Editorial : Venez (presque) comme vous êtes ?

Editorial : Venez (presque) comme vous êtes ?
Géraldine Vial, rédactrice en chef

Avec son offre d'assurance santé au comportement, Generali touche à deux totems importants : la mutualisation et l’utilisation des données personnelles.

Tombée le jour du Brexit, la nouvelle était forcément passée un peu inaperçue. Au même moment, au pays d’Angela Merkel, Generali avait décidé de « réinventer l’assurance ». Le groupe italien a en effet choisi sa filiale allemande pour être le poisson pilote de Vitality, la première offre européenne de « Pay how you live » (1) en santé et prévoyance. Generali s’était préalablement associé avec l’assureur santé sud-africain Discovery, qui n’en est pas à son coup d’essai en matière de primes tarifées au comportement. Et il compte bien essaimer assez vite ailleurs en Europe – à commencer par la France, mais en collectif, ce qui change pas mal la donne – après avoir fait aux Etats-Unis sa preuve de concept, comme on dit chez les start-ups.

Autant le dire tout net : pour l’instant, le caractère révolutionnaire de l’offre ne saute pas complètement aux yeux. Avec Vitality, l’assureur récompense ceux de ses clients qui sont prêts à changer un peu leur mode de vie, en s’inscrivant à un cours de fitness, en faisant leurs courses dans un supermarché bio, et en effectuant des visites préventives chez le médecin. La récompense passe par une baisse de la prime de 10% à 15%, mais aussi par des bons de réduction chez des enseignes partenaires comme Fitness First, Weight Watchers et Allen Carr’s Easyway (une méthode pour arrêter de fumer). Le couponing marche aussi avec Expedia (agence de voyage) ou Galeria Kaufhof (grands magasins), même si on voit moins bien le rapport.

On se doute que derrière, la mécanique est un peu plus subtile. Et tout en œuvrant a peu de frais pour le bien public (« nous renforçons le principe de solidarité de l’assurance en stimulant le comportement » ; « nous protégeons nos clients en faisant de la prévention et nous réduisons nos risques »), Vitality touche à deux totems importants : la mutualisation et l’utilisation des données personnelles. Désormais, les assurés seront « bronze », « argent », « or » ou « platine », et donc classés par profil en fonction des bons points obtenus. L’histoire ne dit pas comment seront scorés, puisque c’est de cela qu’il s’agit, ceux qui refusent de participer, l’offre n’étant pas (encore) obligatoire.

Quant aux données, ne sont transmises que celles pour lesquelles le client a donné son accord, et elles seront collectées par une société présentée comme indépendante, mais qui appartient néanmoins au groupe d’assurance. Même s’il n’y a pas de raison de présupposer que leur gouvernance ne sera pas irréprochable, on peut difficilement ne pas tiquer, faute de bien savoir à quelles manipulations ces données donneront lieu. En Allemagne, les associations de consommateurs et certains concurrents bien intentionnés ne se sont d’ailleurs pas fait prier pour dire tout le mal de ce qu’ils considèrent comme l’antichambre de « Gattaca » (2). En France, la ministre de la santé Marisol Touraine vient de monter au créneau, rappelant que la loi ne permet pas aux assureurs d’accéder sans filtre aux données de santé, et se disant hostile à des prises en charges conditionnées par le comportement.

On est évidemment encore bien loin du « Pay how you were born » (3), et l’histoire dira si Vitality relevait du coup marketing ou du cas d’école. En attendant, tout cela m’inspire modestement trois réflexions. D’abord, les questions soulevées vont rapidement plus relever de l’éthique que de paramètres techniques de tarification en assurance. D'ailleurs, c'est déjà le cas. On peut ensuite se demander si dans un avenir proche, la mutualisation ne sera pas, pour les assureurs, un luxe profondément dissident. Enfin, n’y aura-t-il bientôt plus que McDo pour pratiquer le « venez comme vous êtes » ?

1. Payez comme vous vivez. 2. Dans cet excellent film d’Andrew Niccol de 1997, les parents peuvent choisir le génotype de leurs enfants. Les enfants nés naturellement sont discriminés, car « imparfaits ». 3. Littéralement, « payez en fonction de votre naissance », et donc de votre patrimoine génétique.

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Commentaires

Editorial : Venez (presque) comme vous êtes ?

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09/07/2016 04h:52

Ce type d'offre n'a rien d'une offre incitative sur la santé mais n'est qu'une nouvelle approche publicitaire individualisée qui "indemnise" le particulier en échange de son comportement de bon consommateur face à l'offre packagée qui lui est proposée.Pour moi c'est clair, ce produit n'entre pas dans le cadre fiscal du monde des assurances et doit donc subir la taxation en conséquence!!!

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