[DOSSIER] La gestion d’actifs passe petit à petit au vert 2/2

Développement durable : comment les assureurs décarbonisent leurs portefeuilles

Développement durable : comment les assureurs décarbonisent leurs portefeuilles
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Exclusion des secteurs émetteurs de gaz à effet de serre, investissements directs dans les énergies vertes ou incitation des entreprises dont ils sont actionnaires à se « verdir »... La stratégie des assureurs varie selon les cas.

Allianz : Investir dans les énergies de demain

Allianz n’a pas attendu le One Planet Summit pour se désengager des industries générant le plus d’émissions de carbone. Dès 2015, le groupe a rejoint la coalition internationale pour la décarbonisation des portefeuilles, Portfolio Decarbonization Coalition (PDC). Sont exclues de ses investissements, les entreprises dont la part de la production générée à base de charbon dépasse le seuil de 30 %. Un plafond recommandé par une coalition d’ONG regroupant Greenpeace et Les Amis de la Terre, dans leur rapport Unfriend coal publié en novembre dernier.

Toutefois, pour le groupe d’assurance, être un investisseur responsable ne se résume pas à des exclusions systématiques. « Nous pensons, en effet, que les risques et opportunités ESG seront mieux pris en compte par une volonté de généralisation et d’intégration des critères ESG par les entreprises dans lesquelles nous sommes investis », explique Allianz dans son reporting climat 2016 (lire p. 34). Pour mener à bien cette politique d’engagement actionnarial, Allianz France a élaboré une politique de vote lors des assemblées générales des entreprises dans lesquelles la compagnie est investie et exerce directement ses droits de vote, y compris sur les actifs confiés à sa principale société de gestion. « Tous les asset managers avec lesquels nous travaillons doivent s’engager à respecter les critères ESG. Chaque entité locale dispose d’une équipe ESG et le groupe s’appuie sur un comité ESG, composé de trois membres du conseil d’administration, qui doit donner son aval avant de réaliser un investissement », ajoute Matthias Seewald, directeur de l’unité investissement et membre du comité exécutif d’Allianz France.

Par ailleurs, Allianz finance activement la transition écologique et énergétique. Les investissements verts représentent aujourd’hui 1,4 % des actifs du groupe (9,4 Md€ sur un total de 680 Md€) et 2,8 % des actifs de la compagnie en France (2,4 Md€ sur un total de 85 Md€). Allianz a ainsi placé 4,6 Md€ dans les énergies renouvelables, notamment des fermes éoliennes et solaires. Des actifs qui pèsent 10 % du portefeuille en France (472 M€). Le groupe a également fait le choix des green bonds (obligations vertes) à hauteur de 1 Md€ (200 M€ pour Allianz France). Il s’engage, en outre, à améliorer l’empreinte carbone de son patrimoine immobilier : 4 Md€ ont été investis dans des immeubles conformes aux normes environnementales. En France, plus de 50 % des actifs immobiliers en portefeuille (soit 1,7 Md€) sont certifiés Haute qualité environnementale (HQE). La compagnie, qui pour l’heure n’a pas communiqué sur l’empreinte carbone de son portefeuille, entend à l’avenir développer le financement de projets d’infrastructures d’énergie ou de transport.

Axa : accélérer la sortie des indu stries à forte intensité carbone

Pour Axa, l’équation est simple : réduire l’empreinte carbone de son portefeuille garantit une meilleure maîtrise des risques, ce qui est bénéfique pour son activité. À l’heure où la facture des catastrophes naturelles flambe – elle devrait atteindre, pour l’année 2017, un record de 136 Md$, soit 111 Md€, selon Swiss Re –, « Axa veut s’affirmer comme le partenaire de la transition écologique et énergétique en tant qu’assureur et investisseur. Un monde qui se réchaufferait de plus de 4°C n’est plus assurable, cela est dans l’intérêt de tous », explique Sylvain Vanston, responsable de la RSE du groupe.

Pour y parvenir, Axa a non seulement exclu les investissements dans les entreprises tirant leur chiffre d’affaires du charbon – un seuil abaissé de 50 à 30 % lors du One Planet Summit – mais s’engage surtout à ne plus assurer ni financer de nouvelles centrales en suivant la global coal exit list, une base de données publiée à l’automne dernier par l’ONG allemande Urgewald. À la suite des critiques formulées par l’ONG Les Amis de la Terre, Axa s’engage à ne plus investir dans des sociétés minières produisant plus de 20 millions de tonnes de charbon. Le groupe compte aussi désinvestir 700 M€ dans l’industrie des sables bitumineux et les pipelines associés d’ici à 2020.

Outre ces exclusions sectorielles, Axa souhaite accélérer en matière d’investissements verts, avec 12 Md€ sur la période 2015-2020. Ces investissements porteront principalement sur des infrastructures d’énergie renouvelable, ainsi que sur les obligations vertes. Le groupe vient, ainsi, d’investir 3 Md€ au cours des deux dernières années, notamment en souscrivant à l’obligation verte souveraine émise par le gouvernement français en janvier 2017.

De manière générale, l’assureur, qui dispose depuis 2010 d’un comité d’investissement responsable groupe (RIC ) présidé par le directeur des investissements et composé de gestionnaires d’actifs, de représentants de la responsabilité d’entreprise, de la gestion des risques et de la communication, s’attache à prendre en compte les critères ESG dans ses investissements. Axa a mis en place une métrique permettant de mesurer la performance ESG. Ce scoring influence le choix de ses cibles d’investissement mais aussi sa politique d’engagement actionnarial auprès des sociétés dans lesquelles il est investi. Depuis 2015, Axa a ainsi réduit son empreinte carbone de 284 à 247 tonnes de CO 2/M$ de chiffre d’affaires, selon son reporting climat 2016. L’assureur travaille aujourd’hui à améliorer cette évaluation, qui couvre les actions, obligations et dettes souveraines de son portefeuille, soit 63 % de son actif général.

MACSF : encourager plutôt qu’exclure

Pas question de pratiquer l’exclusion sauvage. La MACSF, dont 33 % des encours en portefeuille sont investis dans des secteurs « intenses en carbone » comme les matériaux de base, l’automobile ou la chimie, assume. « Pour être un bon élève aujourd’hui, il faut fuir les entreprises consommatrices d’énergie comme Arcelor et Air Liquide, c’est hypocrite. Nous considérons que la politique d’exclusion n’est pas la bonne méthode pour accompagner efficacement l’évolution environnementale de l’industrie », explique Guillaume Rosenwald, directeur général épargne retraite. La mutuelle préfère ainsi opter pour l’engagement actionnarial en investissant au capital de sociétés qui s’attachent à « verdir » leur activité.

MACSF conserve, par exemple, des actions et obligations corporate Engie et des titres EDF, des entreprises qui, outre leur activité traditionnelle, sont des producteurs importants d’énergies renouvelables. Le groupe a, par ailleurs, souscrit 81 M€ de green bonds émis par ces grands énergéticiens ainsi que SNCF Réseaux.

AG2R La Mondiale : monter en puissance sur l’isr

Si AG2R La Mondiale a également banni de son portefeuille les électriciens les plus dépendants du charbon, le groupe de protection sociale considère que l’enjeu réside dans l’adoption d’une démarche globalement responsable en matière financière. Pionnière de l’Investissement socialement responsable (ISR ), sa société de gestion, qui a créé son premier fonds dédié en 2000, place aujourd’hui les 9 Md€ d’actifs des réserves de retraite complémentaire Agirc-Arrco et d’épargne salariale dans des fonds ISR (dont trois bénéficient du label créé par Bercy en 2015). AG 2R La Mondiale veut progressivement étendre cette démarche responsable aux 80 Md€ d’actifs qu’elle gère pour compte propre. « Il faut en finir avec le discours selon lequel on sacrifierait la performance pour être vertueux. Prendre en compte les critères ESG dans la politique d’investissement est important pour s’assurer du rendement à long terme », relève Philippe Brossard, directeur de la recherche économique, de l’ISR et du développement. Compte tenu des passifs longs du groupe, et donc de la duration longue – 15 ans en moyenne – de ses actifs, la bascule devrait s’étaler sur au moins une décennie au fil des nouveaux investissements. Le groupe mise sur la responsabilité croissante des émetteurs de titres financiers qui devraient progressivement se mettre en conformité avec les critères ESG et les enjeux climatiques. Il ambitionne, par ailleurs, de certifier 50 % de son parc immobilier en haute qualité environnementale (HQE) d’ici à 3 ans.

MAIF : accompagner la transition écologique

Si la Maif ne finance pas les entreprises tirant plus de 15 % de leur chiffre d’affaires du charbon, la mutuelle s’inscrit « dans une démarche d’accompagnement et non d’exclusion ». Elle continue ainsi d’investir dans des électriciens comme Engie qui se tournent progressivement vers les énergies renouvelables. La mutuelle, qui a mis en place un comité ISR mensuel au sein de la direction des investissements et des placements, prend en compte les critères ESG pour plus de 82 % de ses actifs. Active dans le financement de la transition écologique via des fonds thématiques comme le fonds Eiffel énergie transition, la Maif ambitionne de pousser « la part verte » dans ses investissements à 2 %, contre 1,7 % des actifs aujourd’hui, ce qui représenterait 400 M€. Pour l’heure, la Maif a investi 147 M€ dans des actifs immobiliers bénéficiant d’un label environnemental, 50 M€ dans des obligations vertes et 19 M€ dans des infrastructures au service des énergies vertes. La mutuelle a également intégré cette démarche à ses produits d’épargne via ses livrets solidaires mais aussi en proposant des contrats d’assurance vie responsable intégrant des unités de compte labellisées ISR .

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