climatique, en abondant le fonds vert climat, qui a franchi péniblement le seuil des 10 Md$. Le président de la République avait également plaidé pour une assiette « la plus large possible », ajoutant : « Mieux vaut prendre tous les produits de la finance avec un taux faible pour qu’il n’y ait pas de désorganisation des marchés. » Ce qui laissait supposer une taxation de l’assurance vie. Jusqu’à ce que Michel Sapin, ministre des Finances, écarte cette option, estimant qu’elle est « déjà très taxée ». Ce qui ne signifie pas pour autant la non-contribution des compagnies d’assurances à la future taxe « Tobin ». En effet, Michel Sapin, précise que « ce n’est pas le contrat d’assurance en tant que tel qui est visé, mais les transactions financières qui sont la conséquence des placements des assureurs vie ».
Mobiliser l'assurance au plan international
Jusqu’à présent, les fédérations internationales de l’assurance (Fédération internationale des coopératives et mutuelles d’assurances et International insurance society) ont figuré parmi les premières organisations du secteur à formaliser des engagements en tant qu’investisseur. Lors de la troisième conférence de l’ONU sur la prévention des catastrophes et des risques naturels du 14 au 18 mars à Sendaï (Japon), le secteur s’est fixé l’objectif de doubler le montant de ses « investissements respectueux de la planète », soit 79 Md€ d’ici à fin 2015, et d’atteindre 395 Md€ en 2020. L’assurance mondiale planche sur un référentiel commun pour définir ces investissements verts. « Cette initiative de long terme a pour but d’introduire un changement majeur dans les comportements et les pratiques des investisseurs institutionnels », font valoir les deux fédérations, qui estiment que « la fourniture d’un cadre commun permettra de valoriser des projets basés sur la micro-assurance ».
Réformer le régime des catastrophes naturelles en France
Depuis dix ans, le régime cat’ nat’ français est régulièrement remis en cause par les assureurs. La profession voudrait substituer à la mutualisation de la prime cat’ nat’ une modulation selon le degré d’exposition au risque et les efforts de prévention entrepris par les assurés et les pouvoirs publics, comme au Royaume-Uni. Mais l’État, craignant un désengagement progressif des assureurs dans les zones surexposées, s’y est toujours opposé. Profitant de la COP21, le président de la FFSA et de l’AFA, Bernard Spitz, souhaite inscrire la réforme du régime cat’ nat’ dans cette trajectoire : « Nous travaillons depuis un certain temps sur le sujet, et nous estimons que les conditions sont remplies pour une modernisation du régime. Personne ne comprendrait que nous ne prenions pas des dispositions qui réduisent le risque, alors que, dans le même temps, on interpelle la population sur les enjeux propres au climat. C’est une simple question de cohérence. Le moment est venu. »

Bernard Spitz, président de la FFSA et de l'AFA : «L’assurance et la réassurance sont des parties prenantes plus concernées que les autres, puisqu’elles indemnisent les conséquences des accidents climatiques, organisent la prévention et financent les infrastructures.»

 

Thierry Martel, directeur général de Groupama : «Nous essayons de prendre des initiatives, notamment en matière d’indemnisation en MRH, mais, d’une manière générale, il s’agit d’un problème relevant davantagede la Fédération que des entreprises.»

 

Jean-Marc Jancovici, ingénieur spécialisé en énergie-climat et enseignant à Mines Paristech : «La croissance d’énergie consommée par personne s’est arrêtée, signe que nos économies entreront inéluctablement dans une récession structurelle.»

 

Gilles Berhault, président du Comité 21, comité français pour le développement durable : «Nous attendons que les sociétés d’assurances s’engagent sur des réductions fermes d’émissions de carbone. En tant qu’investisseurs, elles devront également définir des stratégies de financement au service d’une économie “décarbonée” et d’activités non polluantes.»

 

Base des organismes d'assurance

Abonnés

Retrouvez les informations complètes, les risques couverts et les dirigeants de plus de 850 organismes d’assurance

Je consulte la base

Sujets associés

LES ÉVÉNEMENTS L’ARGUS DE L’ASSURANCE

Tous les événements

Les formations L’ARGUS DE L’ASSURANCE

Toutes les formations

LE CARNET DES DECIDEURS

Julien Alzouniès, DG Leader Insurance 2022

Julien Alzouniès, DG Leader Insurance 2022

Groupe Leader Insurance

Directeur général opérationnel

Michèle Horner, Beazley France 2022

Michèle Horner, Beazley France 2022

Beazley

Responsable relations courtiers pour la France

Bertrand de Surmont président Planete CSCA avril 2022

Bertrand de Surmont président Planete CSCA avril 2022

Planète CSCA

Président

Yves Pellicier, Maif 2022

Yves Pellicier, Maif 2022

Maif

Président

LES SERVICES DE L’ARGUS DE L’ASSURANCE

Trouvez les entreprises qui recrutent des talents

BCA EXPERTISE

Expert Automobile en Formation CDD H/F

BCA EXPERTISE - 17/11/2022 - CDD - PARIS

+ 550 offres d’emploi

Tout voir
Proposé par

Accédez à tous les appels d’offres et détectez vos opportunités d’affaires

59 - Lille

Acquisition de chèques culture à destination du personnel de la CAF du Nord

DATE DE REPONSE 12/12/2022

+ de 10.000 avis par jour

Tout voir
Proposé par

ARTICLES LES PLUS LUS