[DOSSIER] Agriculture 3/3

En route vers une sécheresse chronique ?

Avec des températures records, et un épisode de sécheresse dramatique pour de nombreux agriculteurs, l'année 2011 est venue confirmer les prévisions des climatologues pour les années à venir. Désormais, il faudra composer avec un manque d'eau continu et adapter les cultures en conséquence.

Après une année 2010 particulièrement fraîche en France, 2011 vient d'obtenir le titre d'« année la plus chaude que l'Hexagone ait connue depuis 1900 ». Avec une température moyenne dépassant de 1,5 °C la normale , l'année 2011 détrône ainsi 2003, qui détenait le précédent record. À la faveur d'un printemps exceptionnellement sec - le plus sec depuis au moins 1959 -, mais également d'un automne très peu pluvieux, l'année passée compte parmi les millésimes les plus secs que la France ait enregistrés au cours des cinquante dernières années. Cumulée sur l'ensemble du pays, la quantité d'eau recueil-lie l'an dernier accuse un cumul de pluie déficitaire d'environ 17% (source : Météo France).

Un épisode 2011 inquiétant...

Suite à cet épisode climatique exceptionnel, près d'une culture céréalière sur deux a fait l'objet d'une déclaration de sinistre sécheresse en 2011, un ratio constaté par la plupart des assureurs de la place. Mais tous s'accordent à dire que ces chiffres sont bien moins dramatiques qu'ils n'auraient pu l'être, les pluies de juin ayant permis de sauver plusieurs cultures. « Les dégâts ont été moindres que prévu », relève Stéphane Gin, directeur du risque agricole chez Groupama. Le blé dur et les cultures de printemps ont été les plus touchées. En revanche, pour les cultures plus tardives, comme le colza, les betteraves, les pommes de terre et même le maïs, pourtant gros consommateur d'eau, les rendements ont été supérieurs à la moyenne, voire exceptionnels dans certaines régions. « Nous avons eu de la chance que les précipitations de juin-juillet arrivent, mais cela a montré les limites de nos prévisions, et, à trois semaines près, le montant des sinistres aurait pu être catastrophique », tempère Luc Pasquier, directeur du marché assurance agricole d'Aviva.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que le diagnostic global masque des disparités géographiques. Si les précipitations ont été très inférieures à la normale sur la quasi-totalité du pays (notamment sur le quart sud-ouest de la France où les déficits atteignent 40%), les régions méditerranéennes ont recueilli une quantité d'eau proche, voire supérieure, à la normale. Pour Stéphane Penet, responsable dommages à la FFSA, « le changement climatique fait que même si l'on pouvait modéliser avec précision les risques de sécheresse en se basant sur les années passées, cela ne permettrait pas d'en tirer des prédictions totalement fiables pour le futur, en termes de couverture du risque ».

... qui n'augure rien de bon pour le futur

De fait, les éléments statistiques communiqués par le Fonds national de garantie des risques agricoles (FNGRA), qui indemnisait les dommages sécheresse jusqu'en 2008, retrace bien la non-linéarité de ce risque, et donc la difficulté pour les assureurs de le modéliser : 575 M€ d'indemnisations en 2003 ; 151 M€ en 2006 ; 6,8 M€ en 2007 ; 0,3 M€ en 2008 (source : CCR).

Pour 2012, même si les fortes pluies de décembre sont venues compenser les faibles précipitations de l'automne, les assureurs restent inquiets. « En ce début d'année, ce n'est pas un problème d'humidité en surfaces, mais le niveau des nappes qui est inquiétant », estime Arnaud de Rincquesin, responsable des risques agricoles chez Allianz-La Rurale. Ce constat vient confirmer les résultats de l'étude Climsec, menée par la direction de la climatologie de Météo France de 2008 à 2011. Financé par la fondation Maif, ce projet a permis de caractériser la typologie des sécheresses en France sur la période 1958-2008 et d'établir un diagnostic sur leurs évolutions attendues au XXIe siècle. Les résultats sont sans appel : les épisodes de sécheresse à venir seront à la fois plus fréquents et plus intenses. Et, malgré un niveau de précipitations continu jusqu'en 2050, l'évaporation des nappes phréatiques, due principalement au réchauffement du climat, provoquera une sécheresse agricole chronique.

Un risque continu...

Il convient de noter que ce sont les régions connaissant les sols les plus humides en moyenne aujourd'hui (Nord et Nord-Est notamment) qui pourraient connaître les évolutions les plus fortes. Le phénomène sera accentué à partir de la seconde moitié du XXIe siècle, lorsque les précipitations elles-mêmes commenceront à diminuer (voir les cartes), provoquant des sécheresses printanières et estivales prolongées. Pour autant, il est difficile, pour les assureurs, de modifier avec précision leurs calculs actuariels en se basant sur cette tendance globale. Dans une telle perspective, si le risque devient continu et l'aléa réduit à l'intensité de la sécheresse, et plus à son occurrence, pourront-ils encore jouer leur rôle ?

 

3 QUESTIONS À

 

 

Jean-Michel Soubeyroux climatologue chez Météo France, responsable de l'étude Climsec

 

« Même avec des précipitations stables, la sécheresse progressera »

  • Qu'appelle-t-on sécheresse ?

On distingue généralement trois niveaux de sécheresse. La sécheresse météorologique, qui est liée à la pénurie de précipitations sur une période donnée. La sécheresse agricole, qui est fonction du taux d'humidité du sol à 1 mètre de profondeur. Et la sécheresse hydrologique, qui se produit quand les réserves en eau des sols et les cours d'eau tombent en dessous de la moyenne.

  • Le risque de sécheresse agricole s'est-il accentué en France ?

Au vu des résultats de l'étude Climsec, la réponse est oui. Les modélisations que nous avons effectuées montrent que la sécheresse va continuer à s'accentuer, d'abord dans la première moitié du XXIe siècle à cause du réchauffement climatique, et, donc, de l'évaporation de l'eau contenue dans les sols, puis, à partir de 2050, par un effet combiné de ce réchauffement et d'une diminution importante des précipitations. Cela nous amènera, vers 2080, à un climat entièrement nouveau, où la sécheresse deviendra un phénomène continu.

  • Les agriculteurs devront-ils modifier leurs cultures ?

L'application des résultats de l'étude Climsec à l'agriculture fait partie de nos prochaines étapes de travail. Néanmoins, attention, ce n'est pas parce que les phénomènes de sécheresse vont devenir plus intenses et plus fréquents que l'on ne pourra plus rien cultiver. L'Espagne, qui a un climat plus aride que le nôtre, a une agriculture florissante. Mais les agriculteurs auront certainement à adapter leurs pratiques et les variétés cultivées.

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