[DOSSIER] L'assurance en Allemagne 1/4

Vers un changement de régime

Vers un changement de régime

Puissant et dynamique, le marché de l'assurance allemand s'impose au premier rang européen. S'ils avaient bien résisté à la crise, les assureurs sont rattrapés par la baisse des taux d'intérêt. Une nouvelle donne qui pourrait faire chanceler les bases du marché.

Tel un îlot au milieu des turbulences de la zone euro, l'Allemagne sauve encore la mise avec une croissance de 0,7% et un taux de chômage à 6,8%. Ces indicateurs économiques ne sont pas les seuls à agiter leur vitalité insolente. Les assureurs eux-mêmes brandissent des chiffres d'activité records pour 2012. L'assurance dommages enregistre une hausse de 3,7% (à 58,7 Md€), la plus importante depuis 1994. Freinée par l'intensité de la concurrence pendant cinq ans, l'auto repart avec une croissance de 5,1% (22 Md€ de primes). Quant à l'assurance vie, la légère hausse (0,6%) de sa collecte de primes périodiques à 64,3 Md€ (21,8 Md€ pour la collecte des versements uniques) peut être interprétée comme une performance compte tenu du contexte financier actuel.

Un maillage dense et contrasté

Ce dynamisme repose sur une structure dense de pas moins de 580 compagnies - pour un chiffre d'affaires global 2012 de 180,7 Md€ (+ 1,5%) -, parmi lesquelles des figures de notoriété internationale. Il vient aussi de plus petits acteurs, compagnies régionales et sociétés semi-institutionnelles souvent détenues pour partie par les caisses d'épargne et les banques des Länder. Ce maillage très contrasté fait de l'assurance allemande l'une des plus puissantes d'Europe. Le volume d'actifs géré - 1 285 Md€ en 2011 - reste cependant inférieur à celui des compagnies françaises (1 702 Md€ en 2011).

Un marche qui reflète le besoin de sécurité des allemands

Le marché allemand de l’assurance en Allemagne...

Si l’assurance vie représente plus de 50% du marché de l’assurance, le détail de l’activité IARd montre des particularismes importants, comme l’importance de la protection juridique. de plus, il n’existe pas de MRH comme France.

 

 

 

 

 

... et le détail de l’activité IARD

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paradoxalement, le marché n'assoit sa position que sur très peu de couvertures obligatoires (voir sché-ma p. 35). Hormis l'assurance maladie, l'assurance dépendance et la responsabilité civile auto, aucune autre police n'est imposée aux consommateurs. La multirisque habitation en tant que telle est absente du marché, la couverture incendie n'est plus obligatoire depuis 1994, et seuls 32% des Allemands sont couverts contre les catastrophes naturelles.

Les compagnies d'assurances puisent donc leurs ressources dans ce que Rita Jakli, porte-parole de R+V, numéro trois du marché, dénote comme « un grand besoin de protection ressenti par la population allemande ». Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si deux des plus grands réassureurs mondiaux, Munich Re et Hannover Re, sont allemands et si le numéro deux mondial de la réassurance, Swiss Re, émane de la Suisse alémanique.

Cette particularité fait le bonheur des assureurs tout autant qu'elle alimente leur créativité. Ainsi, 22 millions d'Allemands - soit un quart de la population - souscrivent à une assurance de protection juridique, tandis qu'un véhicule sur deux est protégé par une assurance tous risques. Ce besoin de sécurisation du citoyen allemand atteint son paroxysme dans l'assurance vie, un produit pour lequel les assureurs ne dénombrent pas moins de 92 millions de contrats pour... 82 millions d'habitants.

Part demarché des réseaux de distributionendommageset envie, en%


 

LES AGENTS PERDENT DU TERRAIN

  • Vecteurs traditionnels de la distribution aux particuliers en dommages, dont ils détiennent 56%, les agents généraux « exclusifs » ont perdu 4 points de part de marché depuis 2007. La tendance est à une réduction du nombre d'agences (avec des commissions en hausse). Ce qui inquiète le plus les agents, mais aussi les courtiers, est la refonte de la directive sur l'intermédiation (Dia 2), qui complexifie la distribution des produits d'assurance et entraîne une réorganisation de leurs structures. Aucun report ne s'observe pour l'instant vers la vente directe, qui stagne à 4% depuis deux ans, sauf en assurance auto, où elle est passée en un an de 6 à 8% du marché.

 

Évolutions sociétales

Jouissant d'une bonne image de marque issue de la forte proximité des compagnies régionales et de réseaux de distribution denses, les assureurs se sont toujours vu offrir l'opportunité de répondre aux évolutions de la société. Ils sont fortement impliqués depuis Bismarck dans le système d'assurance maladie. De même, les produits d'assurance vie sont traditionnellement considérés comme une « prévoyance vieillesse » par des Allemands soucieux de pallier les carences du régime général. Plus récemment, la mise en place, par le législateur, des compléments retraite « Riester » (lire p. 35) et d'une assurance dépendance obligatoire a encore poussé les assureurs à faire preuve d'innovation.

Une concurrence exacerbée en dommages

Si la compétition est forte en assurances de personnes (lire page 34), les acteurs se font aussi concurrence sur le front du dommages. La guerre des prix sur le marché auto, exacerbée par la vente sur Internet et les joint-ventures entre assureurs et constructeurs, en est l'exemple le plus marquant. En 2011, les prix de l'assurance automobile patinaient au même niveau que vingt ans auparavant. C'est donc avec un certain soulagement que les acteurs ont donné un coup de fouet à leurs tarifs de l'ordre de 4 à 5% l'an dernier pour enrayer les dérives de la sinistralité. « Nous serons encore déficitaires pour 2012, mais devrions enfin recouvrer la rentabilité cette année », se félicite Holger Brendel, porte-parole de Huk Coburg, numéro un de l'assurance auto. Cette compétition se reflète dans les structures de la distribution - la vente sur Internet représente 4% du marché -, mais aussi dans la configuration du marché lui-même.

Alexander Erdland, président de la GESAMTVERBAND DER DEUTSCHEN VERSICHERUNGSWIRTSCHAFT (GDV), la Fédération des Compagnies d'Assurances Allemande « Les taux d'intérêt bas ralentissent la constitution du patrimoine »

  • Quelle est la conséquence pour le marché allemand de la faiblesse des taux d'intérêt ? La baisse des taux d'intérêt - voulue politiquement - est un sérieux défi, surtout pour l'assurance vie. Les compagnies y font face en développant de nouveaux produits, en gérant leurs coûts, en communiquant auprès des assurés, mais aussi avec de nouvelles typologies de placements. En particulier, la part des investissements immobiliers et dans les infrastructures augmente. Nous pouvons participer davantage au financement du tournant énergétique, mais le régulateur doit nous en préciser les conséquences en termes de responsabilité actionnariale et d'exigences de fonds propres.
  • Craignez-vous que l'assurance vie perde sa position ? L'assurance vie restera un élément clé de la « prévoyance vieillesse », via le versement d'une rente à vie. Elle joue aussi un rôle important dans le système de retraite. Pour qu'il puisse rester stable face aux enjeux démographiques, nous devons poursuivre la voie des réformes engagées depuis 2001. La combinaison des pensions de retraite versées par le régime général, l'employeur et les compagnies constitue la bonne voie. Il faut plus de prévoyance privée, d'autant que les taux d'intérêt bas ralentissent la constitution du patrimoine.

PROPOS RECUEILLIS PAR M. L.

 

Un marché en mouvement

En effet, l'assurance allemande a été le théâtre de nombreuses restructurations pendant la dernière décennie. Ainsi, Generali a cédé toute sa distribution à une société indépendante. « Une mesure inédite sur le marché et un jeu très dangereux », estime Dieter Stein, président de la fédération des syndicats d'agents généraux allemands et vice-président de l'USV, le syndicat des agents Axa. Par ailleurs, il relève que la fusion de ses directions régionales par Allianz, lors de la refonte de son organisation de 2005 à 2011, a « causé des perturbations importantes dans le règlement des dommages ». C'est aujourd'hui au tour d'Axa de mettre en place un plan de réduction des coûts de 328 M€ d'ici à 2015, comprenant la suppression d'un sixième de ses 9 700 emplois.

Et la secousse est loin de s'arrêter. « Nous nous attendons à voir 1 500 emplois disparaître d'ici à 2014 chez Ergo dans le cadre d'un programme de restructuration des canaux de distribution », déclare Ira Gloe-Semmler, chargée de la bancassurance auprès du syndicat Verdi, qui représente les 215 000 salariés du secteur. Si elle reconnaît que la branche a limité les dégâts à 10 000 suppressions d'emplois depuis 2006, elle n'en dénote pas moins d'inquiétantes dérives d'externalisation.

Adieu la bancassurance intégrée, vive les accords de distribution

- L'abandon de la Dresdner par Allianz et la crise ont mis fin à la bancassurance intégrée. Le paysage morcelé en caisses d'épargne communales et banques des Länder n'a pas facilité l'essor d'un modèle intégré de bancassurance, comme en France. Des joint-ventures ont émergé : les banques populaires Volksbank et Raiffeisen ont créé la R+V, et les Caisses d'épargne détiennent les Provinzial. Ces coopérations aboutissent à 70% de contrats vendus par les Caisses d'épargne, les plaçant juste derrière Allianz, avec 12% des affaires nouvelles et 10% d'encours en vie. Aujourd'hui, l'avenir est aux accords de distribution : Huk Coburg et Postbank, Zurich et la Deutsche Bank, Allianz et Commerzbank. Un tiers des contrats vie seraient commercialisés via une banque.

 

Restructurations en cours

C'est sans compter sur les fusions qui poursuivent leur cours. À la fin de l'année 2012, un éventuel rachat par Allianz des Provinzial avait créé des remous au sein de l'actionnariat - communes et Länder - de ces assureurs semi-institutionnels. Bien que toute cession au numéro un allemand soit aujourd'hui écartée, les Provinzial Nordwest et Rheinland ne pourront pas échapper à un regroupement. Ce mouvement ferait suite à l'absorption, en 2009, de DBV-Winterthur par Axa, ou encore à la reprise, en 2007, de la Volksfürsorge par Generali. Les petits assureurs régionaux et, avec eux, le quadrillage du territoire allemand en acteurs de proximité font les frais de la concentration du marché commencée dans les années 90, alors que l'Allemagne comptait encore 730 assureurs.

La tendance à la concentration du secteur de l'assurance risque d'être accentuée par la crise financière dont l'une des composantes, le faible niveau des taux d'intérêt, frappe les assureurs dans leurs activités de risques longs. La réduction des taux de rendement de l'assurance vie à laquelle ont été contraints l'ensemble des assureurs fin 2012 n'est que le début des bouleversements qui menacent la branche.

Placements alternatifs

Pour parer à cette insécurité grandissante, les assureurs sont aujourd'hui à la recherche de nouvelles opportunités de placements. Le crédit aux entreprises, l'investissement immobilier et les énergies renouvelables, dopées par l'abandon du nucléaire, sont les nouveaux refuges de leurs capitaux. « Nous avons pris des participations au sein d'un réseau de transport de gaz norvégien. Les parcs éoliens offshore constituent également des approches intéressantes », décrit Alf Neumann, président d'Allianz Lebensversicherung AG, la société vie d'Allianz Allemagne.

Certaines zones d'ombre persistent cependant dans la conformité de ces placements aux exigences de Solvabilité 2. Déterminés à participer au financement du tournant énergétique, les assureurs allemands ne sont pas totalement au bout de leurs peines.

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