[DOSSIER] Les femmes dans l'assurance : numéro spécial 5/10

Féminisation : les comités de direction cherchent encore le « la »

Féminisation : les comités de direction cherchent encore le « la »
LAETITIA DUARTE

Question de bonne volonté, d’anticipation ou de notoriété, l’assurance ressort plutôt comme le bon élève, tous secteurs confondus, en matière de représentation des femmes dans les conseils d’administration. Un satisfecit qui ne doit toutefois pas occulter le retard à combler au niveau des organes exécutifs.

PepsiCo, Seb, Procter&Gamble, Ebay, Kraft Foods et bientôt Engie… Tous ces grands grou­pes internationaux ont un point commun. Lequel ? Celui de compter une femme à leur tête. Signe qu’en l’espace de quelques années, le fameux « plafond de verre » dépeint par le Wall Street Journal (1) en 1986 est en train de se fissurer. Et particulièrement en France où les sociétés cotées ont donné un véritable coup d’accélérateur à la féminisation de leur conseil d’administration. La preuve : les entreprises du SBF 120 affichent à fin 2016 un taux de féminisation moyen de 38 % de leurs conseils d’administration ou de surveil­lance, contre 33,3 % en 2015. Dans le palmarès des bons élèves figurent notamment Gecina, CNP Assurances (44,4 %), Engie, L’Oréal, Sodexo mais aussi Axa (43,7 %). « Des secteurs d’activité sont plus propices à intégrer des femmes dans leur conseil d’administration : l’assurance, la banque et la publicité. A contrario, les sociétés infor­matique, l’industrie et le transport accusent un profond retard dans l’intégration des femmes », constate Laurent Tylski, directeur géné­ral d’Acteo Consulting, spécialisé dans le coaching de dirigeants. Dans le détail, la majorité des groupes d’assurance du Top 20 France, tous seg­ments de marchés confondus, affichent un taux de féminisation d’environ 30 % de leurs conseils d’administration. Si CNP, Axa et Harmonie Mutuelle trustent le podium, a contrario, Covéa, Société générale, BNP Paribas Cardif et Crédit mutuel ferment respectivement la marche.

  • 15,1 % Pourcentage de femmes à occuper une fonction de dirigeant effectif, soit 227 sur 1 504.
    Source : ACPR
  • 33,6 % Pourcentage de femmes à être responsable de fonction-clé, soit 744 sur 2 211.
    Source : ACPR

Une application de la loi

Ces statistiques globalement promet­teuses dans l’assurance ne sont pas stimulées par le seul élan d’éthique en faveur de la parité hommes-femmes. Elles tiennent aussi aux règles fixées par le législateur. Et pour cause : depuis 2011, en France, la loi Copé-Zimmerman (2) oblige les entreprises de 500 salariés et plus, dont le chiffre d’affaires est égal ou supérieur à 50 M€, à avoir, à l’issue des assemblées générales de 2017, au minimum 40 % de femmes au sein de leur CA. Sans quoi les nouvelles nominations masculines sont annulées et les jetons de présence suspendus. Un seuil de 40 % imposé également de façon explicite aux institutions de prévoyance par le décret de transposition de Solvabilité 2 dans le droit français (3) et applicable depuis le 1er janvier 2016. Seules les mutuelles santé bénéficient d’un délai supplémentaire depuis une ordonnance du 31 juillet 2015. Elles devront se conformer à cet objectif de 40 % à partir du 1er janvier 2021, date de la mise en œuvre de l’article. Et encore… le texte institue une dérogation en exigeant un minimum de 25 % de femmes à horizon du 1er janvier 2024 ! Conscient du retard à combler avec 24,1 % de femmes dans le CA, l’assureur mutualiste Macif veut rectifier le tir dans le cadre de son plan de réorganisation. Au 1er janvier 2018, le groupe devrait disposer d’un CA resserré de 21 membres (contre 29 actuellement) dont 8 femmes, soit un taux de féminisation de 38 %. « C’est davantage notre volonté de réfléter le profil du sociétariat Macif, composé à 41 % de femmes, dans nos instances de gouvernance que la loi Copé-Zimmer­man qui nous pousse à tendre vers les 40 % », préci­se Alain Montarant, président du groupe Macif. Et d’ajouter : « Notre conviction est que les visions et les analyses des femmes enrichis­sent la compétence collective du conseil d’administration. Elles appor­tent une complémentarité nécessaire à la vision stratégique de l’entreprise. Progressivement, notre volonté est de tendre vers la parité au sein des CA. » Plus facile à dire au conseil d’administration… qu’à faire dans les comités exécutifs (comex) où le désert féminin est presque criant. Un peu plus de la moitié du Top 20 France totalise un taux de féminisation inférieur à 20 %. Pire, selon les données de l’ACPR fournies à L’Argus, à peine 15 % des dirigeants effectifs (les « deux paires d’yeux ») sont des femmes, soit 227 sur 1 504. Comment expliquer un tel retard ? « Les femmes n’ont peut-être pas encore totalement intégré le réflexe des réseaux et des mécanismes de cooptation pour booster leur carrière professionnelle », analyse Béatrice Granjean, directrice générale déléguée de la Crepa, l’institution de prévoyance des cabinets d’avocats.

La Crepa, bon élève des institutions de prévoyance

Avec un taux de féminisation de 40,7 %, soit 11 femmes sur 27 administrateurs, le tout nouveau conseil d’administration de la Crepa, l’institution de prévoyance des cabinets d’avocats, n’a rien à envier aux sociétés du CAC 40 ni même aux poids lourds du secteur. Le Petit Poucet du monde paritaire se met ainsi en conformité avec le décret de transposition de la directive Solvabilité 2 dans le droit français : « La féminisation rapide du conseil d’administration reflète celle de la profession d’avocats (54 % en 2015), nous permettant ainsi de respecter l’article R. 931-3-1 du code de la Sécurité sociale », souligne Béatrice Granjean, directrice générale déléguée de la Crepa qui déplore toutefois le « peu de candidatures de la part des femmes aux postes de direction ».

Vers une réelle parité ?

Reste que certaines entités à l’instar de MetLife France, la succursale du groupe américain, sont parvenus au juste équilibre : « Aujourd’hui l’entreprise compte plus de femmes que d’hommes et la parité existe au sein du comité de direction (8 membres dont 4 femmes). La parité n’est pas un point de fixation. Notre préoccupation est de garantir l’égalité professionnelle tant dans les rémunérations qu’en termes d’évolution de carrière », rappelle Éric de Bastard, en charge des RH. D’autres comme Axa France s’attache à féminiser les directions – 35 % des 300 directeurs sont des femmes, une proportion qui a doublé en dix ans – de façon à accroître le « vivier » de candidates à l’entrée des comex. « Les femmes ont encore peu accès aux fonctions exécutives parce qu’elles sont encore cantonnées à des postes latéraux moins stratégiques que les finances et les produits, deux voies royales trustées par les hommes », évoque Laurent Tylski. Les plafonds de verre auraient-ils laissé la place aux parois de verre ?

Paul Jaeger, associé en charge du secteur financier au sein du cabinet de recrutement Russell Reynolds
« Un quart des sociétés du CAC 40 ne compte aucune femme dans leurs comex »

  • Comment se situe l’assurance vis-à-vis d’autres secteurs d’activité ?
    Le secteur assurance reste plutôt le bon élève de la place. Les gouvernances de ces sociétés ont anticipé le sujet par rapport à d’autres groupes dans le bâtiment ou l’industrie. Je ne suis pas inquiet de la capacité de l’assurance à tenir l’objectif des 40 %. Dans huit cas sur dix, les conseils recrutent une femme pour remplacer un administrateur, en particulier lorsqu’il est indépendant.
  • Comment expliquer la sous-représentation des femmes dans les comex ?
    Avec une moyenne de 20 %, le secteur de l’assurance est plutôt bien positionné par rapport aux autres secteurs. Au sein du SBF 120, les comités exécutifs totalisent, selon nos calculs, une moyenne de 13 % de femmes. Un quart des sociétés du CAC 40 ne compte même aucune femme dans leurs comex. La question qui se pose est celle de l’anticipation : comment identifier et promouvoir ces talents qui pourront ensuite rejoindre les conseils d’administration, lorsqu’elles ne seront plus exécutives ? La multiplication des codes de déontologie et la loi font que le corps social de l’entreprise ne peut plus ignorer la promotion des femmes. C’est pour cela que l’on voit, fort heureusement, les femmes arriver plus nombreuses dans les comex. Mais cet effort doit être amplifié et soutenu.
    Propos recueillis par S. A.

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