Gérard Marichy (SFS Holdings SA) : « Sans agrément, nous n’allons plus pouvoir tenir longtemps »

Gérard Marichy (SFS Holdings SA) : « Sans agrément, nous n’allons plus pouvoir tenir longtemps »

Alors que l'Orias examine ce 23 mars 2018 la demande d'agrément comme courtier d’assurance et de réassurance et de mandataire d’assurance du courtier en assurance construction SFS Holdings SA, Gérard Marichy, l'un de ses administrateurs, se livre sur le devenir du groupe.

Le 13 février dernier, CBL Insurance, votre actionnaire majoritaire et principal porteur de risques, a annoncé son intention de cesser de souscrire de nouveaux contrats en assurance construction en France, et donc étudier la vente du fonds de commerce comme du portefeuille de SFS Holdings SA. Depuis, CBL Insurance a été placé en liquidation provisoire par la Banque Centrale de Nouvelle-Zélande. Actuellement, où en est l’activité du groupe SFS ?

Gérard Marichy : Avec Antoine Guiguet, directeur général de SFS Holdings SA, nous faisons tout pour trouver les solutions permettant de sauver 309 emplois. Soit en trouvant un nouvel actionnaire majoritaire pour succéder à l’actuel, qui semble défaillant. Soit en trouvant des accords avec des compagnies d’assurance nous permettant de continuer notre activité de courtier d’assurance et de réassurance. En attendant, notre activité est réduite au co-courtage, avec Axelliance, dont le risque est porté par Groupama.

«Si on nous lanterne de réunions à réunions, les fonds du groupe SFS vont se tarir et les salariés ne pourront plus être payés !»

Suite à l’interdiction prononcée le 23 décembre 2017 par le Commissariat aux assurances à l’encontre de votre filiale SFS Europe, vous avez demandé une inscription comme courtier d’assurance et de réassurance auprès de l’Orias pour vos filiales SFS France et SFS France Courtage. Après avoir été ajournée deux fois, cette demande d’inscription devait être examinée ce vendredi 23 mars. Quelles sont vos chances ?

G. M : Nous n’en avons plus aucune idée ! Mais si on nous lanterne de réunions à réunions, de vendredi en vendredi trois semaines plus tard, les fonds du groupe SFS vont se tarir et les salariés ne pourront plus être payés ! Résultat : les charges d’une personne morale de droit privé, SFS Holdings SA, vont être transférées à une personne morale de droit public, l’Etat. Au bout du compte, les contribuables devront payer !

Selon vous, ces ajournements ne seraient pas fondés ?

G. M : L’Orias justifie les motifs d’une radiation de nos filiales par une suspicion sur mon honorabilté en tant que président de SFS France, un soupçon de faux à propos de notre garantie financière, des irrégularités de fonctionnement faisant référence à l’annonce faite par CBL Insurance de porter plainte contre l’ancien propriétaire du groupe SFS. Si, pour une suspicion, un soupçon, une intention, l’Orias décide de ruiner 15 ans d’efforts… En cas de radiation, nous porterions l’affaire devant le tribunal administratif de Paris. Mais cela ne servirait plus à grand-chose : le temps qu’une audience soit rendue, il faudrait prévoir au moins six mois, et nous ne pouvons pas tenir plus de deux mois sans agrément. Au niveau des salaires, ceux de mars vont être versés, ceux d’avril aussi. Ensuite... Ensuite, ma décision, en tant que chef d’entreprise, ne sera pas de savoir si les salaires pourront être versés ou non, mais de savoir quelles sont les perspectives d’avenir pour notre groupe.

"A l’époque du cardinal Armand Jean du Plessis de Richelieu, on a inventé la raison d’Etat, puis le fait du prince. Aujourd’hui, il y a la raison de l’Orias, et le fait de l’Orias !"

Les motifs indiqués par l'Orias vous semblent injustes?

G.M: Qui siège à l’Orias ? La liste des membres de la commission se réunissant aujourd’hui n’est pas communiquée mais on sait bien que, sous couvert d’être des représentants de fédérations de professionnels de l’assurance et du courtage en assurance, il doit y avoir des concurrents du groupe SFS. En leur laissant une marge d’appréciation sur tel ou tel aspect de notre dossier, alors que l’Orias ne devrait être qu’un simple registre, on leur offre sur un plateau le moyen d’éliminer un concurrent ou de le racheter à un prix moindre à la barre du tribunal de commerce… A l’époque du cardinal Armand Jean du Plessis de Richelieu, on a inventé la raison d’Etat, puis le fait du prince. Aujourd’hui, il y a la raison de l’Orias, et le fait de l’Orias !

Selon vous, qui devrait trancher ?

G.M: L’Orias devrait jouer son rôle de registre, mais pas apprécier tel ou tel aspect de notre dossier. En cas de problèmes disciplinaires, l’ACPR est compétente. Nous serions ravis que l’ACPR se saisisse de notre dossier. Nous aurions alors droit à un procès équitable, avec une procédure contradictoire, des échanges de conclusions de part et d’autre, et donc la possibilité de se défendre en connaissant les motifs nous étant opposés.

"SFS ÉTAIT UN BEAU NOM. MALHEUREUSEMENT, IL EST DEVENU COMPLÈTEMENT POURRI. MÊME SI NOUS PARVENONS À POURSUIVRE NOTRE ACTIVITÉ, NOUS NE LE CONSERVERONS PAS"

Vous avez parlé de 309 emplois à sauver. Cela signifie donc que vous employez 11 personnes de moins par rapport à fin 2017 ?

G.M: Nous avons eu 11 départs, mais pas forcément sous la forme de licenciements. Avec Antoine Guiguet, nous avons décidé de refuser toutes  les ruptures conventionnelles, quand bien même elles ont été demandées par des salariés, tout simplement parce que la  période actuelle crée une certaine sinistrose. Ceci dit, certains de nos meilleurs commerciaux sont partis. Mais tout le monde sait que la rémunération d’un commercial est basée sur une partie fixe et une partie variable… SFS France emploie 249 salariés, dont 150 commerciaux. Leurs contrats ont été transférés, fin 2017, de SFS Europe à SFS France. Et Ims Expert Europe emploie 60 salariés.

Comprenez-vous l’inquiétude que peuvent ressentir vos salariés ?

G.M: Je la partage ! Elle est tout à fait légitime quand on apprend que CBL Insurance, fournisseur à plus de 93% du chiffre d’affaires de SFS Europe puis de SFS France, est placé en liquidation provisoire. Même en supposant que que nous parvenions à trouver un nouvel actionnaire ou des accords avec des compagnies pour continuer notre activité de courtier, nous ne pensons pas qu’il soit possible de transférer 100% de l’activité du groupe SFS, surtout après la campagne de dénigrement dont nous avons fait l’objet. Dans cette affaire, nous avons été victimes de CBL Insurance.

"Dans cette affaire, nous avons été victimes de CBL Insurance"

Pourquoi ?

G.M: Cette compagnie n’a pas respecté son engagement à développer notre activité, comme prévu au moment du rachatSFS était un beau nom. Malheureusement, il est devenu complètement pourri. Même si nous parvenons à poursuivre notre activité, nous ne le conserverons pas.

Que pensez-vous de l’annonce de CBL à  propos de son intention de déposer plainte contre l’ancien propriétaire du groupe SFS ?

G.M: Au moment du processus de cession, les questions concernant les provisions nécessaires en assurance construction ont été abordées très clairement, et par une multitude de conseils, de la comptabilité, de l’assurance, de la finance, de la fiscalité, du droit… Mais CBL Insurance n’a pas respecté les provisions techniques imposées par la réglementation, Solvabilité 2 notamment. Il faut prévoir de payer les salariés comme les sinistres avec du cash, et non par la vente de produits. Comment ne pas s’apercevoir d’insuffisance de provisions de 85M ? Et je préfère ne pas parler des résultats 2016…. Et le fait que CBL Insurance prétende avoir mal apprécié le risque décennal est difficilement admissible aussi parce que cette compagnie intervenait depuis de nombreuses années sur ce type de risques.

"LE 13 FÉVRIER, VERS 5H30, LE DIRECTEUR GÉNÉRAL DE CBL INSURANCE, PETER HARRIS, NOUS A APPELÉS. IL NOUS A DIT QU’IL ALLAIT METTRE FIN À LA SOUSCRIPTION DE la branche assurantiellE CONSTRUCTION EN FRANCE"

A quel moment avez-vous été au courant des difficultés financières de votre actionnaire majoritaire ?

G.M: Le 13 février 2018, vers 5h30, leur directeur général, Peter Harris, nous a appelés, Antoine Guiguet et moi, dans nos bureaux de Luxembourg. Il nous a dit qu’il allait mettre fin à la souscription de la branche assurantielle construction en France.

Vous avez été surpris par ces difficultés financières ?

G.M: Chaque année, Antoine Guiguet et moi, nous regardions la publication des comptes annuels. Mais, sans mettre les mains dans le cambouis comptable, sans un travail d’actuaires, que nous ne sommes pas, on ne pouvait pas s'apercevoir de ces insuffisances de provisions. De même, les dirigeants d’Alpha Insurance ne s’en sont pas aperçus. Et les agences de notation financière n’ont dégradé la note de CBL Insurance que très récemment. Ce n’est donc pas le régime de la Libre prestation de services qu’il faut attaquer, mais le comportement de cette compagnie. J'en profite pour faire taire une contre-vérité : notre tarif moyen de primes n’est pas inférieur à celui pratiqué sur le marché français de l’assurance-construction. Il est même plus élevé que celui de certains organismes avec une réputation tellement bien établie que leur ratio de solvabilité a été utilisé comme modèle par l’ACPR.

"Actuellement, nous payons sur nos fonds propres les experts que nous requérons, au nom et pour le compte de compagnies d’assurance"

Comprenez-vous les inquiétudes que peuvent ressentir les assurés ?

G.M: En ce qui concerne les contrats en cours avec CBL Insurance, les assurés seront couverts puisque les organes de procédure collective veillent au grain… Actuellement, nous payons sur nos fonds propres les experts que nous requérons, au nom et pour le compte de compagnies d’assurance, pour respecter notre devoir de gestion, même si, normalement, ce n’est pas à Ims Expert Europe de régler les frais d’expertises ou de sinistres.

Par rapport aux reproches formulés par de nombreux salariés, il ressort également un manque de transparence de la part de la direction. Qu’en dites-vous ?

G.M: Avec la délégation unique du personnel de SFS ou d’IMS Expert Europe, comme avec le Comité central d’entreprise, nous échangeons en transparence totale. La transparence est, pour moi, la règle du jeu la plus absolue si on souhaite s’inscrire dans la durée. Concernant les reproches dont j’ai eu vent dans la presse, dans lequel on s’étonnait de l’absence d’Antoine Guiguet, il est évident que, lorsqu’on cherche un nouvel actionnaire ou des accords avec des compagnies pour porter un risque, on ne peut pas les trouver en restant dans son bureau !

Justement, où en êtes-vous dans ces recherches ?

G.M: Notre groupe souscrivait entre 130 et 145M€ de primes d'assurances par an. Après le 13 février, près de 25M€ de primes avec Alpha Insurance comme porteur de risques. Depuis la liquidation d’Alpha Insurance, plus rien. Dans les circonstances actuelles, il est illusoire d’espérer retrouver un porteur de risques uniques. Et quand bien même nous y parviendrions, on pourrait nous reprocher de ne pas respecter notre rôle de conseil, qui nécessite de proposer un choix entre plusieurs porteurs de risques.

Et pour un repreneur ?
G.M: Ce n'est pas simple, vu la chute de notre chiffre d'affaires. Mais nous avons des pistes, pour lesquelles je suis soumis à des accords de confidentialité.

Propos recueillis par Rémi Boulle et Eloïse Le Goff

Droit de réponse

Suite à la publication de l'article « Gérard Marichy (SFS Holding SA) : « Sans agrément, nous n'allons plus pouvoir tenir longtemps  » », la société SFS France nous fait parvenir le droit de réponse suivant.

Contrairement à ce qui a été rapporté dans l'article « Gérard Marichy (SFS Holding SA) : « Sans agrément, nous n'allons plus pouvoir tenir longtemps  » », SFS France n'a aucun accord de co-courtage avec AXELLIANCE et Groupama.

Elle dispose de différents codes chez des courtiers grossistes, dont AXELLIANCE, avec pour ce dernier un accès au tarificateur et aux assureurs qui y sont associés.

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