Eurocroissance : les assureurs prenne nt position

« L'assurance vie du XXIe siècle » est loin de faire l'unanimité. Une simple cartographie des intentions exprimées ces derniers mois montre que les plus gros producteurs sont aussi, bien sûr, les plus convaincus, mais beaucoup restent sur la défensive et d'autres feront sûrement l'impasse.

Pour l'instant, l'annonce par BNP Paribas Cardif d'un lancement dès juillet des premiers contrats eurocroissance fait figure d'exception. Car tout juste un an après la publication du rapport « Berger-Lefebvre » qui a lancé l'idée de l'eurocroissance, et trois mois après la promulgation de la loi de Finances rectificatives pour 2013 qui en a fixé le cadre, les assureurs sont toujours dans le flou, faute de parution des instructions fiscales et autres ordonnances gouvernementales. Si Ramon Fernandez, directeur général du Trésor, avait déclaré en janvier que « les textes réglementaires [seraient] pris d'ici à l'été », le remaniement ministériel pourrait retarder de quelques semaines ce calendrier.

Pourtant, les discussions sont en cours sur le contenu de ce fonds « croissance » ou « eurocroissance », qui sera, au côté du fonds en euros et des unités de compte, l'un des trois « piliers » de « l'assurance vie du XXIe siècle », selon Bernard Spitz, président de la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA). Mais « le diable est dans les détails », a-t-il souligné. Provision pour participation aux excédents, montant de la garantie à terme, renonciation au transfert, mais également devoir de conseil, droit de revenir... « Les contraintes s'empilent », lâche en coulisses un observateur.

Concernant l'ancien contrat eurodiversifié, dont s'inspire l'eurocroissance, « il a fallu un an entre la promulgation de la loi et la parution des décrets », rappelle Xavier Périnne, avocat du cabinet Affina Legal. Stéphane Dedeyan, directeur général délégué de Generali France et président de la commission des assurances de personnes à la FFSA, soulignait de son côté, fin janvier, qu'il fallait au moins « neuf mois entre la parution des décrets et le lancement du produit ».

Sur le pied de guerre

Même si l'attente de ces décrets n'est guère propice à l'enthousiasme des assureurs, certains sont déjà dans les starting-blocks. C'est le cas de BNP Paribas Cardif et d'AG2R-La Mondiale, qui bénéficient tous deux de l'expérience de l'eurodiversifié. Les trois fonds ad hoc du bancassureur, qui ont représenté 3% de ses cotisations d'assurance vie et un chiffre d'affaires de 365 M€ en 2013, constituent un « moteur » prêt à démarrer, selon son directeur général, Pierre de Villeneuve.

D'autres, absents de l'eurodiversifié, sont pour autant sur le pied de guerre, à l'instar de Crédit agricole Assurances. « Nous n'avons pas attendu les décrets pour nous mettre à travailler », affirme son directeur général, Jérôme Grivet. Le bancassureur dispose d'une équipe pluridisciplinaire d'une dizaine de personnes, du marketing au développement informatique, réunies pour réduire au maximum les délais de lancement de l'eurocroissance. Celui-ci pourrait se faire « d'ici à la fin de l'année »... si les textes arrivent cet été ! Avec ses réseaux bancaires, Crédit agricole Assurances réfléchit aussi à la manière de vendre ce contrat et à sa segmentation. « Il faut rester calé sur une version simple du discours à tenir au client », poursuit-il.

Autre signe de maturité, le bancassureur a déjà fait ses calculs pour le rendement de l'eurocroissance. Pour un contrat dont le capital est garanti à échéance 8 ans (d'autres durées pourraient être proposées), le « bonus » pourrait être, chaque année, supérieur de 0,50 à 1 point à un fonds euros, soit de 3% à 3,50%, au lieu de 2,50% par exemple. De même, les équipes de Generali, autre fervent convaincu, tablent sur un rendement supérieur de 1 point et sur des frais de gestion d'environ 1%, comparables à ceux pratiqués pour les unités de compte.

Le problème de la durée

Pour autant, est-ce suffisant pour convaincre les assurés de se priver de la garantie de capital pendant huit ans, voire plus ? C'est ce que se demandent certains acteurs, tels Legal et General, Swiss Life ou Le Conservateur, qui prennent une position plutôt défensive sur le marché, d'autant qu'ils ont déjà effectué un virage significatif en direction des unités de compte. C'est aussi l'argument de Groupama, qui devrait faire l'impasse sur ce futur contrat, considérant qu'il fait double emploi avec les unités de compte sécurisées qu'il propose déjà.

Si la cartographie des prises de position sur l'eurocroissance respecte au final une certaine logique avec les plus gros acteurs davantage convaincus, elle évoluera peut-être selon la tournure des textes réglementaires, mais aussi surtout devant le succès (ou non) des premiers lancements. Rendez-vous dans un an.

Pourquoi l'eurocroissance ne plaît pas à tous

Un produit d'assureur : la garantie à tout moment du fonds en euros, qui coûte cher aux assureurs, disparaît dans le fonds eurocroissance. La garantie du capital uniquement à échéance (huit ans ou plus) permet une meilleure gestion actif-passif.

MAIS Un produit difficile à vendre : les Français sont très sensibles à la liquidité du capital, qui ne sera pas permise pour l'eurocroissance, et les taux de rendement supérieurs annoncés ne pourront pas être garantis. - Certains assureurs proposent déjà des contrats en euros actifs qui bénéficient d'un rendement supérieur à celui du fonds en euros, ou de contrats en unité de compte qui proposent la garantie du capital à terme.

Méthodologie

  • Propos des assureurs recueillis ces derniers mois lors de points presse ou de réunions publiques.
  • Les assureurs ont été classés selon leur encours en assurance vie tiré du classement 2013 de L’Argus de l’assurance, sauf cas particuliers.

Positionnement des assureurs envers l’eurocroissance

Convaincu

AG2R-LA MONDIALE (29,5 Md€)

Communiqué du 20 janvier 2014
"Spécialiste reconnu de l’eurodiversifié, AG2R-La Mondiale proposera dès cette année un produit eurocroissance. "

GENERALI FRANCE NC (2)

Stéphane Dedeyan, directeur général délégué
"Je suis un fervent convaincu. L’introduction de l’eurocroissance constituera un saut au moins aussi important que la création des unités de compte."

BNP PARIBAS CARDIF (86,6 Md€)

Pierre de Villeneuve, PDG
"Avec les trois contrats diversifiés que nous proposons, nous disposons déjà d’un moteur, et nous serons prêts à lancer les premières offres dès juillet."

CRÉDIT AGRICOLE ASSURANCES (192,9 Md€)

Jérôme Grivet, directeur général
"Nous tirons parti de l’ensemble des possibilités du marché. Nous avons donc déjà mis en place une équipe d’une dizaine de personnes pour lancer ce contrat dès la fin de l’année."

AVIVA France (36,2 Md€)

Nicolas schimel, directeur général
"Il faut être innovant  en 2014. L’eurocroissancecorrespond exactement au public de l’Afer, qui vise un horizon d’investissement long et qui est conscient de la baisse durable des taux des fonds en euros."

CNP ASSURANCES (235,5 Md€)

Frédéric lavenir, directeur général

L’eurocroissance est un produit de long terme. C’est un projet qui implique un investissement très fort de notre part.

Prudent

Legal & general France (3,7 Md€ )(1)

Olivier Potellet, Pdg
"Nous visons un lancement défensif si nous ne trouvons pas d’autre solution innovante pour doper les rendements."

Le conservateur (1 Md€)

Gilles Ulrich, directeur général

"Nous devons  être sur le marché, mais davantage pour le proposer comme produit défensif."

Swiss Life (12 Md€)

Éric le Baron, directeur général de Swiss Life Assurance et Patrimoine
Nous sommes moins sensibles à l’eurocroissance, car nous avons déjà fait ce virage vers les unités de compte en trouvant des alternatives aux fonds en euros.

ING DIrect (2,45 Md€)

Julien schahl, responsable des produits d’investissement
"Le package eurocroissance m’intéresse."

SuravenIr (24,5 Md€)

Bernard le Bras, président du directoire
"La surperformance  en termes de rendement n’est pas mécaniquementcertaine, mais l’eurocroissance est un signal positif."

Assurances du crédIt mutueL (59,5 Md€)

Michel lucas, PDG
"C’est le client  qui décidera du succès commercial de l’eurocroissance."

Réservé
Monceau Assurances nc (2)

Gilles Dupin, PDG
"Après le “DSK”, le “NSK”, l’eurodiversifié, voici l’eurocroissance. C’est contraire à notre règle de distribuer au titre de l’année les revenus acquis dans l’année."

Groupama GAN VIE (31,1 Md€)

Philippe sorret, directeur général
"Nous proposons déjà un produit équivalent a vec une garantie à terme, les unités de compte sécurisées. L’eurocroissance en soi ne sera pas un plus."

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