Dommages aux biens : l'avatar numérique du bâtiment se dessine (Spécial innovation)

Dommages aux biens : l'avatar numérique du bâtiment se dessine (Spécial innovation)

Avec le building information modeling (BIM), chaque bâtiment disposera d’un avatar constitué d’une maquette en 3D couplée à une base de données renseignée à toutes les étapes de son cycle de vie. Cette approche normalisée et collaborative, en cours d’adoption et encouragée par les pouvoirs publics, va bouleverser les métiers du bâtiment et faire bouger les lignes en matière d’assurance. Explications.

L’immobilier en 3D

L’acronyme BIM, pour building information modeling, désigne une méthode de travail fondée sur la collaboration des différents corps de métiers intervenant dans la construction ou la rénovation d’un bâtiment autour d’une maquette numérique en trois dimensions. Dans sa forme achevée et la plus intégrée (BIM niveau 3), chacun d’eux dispose d’un accès direct et en temps réel à une maquette commune en 3D. Celle-ci comporte des données détaillées sur les matériaux et leur mise en œuvre, renseignées par les utilisateurs, qui, en retour, y puisent les informations dont ils ont besoin. Par exemple, un mur devient un objet en relief fait de couches de différents matériaux avec des propriétés structurelles, thermiques, acoustiques, etc.

Objectifs

Poussé par les pouvoirs publics, le BIM s’inscrit dans le triple objectif de construire davantage de logements, de meilleure qualité, y compris d’un point de vue environnemental, et à moindre coût. Au niveau européen, il est encouragé dans la commande publique par la directive du 26 février 2014. Les finalités poursuivies par les professionnels sont nombreuses : baisse des coûts et gain de temps, fiabilité accrue, et toutes celles qui sont de nature à prévenir les risques qui se manifestent lors de la phase de conception des immeubles par l’anticipation des difficultés ou la mise en perspective des choix de construction. La traçabilité des méthodes et des matériaux qu’offre le BIM permet de suivre l’évolution du bâtiment de sa conception à sa démolition, donc optimise la gestion de son cycle de vie.

Assurer et suivre les chantiers et les bâtiments de manière plus fine

Pouvoir accéder en un point unique à des informations normées retraçant toutes les étapes du cycle de vie du bâtiment ouvre de nouvelles perspectives en matière de gestion des risques. Dans la phase de conception et de construction, les assureurs bénéficieront d’une connaissance pointue sur le chantier en cours : étapes du projet, méthodes et matériaux employés, intervenants, etc. « L’analyse du risque et l’émission des contrats seront facilitées, notamment dans le cas de chantiers importants pour lesquels les assureurs sont amenés à exploiter de nombreux documents issus de sources diverses », explique Christophe Delcamp, sous-directeur à la direction des assurances de biens et de responsabilité (assurances entreprises, agricole et construction) de la FFSA. Les informations contenues dans la maquette seront aussi utiles après la phase de construction lorsqu’il s’agira d’assurer un bien immobilier. Le BIM va conduire à une amélioration de la qualité des bâtiments, une meilleure coordination entre les corps de métiers permettant de réduire les risques d’erreur. Le rapport de Bertrand Delcambre (Mission numérique Bâtiment, décembre 2014) évoque ainsi une réduction de la sinistralité de 30 % du fait de « la forte amélioration qualitative des projets induite par l’utilisation généralisée du numérique ». Une baisse des primes d’assurance n’est donc pas à exclure. « À ce stade, nous sommes encore en attente de retours d’expérience qui puissent confirmer ces hypothèses », note cependant Florent Chatelain, responsable développement durable de Verspieren. Le BIM a également de quoi intéresser les investisseurs que sont les assureurs. Les informations collectées peuvent leur être très utiles dans le suivi de projets de construction, de gestion, d’entretien et de maintenance de parc immobilier, mais aussi de valorisation de leurs actifs. Le fait que le bâtiment ait été conçu et géré en mode BIM pourra servir à terme à attester de sa qualité, y compris sur le plan environnemental.

Des gains de temps précieux en matière de gestion des sinistres

La vision complète, précise et actualisée qu’offre le BIM sur les caractéristiques d’un bâtiment simplifie considérablement le travail des gestionnaires, experts, régleurs, etc. Connaissance préalable de la typologie du bien à expertiser grâce à la maquette, simplification du chiffrage des dommages avec les informations sur les caractéristiques du bâtiment (dimensions, matériaux utilisés, équipements installés, etc.), meilleure traçabilité des opérations et, par conséquent, identification des causes et détermination des responsabilités plus aisées : les avantages du BIM en matière de gestion des sinistres sont nombreux. Par exemple, disposer d’un avatar numérique du bâtiment permet d’effectuer une partie des tâches à distance (mesures, recueil des caractéristiques techniques des matériaux endommagés), par conséquent de s’affranchir de certaines interventions sur site. In fine, la gestion d’un sinistre pourrait se révéler moins coûteuse et plus rapide. Or, la maîtrise des délais d’indemnisation est importante, en matière de satisfaction clients en général, et plus particulièrement dans la gestion des dossiers dans lesquels des pertes d’exploitation sont en jeu. Les informations produites lors de la gestion d’un sinistre, associées à celles qui ont été renseignées auparavant, sont susceptibles d’enrichir les connaissances en matière de « pathologies » du bâtiment et, plus généralement, de favoriser la prévention.

Les lignes pourraient bouger en matière de Risque juridique

Innovation de grande envergure, le BIM soulève des questions juridiques nouvelles. « Le point crucial est de savoir si, demain, la traçabilité des actes de chacun des intervenants sera meilleure. Il ne faudrait pas que l’identification des responsabilités soit brouillée », note Florent Chatelain de Verspiren. Dans ce modèle collaboratif, les périmètres des responsabilités professionnelles de chaque intervenant (propriétaire de la maquette numérique, pourvoyeurs des données, BIM managers, architectes, bureaux d’études, constructeurs, etc.) pourraient se télescoper. En cas de défaut de conception de l’immeuble ou de sinistres liés à l’utilisation du BIM, il y aurait alors matière à des partages de responsabilité complexes à décrypter, fondées sur les défaillances de chacun. Pour répondre à ces difficultés, les réflexions s’inspirent des pratiques contractuelles développées au Royaume-Uni, un pays en avance sur le BIM. Maître Thaima Samman, du cabinet Samman, précise : « On pourrait établir la cartographie des responsabilités de chacun, étape par étape. L’avantage de cette approche est qu’elle se fonde sur les retours d’expérience des praticiens. » Le modèle assurantiel devrait lui aussi suivre le modèle collaboratif du BIM. « L’assurance des projets BIM 3.0 pourrait prendre la forme rationalisée d’une police unique, avec un ou plusieurs assureurs qui couvrirai(en)t l’ensemble des intervenants », estime Maître Antoine Vitela du cabinet Samman. Quoi qu’il en soit, selon les professionnels du bâtiment qui ont contribué à l’élaboration du rapport « Delcambre », commandé par la ministre du Logement, Sylvia Pinel, ce ne sont pas les contraintes juridiques qui seront de nature à freiner l’expansion du BIM.

Nous pressentons une baisse des risques en construction. Dès lors qu’il y a amélioration de la qualité, il y a des effets potentiels sur la sinistralité, donc sur les primes. Encore faut-il avoir confirmation de l’impact réel sur la qualité et savoir si les contrats actuels seront adaptés au nouvel environnement.

Florent Chatelain, responsable développement durable de Verspieren

Les informations figurant dans la maquette numérique faciliteront l’identification des causes et le chiffrage des dommages. Ce sera un plus en matière de traçabilité. Les caractéristiques et le fabricant d’un produit défectueux seront accessibles. Les erreurs seront identifiées plus aisément et réparées plus rapidement.

Christophe Delcamp, sous-directeur assurances entreprises, agricole et construction à la FFSA

Le travail collaboratif nativement en 3D, avec une forte dématérialisation, nécessite un référentiel juridique commun à la profession, incluant le visa du contrôle technique.

Philippe Robart, directeur ingénierie et innovation chez Vinci (Contribution au groupe de travail sur le bâtiment numérique, septembre 2014)

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