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Enquête : L’interdisciplinarité au service de l’étude du changement climatique

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Placé sur le devant de la scène avec la COP 21, le changement climatique fait partie des préoccupations des assureurs et réassureurs, qui cherchent à prévoir et anticiper la fréquence et l’intensité des cat’nat’, en adaptant leurs modèles pour prémunir au mieux la collectivité de leurs conséquences.

L'année 2014 reste à date comme la plus chaude qu’ait connue la Terre depuis l’existence de relevés de température. Même si les historiens nous apprennent que le climat a toujours connu des cycles, il évolue aujourd’hui plus vite à cause des effets de l’action humaine. « Pendant longtemps, on a pensé que l’influence humaine sur le climat était négligeable en comparaison des phénomènes naturels, comme l’activité solaire. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que le Suédois Arrhenius a établi le premier une relation possible entre la concentration de CO2 dans l’atmosphère et la température de la planète » explique Serge Planton, responsable de l’unité de recherche climatique à Météo-France. Il faudra attendre la fin des années 1980 pour que l’idée d’un réchauffement climatique lié à l’activité humaine soit vraiment prise au sérieux et que le Giec soit créé (voir p. 10 et 11).

+2°C

L’objectif de limitation du réchauffement planétaire d’ici 2050.
Celui-ci, dans son dernier rapport, estime que l’Homme serait avec une probabilité de 95 % à l’origine de la hausse des émissions de gaz à effet de serre. « En 2014, les activités humaines ont émis environ 37 Md de tonnes de CO2. Sans politique climatique de réduction des émissions, on resterait sur la trajectoire d’un scénario conduisant à un réchauffement planétaire de l’ordre de 4°C à la fin du siècle, et se poursuivant audelà. L’objectif de la COP 21 et des politiques climatiques associées, est de se placer au contraire sur un scénario limitant le réchauffement planétaire à 2°C » rappelle Serge Planton. Pour Jean Jouzel, climatologue, vice-président du groupe scientifique du Giec et prix Nobel de la paix 2007, « malgré les engagements pris par de nombreux pays, la concentration de gaz à effet de serre n’a jamais autant augmenté que ces quinze dernières années. Si l’on veut atteindre l’objectif de limiter l’augmentation globale des températures à 2°C d’ici la fin du siècle, il faudrait s’astreindre à laisser 80 % des combustibles fossiles encore disponibles là où ils sont. Cela suppose un changement complet de développement de nos sociétés, afin d’atteindre la neutralité carbone d’ici la fin du siècle ». A-t-on seulement le choix ? « D’un point de vue économique, il est moins cher, à moyen et long termes, de lutter contre le réchauffement climatique et de prendre des mesures dans le domaine des énergies renouvelables en vue d’une transition énergétique, que de ne rien faire », poursuit Jean Jouzel.

Recrudescence des cat’nat ?

Difficile, même pour les plus sceptiques, de nier les conséquences du changement climatique. Les saisons sont devenues très instables ce qui a, entre autres, des conséquences sur l’agriculture, la flore et la faune. L’augmentation du niveau des mers constitue également une menace pour des millions de personnes vivant à proximité des côtes. Durant les 100 dernières années, l’Europe du Nord est devenue plus humide de 10 à 40 % tandis que l’Europe du Sud devenait 20 % plus sèche (source Giec). Et la fréquence des phénomènes climatiques extrêmes (tempêtes, sécheresses...) pourrait être amenée à augmenter si le réchauffement climatique s’intensifie. En France, le montant des dégât s occasionnés par les intempéries en 2014 avoisine 1,8 Md€, soit 300 M€ de plus que la facture de 2013 (estimations FFSAGema). Et l’on reste loin des années record. Quant au coût cumulé des événements naturels indemnisés par les assureurs français entre 2009 et 2030, il pourrait selon l’AFA atteindre 60 Md€, contre 34 Md€ cumulés sur la période 1988-2007. Au niveau mondial, le montant des dommages assurés imputables aux cat’nat’ a atteint pour sa part 27 Md€ en 2014 (source : Swiss Re). Des chiffres inquiétants qui poussent les acteurs de l’assurance et de la réassurance à agir afin d’enrayer la tendance. « L’accélération des événements extrêmes concerne particulièrement le monde de l’assurance. Les assureurs doivent prendre conscience qu’il s’agit pour eux d’un sujet majeur d’évolution de leurs métiers. On ne pourra plus gérer les risques demain comme aujourd’hui » estime Gilles Berhault, président du Comité 21, comité français pour le développement durable.

Un double rôle pour l’assurance

De fait, le statut des assureurs et des réassureurs leur confère un double rôle dans la lutte contre le réchauffement climatique : d’une part, en tant qu’investisseurs institutionnels, par l’orientation de leur politique de gestion d’actifs vers des fonds « Verts » ou ISR. La plateforme Internet insurance industry commitments recense, depuis mai 2015, leurs engagements en matière de financement de la transition énergétique, et fera l’objet d’un rapport lors de la COP 21. Mais d’autre part, en tant que gestionnaires de risques, les assureurs se doivent de modéliser, d’anticiper et de gérer efficacement et quotidiennement les conséquences économiques des aléas climatiques. Le projet de loi sur la transition énergétique porté par Ségolène Royal prévoit ainsi l’obligation pour les sociétés d’assurance de préciser la manière dont elles anticipent les risques et les conséquences liées aux changements climatiques. « Cela fait de nombreuses années que nous travaillons à la modélisation des risques climatiques, afin de mettre en évidence les zones d’accumulation de risques. Nous utilisons des modèles de marché comme RMS, et plus récemment l’outil Ceres de CCR, ainsi que les données de la mission « Risques naturels », en veillant toujours à les mettre en perspective avec notre propre historique » explique Jean-Louis Charluteau, directeur des risques IARD chez Generali. Et de rassurer aussitôt : « Ces outils n’ont pas vocation à segmenter notre portefeuille et nos risques. Nous souhaitons au contraire gérer au mieux nos garanties et nos tarifications afin d’assurer la pérennité de la mutualité et d’équilibrer notre portefeuille, pour éviter de nous mettre en péril. Quant à nos assurés, en plus de conseils de prévention et de précaution, nous espérons grâce à la modélisation pouvoir rapidement mettre à leur disposition une cartographie des risques liés à la localisation de leur habitat, car nous avons constaté qu’ils manquaient d’information consolidée et compréhensible sur le sujet ».

Améliorer nos connaissances sur les fluctuations climatiques passées peut contribuer à affiner nos modélisations sur les aléas climatiques futurs et donc mieux évaluer l’exposition aux risques des territoires.

Jérémy Desarthe, historien, chargé d’études au sein du pôle R&D de CCR

Interdisciplinarité nécessaire

Les acteurs ont vite compris l’intérêt de cultiver l’interdisciplinarité pour parvenir à une meilleure connaissance des aléas climatiques et des cat’nat’. Créé en 2012 suite à Xynthia, l’Observatoire national des risques naturels (ONRN) joue un rôle de coordinateur sur le sujet. Il regroupe l’État (via le ministère de l’Écologie), la mission des Risques naturels (représentant la FFSA et le Gema) et la Caisse centrale de réassurance (CCR). Son objectif est d’offrir une meilleure visibilité et lisibilité des actions publiques en cas de cat’nat’. CCR collecte des données scientifiques et assurantielles pour modéliser les risques naturels et développe ainsi des partenariats avec des acteurs experts dans leur domaine comme Météo France (voir p. 10-11), l’Irstea (Institut national de recherche en sciences et technologie pour l’environnement et l’agriculture) et le Sertit (service régional de traitement d’image et de télédétection de l’université de Strasbourg). Elle travaille aussi à un chiffrage à 2050 de l’augmentation des valeurs assurées et de l’évolution de leur répartition géographique, à l’aide des projections de l’Insee et en lien avec la FFSA, afin d’évaluer avec précision le montant et la localisation des dommages causés par les aléas climatiques. « À l’instar de CCR, nous pensons que pour avoir une vue convenable de la situation, il faut confronter les points de vue des géographes, des climatologues et des actuaires. C’est ce que nous faisons quotidiennement au sein du département des risques Iard de Generali. Cette “pollinisation croisée” crée des connexions entre les disciplines et permet d’approcher la complexité des phénomènes naturels. Mais compte tenu du faisceau d’incertitudes autour de chaque aléa, il s’agit d’un processus de recherche continue, qui ne porte pas de vérité absolue » estime Jean- Louis Charluteau, de Generali. Un avis partagé par Serge Planton de Météo France, pour qui « Climatologues, historiens, physiciens, chimistes, modélisateurs mais aussi chercheurs en sciences humaines doivent travailler ensemble pour affiner en continu les projections ». C’est en cultivant cette interdisciplinarité que les acteurs de l’assurance et de la réassurance parviendront à être co-acteurs de la prévention et à mieux appréhender les risques climatiques à venir…

Les clés pour comprendre, l’enjeu de la COP 21

  • Objectif : +2° maximum d’ici 2050.
  • 195 pays, aux degrés de maturité différents sur les sujets climatiques.
  • La Chine, 1er émetteur de gaz à effet de serre, est responsable de 20 % des émissions totales, suivie par les États-Unis, l’Europe et l’Inde.
  • 2014 a été l’année la plus chaude qu’ait connue la Terre depuis l’existence de relevés de température (1).
  • En 2014, les activités humaines ont émis environ 37 milliards de tonnes de CO2.
  • 100 Md$ nécessaires chaque année pour le fonds vert à compter de 2020, pour financer la transition énergique. 1. Sources : GISS (Godard Institute for space studies) et le service météorologique et océanographique des États-Unis (NOAA).

 

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