Résiliente, l'assurance européenne cherche ses nouveaux champions (Etude Roland Berger)

Résiliente, l'assurance européenne cherche ses nouveaux champions (Etude Roland Berger)
Roland Berger

Si le marché européen de l’assurance ne fait guère d'étincelles en matière de croissance et de rentabilité, certains modèles «champions» peuvent permettre de combiner croissance à deux chiffres et rentabilité élevée. Telle est en substance la conclusion d’une étude menée par le cabinet de conseil Roland Berger sur les 30 premiers groupes d’assurance européens, lesquels représentent, avec 663 Md€ de primes brutes émises en 2013, environ 61% du total des primes en Europe de l’Ouest.

Chiffre d'affaires stable

Premier enseignement intéressant de l’étude : les assureurs sont dans l’ensemble plutôt résilients, à défaut de disposer d’un potentiel de croissance gigantesque. Sur la période 2009 -2013, ils affichent ainsi un taux de croissance annuel moyen (TCAM) de 1%, pour un chiffre d’affaires (primes nettes acquises + revenus financiers + revenus des activités non assurantielles) passé de 898 Md€ à 924 Md€. Dans les faits, la crise des dettes souveraines de 2011 les a pénalisés en amputant leurs revenus financiers, qui apparaissent du coup comme une composante (25% du total en 2013) assez volatile de leur chiffre d’affaires. Au total, «le marché de l’assurance, stable en monnaie courante, ne fait pas rêver en termes de croissance, et apparaît comme très sensible aux marchés financiers», résume Christophe Angoulvant, Senior Partner au sein du centre de compétences Services Financiers et responsable mondial de l'Assurance chez Roland Berger.

ROE dans la moyenne

Sur le front des performances financières, les assureurs se caractérisent là encore par leur stabilité. Malgré la crise financière, ils ont ainsi réussi à maintenir une marge opérationnelle globalement comprise entre 5,4% et 6,7% entre 2009 et 2013. Le rendement des fonds propres (ROE), s’il avait chuté en 2011 à 4,9%, avait quasiment renoué en 2013 (8,5%) avec le niveau de 2009 (9%). «Dans l’ensemble, le ROE tend à normaliser entre 8% et 10%, un niveau moyen mais assez sécurisé», commente Christophe Angoulvant, rappelant que les actionnaires valorisent aussi la régularité et la visibilité.

Les assureurs à dominante dommages font mieux

Dans le détail, certains segments de marché performent toutefois mieux que d’autres. Roland Berger en a identifié six : spécialistes vie (Aegon, Prudential, Standard Life, Swiss Life, Old Mutual, Legal & General), bancassureurs (CNP, BNP Paribas Cardif, ING, Société générale Insurance, Lloyds banking group, Crédit agricole Assurances), généralistes à dominante vie (Aviva, Axa, Generali, Ageas, Helvetia), généralistes à dominante dommages (Allianz, Zurich, RSA, Talanx, Mapfre, Ergo, Baloise), mutuelles (Covea, Unipol, Groupama, Mutua Madrilena), spécialistes non vie (Ace, Achmea). En croisant les critères de croissance du chiffre d’affaires et de rentabilité, ce sont les généralistes à dominante non-vie et les spécialistes non-vie qui tirent le mieux leur épingle du jeu (TCAM de 4% sur 2009-2013 et ROE moyen de 10% pour les premiers, TCAM de 2% et ROE de 9% pour les seconds), là où l’environnement de taux bas pénalise les segments plus exposés à l’assurance vie. Les généralistes à dominante vie s’en tirent ainsi avec un TCAM de -3% et un ROE de 6%, et les spécialistes vie avec un TCAM de 1% et un ROE de 8%. Les mutuelles, qui n’ont pas d’actionnaires à rémunérer, affichent de leur côté un TCAM de 5% et un ROE de 2%, traduction chiffrée de leurs politiques tarifaires en général plus généreuses.

Nouveaux champions

Il n’y a pas donc pas de mystère, les champions de la croissance mènent en général des stratégies offensives pour progresser. Soit par acquisition (Unipol, RSA, Baloise, Mutua Madrilena), soit grâce à des stratégies d’internationalisation ciblées (Talanx, Mapfre). Reste un troisième modèle particulièrement efficace : celui des spécialistes innovants, auxquels appartiennent des acteurs comme le britannique Admiral ou le Sud-Africain Discovery, et qui parviennent à combiner croissance à deux chiffres et rentabilité élevées (34% de ROE en moyenne). Pour Roland Berger, ces nouveaux champions illustrent trois évolutions majeures de l’assurance : la notion de plate-forme (cf. Admiral et ses comparateurs), l’orientation client (stratégies de niche et marques dédiées) et l’assurance liée au comportement (marque de fabrique de Discovery en assurance santé). Trois nouveaux modes de création de valeur dont commencent d’ailleurs à s’inspirer les assureurs plus traditionnels. «Il n’y a pas de fatalité à avoir peu de croissance et des rentabilités moyennes», conclut Christophe Angoulvant.

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