Frédéric Lavenir (CNP Assurances) : «Notre modèle est parfaitement adapté à la configuration actuelle du marché»

Frédéric Lavenir (CNP Assurances) : «Notre modèle est parfaitement adapté à la configuration actuelle du marché»
Frédéric Lavenir, directeur général de CNP Assurances. © Franck Juéry/CNP

Dans une interview à L'Argus, Frédéric Lavenir, directeur général de CNP Assurances, revient sur le rééquilibrage du modèle économique à l'oeuvre depuis trois ans au sein du numéro un français de l'assurance de personnes. Et il explique en quoi le positionnement singulier du groupe, multicanal et multipartenarial, est un atout dans l'environnement actuel.

C’est une véritable mue qu’a engagé depuis trois ans le numéro un français de l’assurance de personnes. Bien sûr, le poids de l’histoire rend impossible un virage complet à 180°, et les comptes de CNP Assurances sont imprégnés de l’activité d’épargne-retraite en France, qui représente encore 64 % des 31,6 Md€ de chiffre d’affaires et se matérialise par un bilan de près de 400 Md€. Pour autant, le mouvement de ­repositionnement stratégique initié par le directeur général, Frédéric Lavenir, notamment vers les activités de prévoyance-protection, plus rentables car moins consommatrices de capital, commence à se voir et à porter ses fruits. Aujourd’hui, CNP Assurances est une entreprise «qui avance», bien décidée à faire passer le message que son modèle atypique – on l’a longtemps taxée d’usine de production sans réseau en propre – la place aujourd’hui en situation de force pour affronter les défis qui frappent le secteur de l’assurance, digitalisation et ubérisation de la relation clients en tête. «Notre modèle, par essence multicanal et multipartenarial, nous permet de nous plugger sur des univers différents, ce qui est parfaitement adapté à la configuration actuelle du marché», défend ainsi Frédéric Lavenir, non sans glisser que la stratégie menée est totalement assumée par le conseil d’administration. Une façon de faire taire certaines rumeurs récurrentes, notamment celle en vertu de laquelle La Banque postale, qui détient 18,15 % du capital via la holding Sopassure, pourrait vouloir monter au capital (1) pour œuvrer à «la construction d’un grand pôle financier public» qui engloberait CNP Assurances. Soucieux, à l’inverse, que CNP Assurance conserve son statut d’entreprise « agile » et « légère », le directeur général réaffirme sa volonté de «renforcer ­l’excellence opérationnelle» car «l’avantage comparatif de CNP dans le domaine mérite d’être renforcé». En France, l’objectif est ainsi de réduire la base de coûts de 60 M€ par an à l’horizon de 2018, «sans aucun plan social, plan de départ volontaire ou licenciement». Et pour la première fois, le groupe s’est risqué à s’engager sur des objectifs financiers, à savoir, faire progresser d’au moins 5% par an son résultat brut d’exploitation sur les trois prochaines années.

1. La Caisse des Dépôts (40,8 %), l’État (1,1 %) et Sopassure (36,3 %) qui regroupe La Banque postale et le Groupe BPCE, totalisent plus de 78 % du capital.

Depuis trois ans, vous oeuvrez au rééquilibrage du modèle économique de CNP Assurances. Les résultats sont-ils à la hauteur de vos ambitions ?

Année après année, l’évolution de notre modèle d’affaires se concrétise dans nos résultats et s’accélère. En France, l’importance de nos encours en épargne et retraite nous donne le temps et la capacité d’investir. La diversification la plus immédiate et la plus visible tient au renforcement du poids des unités de compte (UC) qui représentent 15,6% de l’activité d’épargne retraite. Dans la droite ligne de nos choix stratégiques, notre collecte nette en euros a été proche de zéro en 2015, alors qu’elle a atteint 2 Mds€ en UC, représentant 15% de la collecte nette en UC du marché français. Le rééquilibrage de notre modèle est parfaitement visible en Europe hors France. En 2014, le chiffre d’affaires était à plus de 50% composé d’épargne/ retraite en euros ; en 2015 il est à plus de 70% en unités de compte et prévoyance-protection. Ceci est le reflet d’une transformation profonde du modèle d’affaires en Italie où les UC sont désormais prépondérantes, et de l’effet relutif sur la valeur des affaires nouvelles – elle a été multipliée par quatre en un an – de la sortie de CNP BVP, très centré sur l’épargne, et de la mise en œuvre du partenariat avec Santander, axé sur l’emprunteur et la prévoyance. Enfin, en Amérique du Sud, qui compte pour le quart de nos résultats, notre produit net d’assurance est à 80% sur la prévoyance-protection et à 20% sur l’épargne, alors que l’on est encore à 70% sur l’épargne en France.

Justement, comment comptez-vous poursuivre ce mouvement de rééquilibrage ?

2016 sera une année d’accélération de l’évolution de notre modèle d’affaire multipartenarial, multicanal et multiproduit. Notre partenariat renouvelé avec BPCE, en vigueur depuis le 1er janvier, va dans le sens d’un allègement sur l’épargne, tandis qu’il met clairement l’accent sur l’emprunteur et la collective. D’ailleurs, sur le volet prévoyance collective, le partenariat avait été anticipé et est opérationnel depuis l’automne. Avec La Banque Postale avec qui nous venons de finaliser le renouvellement de notre accord dans une grande continuité, nous élargissons le partenariat au pôle patrimonial. Sur le volet du haut de gamme, notre plate-forme ouverte, CNP Patrimoine, qui travaille avec des banques privées, fonctionne désormais à pleine puissance, et notre filiale luxembourgeoise est opérationnelle depuis le début de l’année. 2016 sera aussi l’année de la montée en charge de notre dispositif omnicanal en santé et prévoyance collective en nous appuyant sur notre réseau salarié Amétis et notre nouvelle plateforme à distance Alptis. Nous resserrons d’autre part nos liens avec l’univers mutualiste et paritaire. Cela commence à se voir, comme en témoigne en particulier notre partenariat avec AG2R La Mondiale.

On a jadis reproché à CNP Assurances d’être une usine de production dénuée de réseau de distribution en propre. La multiplication des partenariats ne présente-t-elle pas un risque ?

Non au contraire, c’est un atout. Notre modèle, par essence multicanal et multipartenarial, nous permet de nous «plugger» sur des univers différents, ce qui est parfaitement adapté à la configuration actuelle du marché. Nous avons la capacité à être très réactifs et à saisir les opportunités de marché sans subir les contraintes d’une distribution en silo. Nos partenaires apprécient notre capacité à travailler avec eux de façon totalement dématérialisée. Notre singularité nous dote aujourd’hui d’un énorme avantage concurrentiel.

CNP Assurances est donc bien positionné pour contrer les menaces actuelles sur la chaîne de valeur de l’assurance ?

Le métier d’assureur évolue vers encore plus de transparence, de diversité dans la distribution et de transversalité dans les produits. Nous sommes de moins en moins dans une logique d’offre, et c’est la demande qui pilote la construction des produits et services. Le digital rend plus poreux les rôles de producteur et de distributeur et nous offre une opportunité inédite de développer la relation directe au client tout en apportant plus de valeur à nos partenaires. Nous avons ainsi annoncé le lancement d’une compagnie nativement digitale au Brésil qui sera opérationnelle l’été prochain. Malgré la taille de notre bilan, nous sommes une entreprise mobile, dotée d’une très grande agilité comme l’a démontré notre capacité à développer en quelques mois des plateformes et des approches commerciales nouvelles. Tout l’enjeu, pour nous, est d’employer à bon escient nos revenus actuels pour construire les bases de nos revenus futurs. Vous remarquerez que c’est la première fois que nous affichons des objectifs financiers, à savoir une croissance organique annuelle moyenne de notre résultat brut d’exploitation d’au moins 5% sur 3 ans. Cela manifeste notre confiance dans notre capacité à valoriser nos atouts dans l’environnement actuel et à accélérer l’évolution de notre modèle.

Propos recueillis par Géraldine Bruguière-Fontenille et Géraldine Vial

CNP assurances en 2015

31,6 Md€ : le chiffre d’affaires dont 24,8 Md€ en France, soit 78,5%. Dans l’Hexagone, le chiffre d’affaires est réalisé à hauteur de 68,8% en épargne-retraite en euros, de 12,7% en épargne-retraite en unités de compte, et de 18,5% en prévoyance-protection. Cette activité contribue, en France, à hauteur de 30% du produit net d’assurance.

2,43 Md€ : le résultat brut ­d’exploitation (RBE) (-0,6%, mais +7,7% à périmètre et change constants), auquel la France contribue à hauteur de 61,5%, le Brésil de 35 %, et l’Europe hors France de 3,5%.

1 130 M€ : le résultat net part du groupe 2015 (+4,7%). CNP dispose de 17,1 Md€ de fonds propres et le taux de couverture, en Solvabilité 2, de son capital de solvabilité requis (SCR) s’élève à 192% à fin 2015. Le groupe utilise la formule standard et n’a pas retenu de mesures transitoires. La France pèse pour 90 % du SCR et le risque de marché pour 54%.

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