[DOSSIER] Le nouveau visage d'Axa 4/4

Axa : des changements... et des interrogations

Axa : des changements...  et des interrogations
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La transformation d’Axa menée par Thomas Buberl suscite de nombreuses interrogations, voire de l’inquiétude, alimentées au cours des derniers mois par des départs majeurs au sein du groupe.

« Cette discussion est off the record. » À chacune de nos sollicitations, la même sempiternelle réponse. Et la même prudence. S’exprimer sur l’ambiance qui règne au sein du numéro un français de l’assurance ne va pas de soi, dans cette entreprise qui s’est toujours distinguée par une grande maîtrise de sa communication externe. D’autant que toutes les personnes que nous avons interrogées travaillant, ou ayant travaillé, au sein de l’assureur gardent un fort attachement à la compagnie. « J’ai beaucoup de gratitude envers Axa », insiste d’ailleurs un ancien pilier du groupe, qui y a œuvré pendant près de vingt ans. Avant d’ajouter, presque aussitôt : « La déception est à la hauteur de l’attachement que l’on porte à cette entreprise. »

De la déception, carrément ? Le mot n’est-il pas un peu fort ? Non, selon cet ex-cadre dirigeant, l’arrivée de Thomas Buberl aux manettes d’Axa en 2016 – et les multiples remaniements qui ont suivi – aurait fait l’effet d’un séisme au sein du groupe. « Il y a un avant et un après Thomas Buberl », tient-il à préciser. Il est vrai qu’en prenant les rênes de ce fleuron du capitalisme français, le dirigeant allemand a procédé à un vaste plan de réaménagement : le comité de direction du groupe a été revu avec l’arrivée de deux proches, l’Allemande Astrid Stange et l’Italo-Suisse Antimo Perretta et plusieurs départs de personnalités historiques, dont, entre autres, Véronique Weil ou Gaëlle Olivier. Des organisations ont également été modifiées ou revues, des activités cédées, et un plan de réduction des coûts de 2,1 Md€ d’ici 2020 mis en place.

Le soutien d’Henri de Castries

Quoi de plus normal qu’un dirigeant façonne l’entreprise qu’il est amené à piloter selon sa vision ou la stratégie validée par son conseil d’administration ? Force est de constater que dans les strates inférieures de l’entreprise, ces transformations ne font pas forcément l’unanimité, d’aucuns y perdant un peu leur latin.

Hasard ou coïncidence ? Invité en décembre dernier, tout comme Claude Bébéar, à l’inauguration du nouveau siège normand de la compagnie d’assurances à Isneauville, Henri de Castries avait apporté un soutien franc et entier à son successeur. « Thomas [Buberl] va vous demander des changements qui vont vous sembler durs. Dites-vous qu’il le fait pour que nous puissions garder la confiance de nos clients et pour assurer ce que sera la compétitivité du groupe dans le futur, avait-il déclaré devant de nombreux salariés du groupe. C’est le changement qui nous permettra d’être toujours présents dans la durée, et non l’immobilisme. » Message subliminal adressé à ses ex-collaborateurs : n’ayez pas peur des transformations en cours !

Il n’empêche que « la greffe aurait toujours du mal à prendre », selon plusieurs sources interrogées par L’Argus.

Depuis que Thomas Buberl a pris les commandes d’Axa, de nombreux dirigeants – mais aussi des cadres, plus anonymes – ont quitté l’entreprise. « Les départs et les arrivées font partie de la vie quotidienne d’une entreprise. Mais là, on assiste à une vague sans précédent », constate un ancien directeur du groupe. Un connaisseur du marché, spécialisé dans les ressources humaines, indique également voir défiler un nombre important de cadres de chez Axa dans son bureau depuis quelques mois. « Je vois frapper à ma porte une génération de jeunes quadras, très bien formés, qui ont été positionnés comme de futurs leaders au sein du groupe, mais qui craignent que les réorganisations opérées par Thomas Buberl ne limi­tent désormais leurs perspectives », souligne ainsi ce chasseur de têtes. Des propos qui font écho à ceux de ce dirigeant d’un groupe mutualiste, lui aussi ancien de la maison, qui dit régulièrement « recevoir de nombreux CV de [ses] ex-collaborateurs travaillant encore chez Axa ».

Des départs aussi chez Axa France

Il n’y a pas qu’au groupe que l’arrivée de Thomas Buberl fut suivie par de nombreux changements. Axa France aussi a enregistré son lot de départs. Le premier ? Celui de son PDG, Nicolas Moreau, candidat malheureux à la succession d’Henri de Castries, qui a annoncé dès le 18 mai 2016 qu’il quittait la compagnie, après y avoir passé 25 ans. C’est Jacques de Peretti qui lui a succédé à ce poste. Même si l’entreprise rappelle régulièrement que c’est le lot de toute entreprise d’enregistrer des départs (et des arrivées), il n’empêche que de l’avis de beaucoup de monde, anciens de la maison ou non, de nombreux dirigeants ou cadres historiques d’Axa France sont partis ces deux dernières années. Exemples : après 24 ans de services au sein de différentes entités du groupe, le directeur de la formation d’Axa France, Éric Blanc-Chaudier, a quitté ses fonctions au printemps 2017. Il a été nommé, en mars dernier, à la tête de la région Nord-Est d’Harmonie Mutuelle. En juin 2017, Axa France a perdu une autre figure de proue, avec le départ d’Isabelle Le Bot, directrice de la distribution et du pilotage économique des réseaux. Après 19 ans au sein du groupe, elle a rejoint le groupe Matmut en qualité de directrice générale adjointe de la nouvelle direction relation sociétaire. Enfin, dernier départ marquant en date : Nicolas Sinz, le PDG d’Axa Assistance (filiale du groupe mais basée en France). Après 12 années passées au sein de la compagnie, il a été recruté en janvier par Europ Assistance France, en qualité de directeur général.

Coupes budgétaires…

Les économies voulues par la nouvelle direction susciteraient également des interrogations d’un point de vue social. « Nous allons supprimer deux niveaux hiérarchiques [du groupe, NDLR] pour que les décisions soient prises au niveau local. Cela va se traduire par une réduction de 25 % des fonctions centrales du groupe, soit environ 300 personnes à Paris, Madrid et Hong Kong », expliquait, le 14 novembre, Thomas Buberl au journal Le Monde.

Cinq mois plus tard, ces restructurations ont été menées, et le Groupement d’intérêt économique (GIE) Axa, entre autres, en a fait les frais. Cent personnes issues de cette structure qui chapeaute l’ensemble des activités du groupe ont été redéployées. « Les collaborateurs qui étaient sur ces emplois au GIE ont reçu, en moyenne, deux ou trois propositions de reclassement dans d’autres entités du groupe. Quasiment tous ont déjà retrouvé un poste définitif », soutient Karima Silvent, la DRH du groupe, précisant qu’au travers du plan Ambition 2020, « près de 140 M€ d’investissement (ont) été consacrés à la formation des collaborateurs, notamment sur le travail en mode agile. »

… manque de personnel

Pour autant, l’ambiance en interne serait parfois assez pesante dans certains services. « Conséquence directe de la recherche permanente d’économies, des pôles d’activité souffrent d’un manque criant de moyens et de personnel, à charge de travail équivalente », explique une source syndicale, rappelant que chez Axa France, suite à la signature d’un accord de Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) tous les départs à la retraite ne sont pas remplacés.

« Il y a bien des embauches, mais ces recrues ne sont pas tout de suite opérationnelles, car il faut auparavant les former… », soupire notre interlocuteur. Pour lui, la réorganisation chez Axa France – par métiers et non plus par produits depuis février 2017 – aurait en outre du mal à passer auprès de certains cadres et salariés. « Il n’y a pas de demi-mesure. Les collaborateurs savent si leur poste s’inscrit ou non dans la nouvelle organisation », ajoute un ancien directeur parti d’Axa peu avant l’arrivée de Thomas Buberl, mais qui a gardé de nombreuses antennes dans la maison. Et de poursuivre : « le phénomène est aussi amplifié par le fait que certains jeunes talents doutent du nouveau modèle ». Dans le réseau, la grogne se fait également sentir. « La nouvelle organisation, mise en place depuis janvier, a provoqué certains remous, constatait, un peu dépité, Pascal Chapelon, président du syndicat d’agents généraux Réussir, interrogé par L’Argus de l’assurance fin 2017. Axa a surestimé la capacité de ses équipes à être opérationnelles rapidement, et les agents ont parfois perdu leurs marques. »

Les départs les plus marquants depuis 2017

  • Janvier 2017 Véronique Weill Directrice générale d’Axa Global Asset Management, chief customer officer et membre du comité de direction du groupe
  • Juin 2017 Jean-Louis Laurent Josi Directeur général d’Axa Asie et membre du comité de direction du groupe
  • Septembre 2017 Joyce Phill ips directrice générale de la business unit innovation client et nouveaux business models
  • Novembre 2017 Paul Evans Directeur général d’Axa Global Life & Savings et d’Axa Global Health, directeur général de la ligne de métier Axa Global Asset Management, membre du comité de direction du groupe
  • Novembre 2017 Gaëlle Olivier Directrice générale d’Axa Global P&C, membre du comité de direction du groupe
  • Novembre 2017 Amélie Oudéa-Castera Directrice marketing et digital groupe
  • Janvier 2018 Brendan Mc Cafferty Directeur général d’Axa UK intermediated & direct
  • Mars 2018 Jérôme Droesch Directeur général d’Axa Partners
  • Avril 2018 Amanda Blanc directrice générale d’Axa UK

Un patron jugé plus froid

Mais ce n’est pas tout. Le management de Thomas Buberl, jugé plus froid que celui de ses prédécesseurs, interpelle aussi. « Claude Bébéar et Henri de Castries étaient très proches des équipes. Ils passaient dans les bureaux, connaissaient nos prénoms. Aujourd’hui, c’est différent », constate un ancien cadre qui a travaillé près de vingt ans au sein du groupe.

L’Allemand, qui s’exprime parfaitement en français, ne ménage pourtant pas ses efforts : des trois patrons opérationnels historiques d’Axa présents à Isneauville en décembre, c’est lui, d’ailleurs, qui resta le plus longtemps auprès des salariés normands le soir, ne refusant aucun échange avec des collaborateurs et se prêtant volontiers à des séances de selfies.

L’annonce du rachat du groupe XL a donné du baume au cœur des salariés et des cadres, d’autant plus fiers de cette opération qu’elle a été menée au nez et à la barbe du rival Allianz, qui avait, selon l’agence de presse Bloomberg, lui aussi manifesté son intérêt pour XL. Mais chez une partie des troupes, les interrogations, voire l’inquiétude, sont palpa­bles. Les équipes d’Axa Corporate Solutions sont peu rassurées par le rachat du groupe XL, les deux entités étant spécialisées dans le même domaine : celui des grands risques.

Leurs approches sont pourtant très différentes. « La façon dont XL a développé ses activités est aux antipodes de celle d’Axa CS. XL est beaucoup plus joueur dans son approche des risques. C’est un groupe qui a beaucoup plus d’appétence pour la volatilité. Axa CS considérait jusqu’à présent que ces portefeuilles à forte cyclicité n’étaient pas en ligne avec la stratégie de la maison qui se veut plus prudente », analyse un ancien haut-dirigeant d’Axa CS.

Quelles conséquences, dès lors, pour les salariés, Axa ayant annoncé que lorsque la transaction serait finalisée, les opérations du groupe XL, d’Axa CS et d’Axa Art seraient réunies ? « C’est trop tôt pour en parler, assure de son côté Karima Silvent. Je remarque juste que les répartitions géographiques entre XL et Axa CS sont complémentaires. Les équipes ne sont pas présentes aux mêmes endroits du globe. »

La direction ne sous-estimerait-elle pas ce questionnement d’une partie de ses salariés ? Quoi qu’il en soit, cela a visiblement peu d’incidence sur le pouvoir de séduction du groupe d’assurance, qui est toujours aussi fort. Le réseau professionnel LinkedIn a, en effet, publié le 21 mars le classement des 25 entreprises françaises les plus attractives. Un palmarès où seul un assureur tire son épingle du jeu : Axa, classé en 11e position.

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