[DOSSIER] Dossier : Climat et investissements responsables 2/5

COP21 : un test grandeur nature (Dossier climat et investissements responsables)

COP21 : un test grandeur nature (Dossier climat et investissements responsables)

À l’heure de la COP21, les investisseurs institutionnels, dont les assureurs, multiplient les efforts pour intégrer la composante climatique dans leur gestion socialement responsable. Mais la route vers le mainstream est encore longue.

«Nous n’avons pas le choix : un monde à +2°C pourrait encore être assurable, un monde à +4°C ne le serait certainement plus », déclarait en mai dernier, Henri de Castries, PDG d’Axa, au cours du « Climate Finance Day » à Paris. De l’échec retentissant de la conférence environnementale de Copenhague en 2009 à la COP21, le réchauffement climatique est devenu une priorité affichée par la communauté financière et non plus seulement des gouvernements, ONG, think-tank et autres cercles de réflexion. Mais gardons- nous bien de tout angélisme. Cette prise de conscience n’a rien de philanthropique : « Le réchauffement climatique est devenu un risque systémique financier. Le président du Conseil de stabilité financière (FSB) confirme d’ailleurs cette thèse. C’est ce qui explique le mouvement observé dans la sphère financière qui n’a pas son équivalent dans le monde plus traditionnel de l’entreprise », explique Anne-Catherine Husson- Traoré, directrice générale de Novethic.

580 Md€

montant de l’investissement responsable en France en 2014 dont :
  • 222,9 Md€ au titre de la gestion ISR pure, en hausse de 31 %.
  • 356 Md€ d’encours intégrant plus largement les critères Environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), en hausse de 22 %.
Preuve que l’enjeu climatique s’impose de plus en plus comme une thématique d’investissement, la gestion dite « ISR » pour « investissement socialement responsable » a le vent en poupe. En France, elle a pesé l’an dernier environ 580 Md€ d’encours, en progression de 25 %. Soit l’équivalent d’1 actif sous gestion sur 5. Dans le détail, il faut distinguer la gestion ISR pure (labellisée) pour 222,9 Md€ de ce qui relève de l’intégration des critères Environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans la gestion des fonds à hauteur de 356 Md€. Avec près de 400 Md€ (110 Md€ d’ISR pur et 275 Md€ d’intégration ESG) soit les 2/3 de l’investissement responsable dans l’Hexagone, les assureurs font figure de bons élèves. « Plus de 98 % des encours investis directement en actions ou en obligations sont ainsi analysés par l’équipe d’ISR d’OFI Asset Management intégrée à la Macif », confie le groupe mutualiste dont les placements financiers s’élevaient à 29,611 Md€ en valeur de bilan au 30 juin 2015.

Imposer une définition commune

Problème, en l’absence d’une définition normée de l’ISR en France ni même dans le monde, les investisseurs institutionnels, dont les assureurs, s’en remettent la plupart du temps à leurs gérants d’actifs (filiales ou externalisées) pour sélectionner, dans les fonds ISR ou pour les portefeuilles soumis à un processus ESG, les émetteurs. Or, toutes les sociétés de gestion n’appliquent pas la même méthode ni les mêmes critères d’exigence. La plus répandue, car la plus française, consiste à privilégier les meilleurs de la classe (best in class) dans chaque secteur, y compris les plus carbono-intensifs. « Le best in class a toutefois sa limite : les meilleurs ne sont pas parfaits car la méthode repose sur des notations hétérogènes entre le E, le S et le G qui conduisent parfois à intégrer des entreprises contestables », pointe Thierry Philipponnat, président du Forum pour l’investissement responsable (FIR). Au best in class, d’autres opposent l’approche dite best in universe à l’instar de Mirova, filiale de Natixis AM, qui consiste à écarter systématiquement les entreprises appartenant à des secteurs d’activité risqués ou polluants. « Nous avons trois dimensions dans notre approche : la solution, la gestion du risque et l’engagement (dialogue). On débouche sur une gestion de conviction : 50 valeurs actions en portefeui l le conservées en moyenne 3 ans », explique Anne- Laurence Roucher, directrice générale déléguée en charge du développement et des opérations. De son côté, Ecofi Investissements (groupe Crédit coopératif, 7 Md€ d’encours sous gestion) adopte une stratégie hybride : « Dans chaque secteur, nous allons comparer les performances ESG des entreprises et retenir les meilleurs de la classe. Avec notre filtre sur les controverses, nous atteignons le best in universe puisqu’il peut conduire à l’exclusion d’entreprises bien notées au niveau des performances ESG globales mais exclues du fait de controverses, et ce quel que soit le secteur d’activité. Récemment, nous avons exclu ou cantonné de nombreuses valeurs bancaires et pétrolières », souligne Marie Luchet, responsable de l’analyse ISR. Cette méthode peut même déboucher sur des politiques plus ambitieuses de désinvestissement de portefeuilles. C’est le cas d’Axa qui a décidé en mai dernier, dans le sillage du fonds souverain norvégien (GPFG), de retirer ses participations dans les entreprises liées à l’exploitation du charbon : « Notre conclusion est que le charbon étant la ressource la plus carbonointensive, les sociétés d’extraction minière et de production d’électricité sont probablement les plus à risque de voir leur valeur décroître. Nous serions dès lors impactés en tant qu’investisseur », souligne Sylvain Vanston, directeur responsabilité d’entreprise du groupe Axa. Et d’ajouter : « Il est, en revanche, hors de question, que l’on envisage une sortie du secteur pétrole et gaz. C’est une tout autre histoire que le charbon puisque ce sont des actifs totalement diffus dans l’économie réelle, non remplaçables, moins « carbono-intensifs » et qui feront vraisemblablement partie, à des degrés divers, de l’équation de la transition énergétique. »

Définir un processus ISR

Les débats ne portent pas que sur la méthode appliquée aux émetteurs mais aussi sur les classes d’actifs en tant que telles. Si les actions et les obligations d’entreprises peuvent facilement faire l’objet d’un filtre ISR, la démarche est, en revanche, plus délicate pour les monétaires ou les souverains. Comment identifier une dette d’État ISR tout en évitant le greenwashing ? Mirova applique « les indicateurs de gouvernance de la Banque mondiale qui définissent une liste de critère : l’État de droit, la corruption… » et pour lesquels « 35 États ne sont pas éligibles selon cette méthode. » D’autres à l’instar d’Ecofi Investissements ont défini leur propre processus ISR sur les souverains dont le principe est d’analyser « un État comme une entreprise en matière de lutte contre le chômage des jeunes, le taux d’émission de CO2… Ces critères permettent de sélectionner les pays les plus responsables, la difficulté étant d’opérer une différenciation entre les pays de l’OCDE. »

Un label… et après ?

De ce point de vue, le label ISR public dévoilé en grande pompe par Michel Sapin le mois dernier devrait clarifier les méthodes de gestion. Côté investisseurs institutionnels, le gouvernement a également maintenu la pression avec l’article 173 de la loi sur la transition énergétique portée par Ségolène Royal. Il enjoint les « entreprises d’assurance et de réassurance régies par le code des assurances, les mutuelles ou unions régies par le code de la mutualité, les institutions de prévoyance et leurs unions régies par le code de la sécurité sociale » à mentionner dans leur rapport annuel et mettre à la disposition de leurs souscripteurs une information sur les modalités de prise en compte dans leur politique d’investissement des critères relatifs au respect d’objectifs sociaux, environnementaux et de qualité de gouvernance. « L’article 173 encourage l’assureur en tant qu’investisseur à s’interroger sur le risque climatique et évaluer son degré d’exposition », admet Anne-Catherine Husson-Traoré. Cette mesure aura sans doute le mérite d’encourager les investissements verts des assureurs (green bonds, infrastructures…). D’autant que le secteur s’est engagé en septembre 2014 lors du « Sommet pour le climat » de New- York à doubler ces placements de 42 à 84 Md$ à fin 2015. Une goutte d’eau (pure) dans l’océan des actifs fossiles mais une goutte encourageante.

Les 5 stratégies pour intégrer le changement climatique dans les portefeuilles institutionnels

  • 1. Mesurer l’empreinte carbone du portefeuille
    - Principe : Cela consiste à calculer les émissions indirectes générées par les actifs en portefeuille (entreprises, infrastructures, immeubles...). Il s’agit d’un moyen efficace pour mobiliser les investisseurs même s’il « n’existe pas de consensus sur la méthodologue utilisée pour cet exercice, mais nous y travaillons », explique Luisa Florez, analyste investissement responsable chez Axa IM . En France, l’article 173 de la loi sur la transition énergétique est censé clarifier ces critères.
    - Poids : 94 investisseurs dans le monde représentant 8 548 Md€ d’actifs détenus ou gérés*.
     
  • 2. La gestion indicielle bas carbone
    - Principe : Dès 2014 a émergé l’idée que, pour diminuer facilement les émissions indirectes d’un portefeuille, il était possible d’investir via des indices boursiers dits « bas carbone » qui recensent les émetteurs les moins polluants de chaque secteur. On peut citer Euronext, le FTSE-Russell et MSCI qui en proposent tous. Ils sont peu utilisés.
    - Poids : 10 investisseurs identifiés, pour l’essentiel des fonds de pension, soit 1 851 Md€ d’actifs détenus ou gérés*.
     
  • 3. L’engagement actionnarial
    - Principe : Des investisseurs considèrent qu’il vaut mieux faire valoir leurs droits d’actionnaires pour que les entreprises les plus carbonointensives, énergies fossiles en tête, se transforment. Pour y parvenir, ils multiplient les initiatives de dialogue privé avec les dirigeants concernés ou font approuver des résolutions en assemblée générale.
    - Poids : 291 investisseurs recensés soit 11 882 Md€ d’actifs détenus ou gérés*.
     
  • 4. Le désinvestiss ement
    - Principe : C’est le refus de financer une entreprise dont les activités sont polluantes ou carbonifères. Il se matérialise par un retrait par les investisseurs de leurs actifs dans les organisations concernées. Les fondations, congrégations religieuses, collectivités locales, universités y ont le plus recours, assez peu les assureurs (3 au niveau mondial). « Le désinvestissement est un mouvement de long terme. Cependant, il doit être couplé à l’engagement actionnarial en ouvrant le dialogue avec les entreprises qui ont un potentiel d’amélioration », précise Luisa Florez, d’Axa IM .
    - Poids : 364 investisseurs soit 3 665 Md€ d’actifs détenus ou gérés*.
     
  • 5. Les investiss ements verts
    - Principe : Limiter le risque carbone est une chose mais l’un des enjeux consiste avant tout à financer la transformation de l’économie. D’où l’idée de flécher une part croissante d’actifs vers les investissements verts : projets d’infrastructures dans les énergies renouvelables, obligations vertes (green bonds), achats d’actions dans les entreprises vertes...
    - Poids : 336 investisseurs engagés pour 19 338 Md€ d’actifs détenus ou gérés*.

* Les investisseurs peuvent combiner plusieurs stratégies.
Source : Novethic

GLOSSAIRE

  • Investissement socialement responsable (ISR) : terme générique pour désigner les diverses démarches d’intégration du développement durable au sein de la gestion financière. L’ISR consiste pour les investisseurs qui le pratiquent à prendre en compte des critères dits « extra-financiers », c’est-à-dire Environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leurs choix d’investissement.
     
  • Indice bas carbone : les principaux fournisseurs d’indices boursiers (Euronext, MSCI ...) proposent désormais des indices bas carbone. Ils ont la particularité de présenter une empreinte carbone plus faible que les indices traditionnels (CAC 40, FTSE 100...) grâce à la sélection ou la surpondération des émetteurs les moins polluants au sein de chaque secteur.
     
  • Obligation verte (ou green bond) : titres de dette émis par les entreprises ou les organisations supranationales (Banque européenne d’investissement, Banque mondiale...) destinés à financer des projets environnementaux. Ce marché, encore modeste, a triplé en 2014 pour atteindre 36,8 Md$ au niveau mondial.
     
  • Critères ESG : ils évaluent la qualité de la politique de Responsabilité sociale des entreprises (RSE) et leur modèle de développement. Le « E » tient compte de la réduction des émissions de gaz, la gestion des déchets, la prévention des risques environnementaux. Le « S » note le respect des droits des employés, la prévention des accidents, la formation du personnel, le dialogue social. Le « G » vérifie la structure de gestion, la présence d’un comité de vérification des comptes et l’indépendance du conseil d’administration.
     
  • Émetteur : entreprise ou État qui émet un titre de créance généralement sous la forme d’une obligation ou d’une action.
     
  • Goodwill (ou écart d’acquisition) : il représente la différence entre le prix payé pour un actif, intégrant une valorisation de marché de son capital immatériel et matériel, et sa valeur comptable.

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