Assurance vie, les fonds euros en sursis

Assurance vie, les fonds euros en sursis

Malgré une baisse moyenne des rendements des fonds en euros d’environ 0,25 point au titre de 2015, le placement préféré des Français reste attractif, ce qui aggrave un peu plus la dilution des portefeuilles des assureurs. Et constitue un casse-tête pour le marché.

La moisson 2015 des taux de rendement des fonds en euros confirme la tendance d’une érosion continue de l’ordre de 0,20 point par an. Après 2,90 % en moyenne en 2012, 2,70 % en 2013 et 2,50 % en 2014, la baisse moyenne pour 2015 devrait être de 0,25 point, selon nos informations, conforme aux prévisions du marché. Toutefois, comme toujours, nombre d’acteurs n’ont pas souhaité communiquer sur les taux des contrats fermés à la commercialisation, généralement moins bien ­dotés ; en outre, les taux ne sont pas communiqués en fonction de l’encours des contrats. Résultat, la moyenne de notre tableau s’établit à 2,56 % – au-dessus de celle du marché, annoncée à 2,25 % – mais l’érosion constatée d’une année sur l’autre est cohérente.

Outre ce biais déclaratif, des inégalités se font jour. La palme de la baisse revient cette année encore aux bancassureurs avec jusqu’à -0,62 point à l’instar de Spirica avec le fonds Euro­Sélection « NetLife », ou « Sogécap » dont les baisses sont parfois supérieures à 0,5 point. Les compagnies traditionnelles, elles, sont restées en moyenne entre 0,10 et 0,40 point. Les bancassureurs, dont les taux cette année ressortent plus souvent sous la barre des 2 % (généralement entre 1,4 % et 2,5 %), bénéficient en effet d’une clientèle moins volatile. Seuls quelques assureurs se distinguent avec des taux stables par rapport à 2014 comme Groupama Gan Vie, voire avec des augmentations comme pour le contrat « Terre de vie Eurocit » d’AG2R La Mondiale. « On voit bien que le marché est très concurrentiel et que le taux affiché est très important pour les assureurs. Le fonds euros est un produit d’appel qui détermine bien souvent l’épargnant à souscrire un contrat », ­explique ­Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne. Encore plus dans le contexte actuel ­morose sur les autres placements liquides. Le fonds euros reste donc attractif, au grand dam des assureurs. Car plus la collecte est importante, plus les réinvestissements sur des placements obligataires à très faibles rendements sont ­importants. Résultat : la dilution des portefeuilles s’accélère. « À ce rythme, c’est-à-dire, si les taux persistent à rester bas, le point critique pour le marché et les épargnants en termes de rémunération pourrait se situer dans 4 ans », ­reconnaît Philippe Crevel.

  • 0,25 % C’est la baisse moyenne de rendement des fonds euros constatée en 2015
  • 4 % de rendement, pour le Fond sécurité Pierre Euro du contrat « SéréniPierre » de Suravenir, distribué par Primonial, qui affiche le plus haut rendement de la moisson 2015
  • 1,45 % C’est le taux de rendement du Livret Assurance Vie, qui n’est plus commercialisé depuis 2009, distribué par la Caisse d’épargne

Les compagnies ont donc poussé les épargnants à s’orienter vers les UC, à grands coups de bonus sur le rendement du fonds euros en fonction de la part investie en UC, ou même en refusant d’ouvrir de nouveaux contrats totalement en euros. D’autres modulent les frais d’entrée pour inciter à investir une plus grande part en UC. Et les réseaux de distribution ont bien compris le message. Selon les derniers chiffres de l’AFA, les UC représentaient 53 % de la collecte nette en 2015.

Une prudence de mise

Mais ce petit jeu dans lequel le marché est entraîné malgré lui, pousse surtout à la prudence. « Depuis un peu plus de deux ans, les assureurs se sont concentrés plus massivement sur la constitution de réserves en dotant la PPE et, avec l’entrée en vigueur de ­Solvabilité 2, ils se sont montrés plus attentifs aux outils de mesure du risque. En outre, beaucoup ont pris le parti de réduire la duration de leurs actifs pour être en capacité de réinvestir plus rapidement quand les taux remonteront », constate Antoine Esquieu, associé chez Mazars. Mais quand et comment remonteront-ils ? Aujourd’hui, même les scénarios de risque les plus poussés ne peuvent répondre à la question. « L’évolution des taux dépend beaucoup d’éléments non modélisables, en ­premier lieu, les décisions qui ­seront prises au niveau politique », rappelle-t-il.

S’il est fréquent de comparer la France à l’Allemagne, une question se pose : faudra-t-il que les pouvoirs publics interviennent comme pour les assureurs vie ­allemands, acculés il est vrai par des taux garantis très élevés ?

Mais le Haut conseil pour la stabilité financière (HCSF) estime insuffisant l’ajustement à la baisse des rémunérations des contrats d’assurance vie intervenu en 2015. ­Sandrine Lemery, première secrétaire générale de l’ACPR tempère : « Aujour­d’hui, les garanties de taux sur l’encours actuel ne constituent pas une contrainte insoutenable pour la plupart des ­assureurs. Les différents ­scénarios et les discussions que nous avons individuellement avec les entreprises montrent que les promesses sont tenables à condition que le contexte de taux ne prenne pas un tournant extrême à la hausse comme à la baisse et que les assureurs ne se laissent pas entraîner par la concurrence à servir des revalorisations discrétionnaires qui dilapideraient leurs réserves. Parallèlement à la modération de la rémunération servie, d’autres actions peuvent être mises en œuvre par les assureurs pour faire face aux différents risques et assurer leur solidité sur le long terme : constituer des provisions et réserves, réduire la commercialisation de certains contrats trop coûteux pour l’assureur et la communauté des assurés, travailler leur portefeuille ou développer des produits nouveaux orientés vers des garanties plus en phase avec les conditions financières actuelles. L’enjeu de discipline du marché est à cet égard très important ». À l’heure où les décrets sur l’euro croissance se font attendre, le sursis du fonds euros, chouchou des épargnants, semble plus que jamais de courte durée. Même s’ils prennent, en coulisses, leurs dispositions, les assureurs oseront-ils se priver d’un outil commercial aussi puissant ?


L’évolution des taux dépend beaucoup d’éléments non modélisables, en premier lieu, les décisions qui seront prises au niveau politique

Antoine Esquieu, associé chez Mazars

Parallèlement à la modération de la rémunération servie, d’autres actions peuvent être mises en oeuvre par les assureurs pour faire face aux différents risques et assurer leur solidité sur le long terme (...). L’enjeu de discipline du marché est à cet égard très important.

Sandrine Lemery, première secrétaire générale de l’ACPR

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