En manque de performance

Après l'inflation, les charges et les taxes, les rendements des produits d'épargne retraite se révèlent finalement assez faibles.

C'est une étude qui risque de ne pas améliorer l'image de l'épargne retraite. Avec le soutien de la Commission européenne, Better Finance for all - un centre indépendant d'expertise oeuvrant en faveur des utilisateurs de services financiers - vient de publier un rapport sur les performances réelles de l'épargne retraite en Europe. « C'est l'un des rares marchés de détail où ni les clients ni les autorités publiques de surveillance ne sont correctement informés sur le rendement réel net des produits. Nous avons donc essayé de rectifier le tir, en observant ces derniers sur une durée assez longue, et en déduisant des rendements nominaux auxquels nous avons eu accès à la fois l'inflation, les charges et les taxes », indique Guillaume Prache, directeur général de Better Finance for all.

La faute aux règles prudentielles

Résultat, les produits d'épargne retraite se révèlent peu compétitifs dans de nombreux pays européens entre 2000 et 2013, période qui comprend deux ralentissements économiques (éclatement de la bulle des valeurs technologiques et crise financière de 2008). « La baisse des taux d'intérêt enregistrée dans de nombreux États depuis 2012 a réduit la capacité d'offrir une bonne rémunération », explique Guillaume Prache. Pour autant, selon lui, ce n'est pas la seule explication de ces mauvais chiffres. « Les nouvelles règles prudentielles, en particulier Solvavilité 2, obligent de nombreux gérants et assureurs à se délester de leurs actions, qui, pourtant, auraient eu tendance à produire un meilleur rendement sur le long terme. » Dans ce contexte, la France ne fait pas mieux que ses voisins européens (voir ci-dessus). Alors que l'organisme international regrette que les données de rendement globales sur les plans d'épargne retraite personnels (Perp) ne soient pas accessibles, les produits destinés aux agents de la fonction publique (Préfon, Corem, complémentaire retraite des hospitaliers...) affichent pour leur part un rendement annuel négatif (-1,2%). « Pour ces régimes, il y a également un problème de concurrence et de transparence. Comment expliquer qu'en cinquante ans d'existence, Préfon n'ait jamais mis en concurrence ses gestionnaires financiers ? », s'interroge le directeur général de Better Finance for all, qui déplore par ailleurs la situation vécue actuellement par les adhérents de l'Union mutualiste retraite (UMR, lire encadré).

Palme d'or à l'assurance vie à capital garanti

Finalement, selon cette étude, le placement qui tire son épingle du jeu dans l'Hexagone serait l'assurance vie. « Même si beaucoup de personnes considèrent que ce n'est pas un produit d'épargne retraite, c'est tout de même celui qui est le plus utilisé par les Français pour préparer leur retraite », constate Guillaume Prache, qui rappelle que le total des encours sur les contrats d'assurance vie représentait encore 1 358 Md€ en 2013, tandis que les contrats de rente différée (incluant les Perp, les « Madelin », les « article 39 » et « article 83 ») ne totalisaient dans le même temps que 180 Md€. Et encore, une distinction est à faire entre les contrats d'assurance vie à capital garanti et ceux libellés en unités de compte. Car en tenant compte de la fiscalité, les rendements de ces deux produits ne sont pas exactement les mêmes. Sur la période observée dans l'étude, entre 2000 et 2013, les contrats à capital garanti affichent une performance annuelle moyenne de 1,28% en termes réels, alors que les contrats libellés en unités de compte ont un rendement négatif de -1,1%.
fortEs disparités dE rEndEmEnt pour lEs produits d’éparGnE rEtraitE En EuropE
Rendements réels annualisés de l’épargne retraite après déduction des charges, de l’inflation et des taxes [sauf (1) avant taxation]

Si les performances réelles des produits d’épargne retraite sont faibles, des différences apparaissent pourtant dans l’union. l’inflation a été plus élevée au royaume-uni que dans le reste de la zone euro, atteignant 4,5% en 2011, alors qu’elle était quasiment nulle en allemagne. cet indice a joué sur le rendement de l’épargne retraite, tout comme les charges et les frais de distribution, «particulièrement élevés en Italie», selon le directeur général de better finance for all, Guillaume Prache. reste un autre facteur pour expliquer les disparités : «L’allocation d’actifs a beaucoup pénalisé certains pays, notamment le Royaume-Uni, puisque le poids de la détention d’actions est passé Outre-Manche de 57 à 21% entre 2001 et 2012. »

Baisse des rentes à l'UMR : les épargnants contre-attaquent

Après l'annonce par l'UMR d'une réduction de 30% des rentes versées à quelque 110 000 retraités au titre de son régime fermé (dit R1), les épargnants montent au créneau. Alors que les bénéficiaires de l'ancien Complément de retraite de l'Éducation nationale et de la fonction publique (Cref) avaient déjà subi une baisse de 17% de leur rente lors du transfert de l'ancien Cref de la Mutuelle retraite de la fonction publique (MRFP) à l'UMR en 2002, l'Association nationale des fonctionnaires épargnant pour la retraite (Arcaf) précise que « l'épargne et les rentes versées par le R1 n'ont jamais été revalorisées depuis, engendrant une nouvelle perte de pouvoir d'achat pour les adhérents de plus de 16% à fin 2013 ». Une situation difficilement acceptable pour les membres du Comité d'information et de défense des sociétaires (CIDS) du Cref, qui comptent réagir rapidement. « D'ici au 18 novembre, date à laquelle les mesures drastiques devraient être entérinées en assemblée générale extraordinaire par l'UMR, nous voulons nous faire entendre. Nous essayons notamment de voir avec nos avocats si une action de groupe est envisageable et dans quelles conditions », précise Jean-Didier Mazucca, président du CIDS. Par ailleurs, le comité a d'autres cartes dans son jeu. Hasard du calendrier, le 4 décembre, se tiendra au tribunal de grande instance de Paris une audience au cours de laquelle devrait être rendue la décision de confirmer ou non la responsabilité de l'UMR dans la faillite du produit de retraite des fonctionnaires. Alors que la MRFP avait fait l'objet d'une condamnation par la cour d'appel de Paris en 2011, celle de l'UMR est en effet aujourd'hui demandée dans une procédure d'extension du passif.

L’épargne retraite est l’un des rares marchés de détail où ni les clients ni les autorités publiques de surveillance ne sont correctement informés sur le rendement réel net des produits.

Guillaume Prache, directeur général de Better Finance for all




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