Gestion de sinistres - Nouvelles technologies : Avec les drones, l'expertise prend de la hauteur

Les drones font partie de ces nouveaux outils technologiques qui peuvent apporter des réponses concrètes aux experts et aux assureurs en matière de gestion de sinistres.


Bâtiment effondré, inondations importantes, coulée de boue, émanation de produits toxiques, dégâts portant sur des équipements en hauteur... l'intervention des experts sur un site sinistré est parfois conditionnée à la mise en place d'infrastructures lourdes (grue, échafaudage, etc.) ou à la levée de mesures de sécurité. S'affranchir de ces contraintes leur permettrait bien souvent d'avancer plus rapidement sur un dossier et de réduire la facture. Les drones, dont l'utilisation n'est plus limitée à un usage militaire, leur offrent cette possibilité.

Déjà utilisés dans le civil par des industriels pour des opérations de maintenance, par exemple, ces aéronefs sans pilote embarqué, équipés de caméras ou autres capteurs, commencent à susciter l'attention du monde de l'expertise. Leur utilisation a d'ailleurs fait l'objet d'une conférence organisée par la Compagnie des experts (CEA) début juin. « Les drones présentent un réel intérêt pour les experts, ne serait-ce que dans le cas de bâtiments pour lesquels il existe des risques de présence d'amiante ou qui font l'objet d'un arrêté de péril », commente Olivier Gloux, vice-président délégué de la CEA chargé du pôle technique et expertise. Sur le terrain, les drones permettent dans certains cas d'effectuer rapidement une vérification essentielle au traitement d'un dossier. Olivier Gloux, qui exerce au sein de la société Vering (groupe Adenes), fait ainsi mention d'un sinistre portant sur des panneaux solaires situés sur une toiture, pour lesquels l'enclenchement ou non de la garantie dépendait du mode d'installation de ces équipements. Le survol de la toiture effectué par un drone a permis d'apporter en peu de temps une réponse sur ce point.

Vision d'ensemble pour vue imprenable

Autre intérêt de ces engins volants : avoir une vue d'ensemble d'un sinistre. Vering s'apprête ainsi à recourir à un drone pour « visualiser les dégâts occasionnés par la grêle sur une toiture de 70 000 m² », explique Olivier Gloux.

Rares sont encore les groupes d'expertise qui réalisent eux-mêmes ce type d'intervention. La réglementation en vigueur depuis 2012 se révèle très contraignante (lire l'encadré page précédente). « Mieux vaut faire appel à des spécialistes qui disposent des compétences et des habilitations nécessaires », souligne le vice-président délégué de la CEA. Par exemple, la société Studio Fly Technology, basée à Lyon, qui présentait ses prestations aux adhérents de la CEA, dispose des autorisations préfectorales pour opérer au-dessus de quatre-vingt-dix agglomérations. Comme elle, de nombreuses structures se positionnent sur le créneau des opérateurs de drones civils.

Gagner en délais et en marge de manoeuvre

Le choix d'un prestataire dépendra des applications proposées. Outre les traditionnelles photos ou vidéos aériennes, d'autres modes de capture d'information peuvent être exploités dans le cadre de missions d'expertise. Studio Fly propose ainsi des relevés photogrammétriques permettant de reconstituer une image en 3D, des photographies en très haute définition pour inspecter les détails d'un bâtiment, ou encore des prises de vue par caméra thermique pour détecter, par exemple, des défauts d'isolation. Certes, ces prestations ont un coût (de l'ordre de 500 à 1 000 € HT pour une ou deux heures de captation chez Studio Fly), elles nécessiteront des réunions de préparation et des repérages et ne pourront pas être réalisées en cas de météo défavorable (vent fort). Mais compte tenu des multiples applications existantes - sans compter celles qui restent à inventer - et des avantages qu'ils offrent en termes de délais, surtout quand ils permettent de s'affranchir d'infrastructures lourdes, les drones ont de l'avenir dans le domaine de la gestion de sinistres.

UNE RÉGLEMENTATION CONTRAIGNANTE

La France a été l'un des premiers pays à réglementer l'usage des drones civils. La conception de ces aéronefs sans pilote embarqué, leurs conditions d'emploi sur le territoire et les capacités des opérateurs qui les utilisent sont encadrées par des arrêtés datant du 11 avril 2012.
- Les drones sont classés en sept catégories selon leur poids et leur puissance, qui déterminent notamment leur utilisation. Ainsi, tous les modèles ne sont pas autorisés pour un usage professionnel.
- La Direction générale de l'aviation civile prévoit quatre « scenarii de vol », qui prennent en compte, par exemple, la distance à laquelle est opéré le drone et sa zone d'intervention (peuplée ou non, etc.). À ces scenarii correspondent des obligations techniques (équipements ou mesures de sécurité, par exemple) et administratives (obtention d'une autorisation de vol auprès de la préfecture ou procédures plus spécifiques, etc.).
- Les personnes qui pilotent les drones à distance doivent au minimum avoir obtenu le volet théorique d'une licence de pilote (pilote privé, pilote de planeur ou d'ULM).
- La collecte de données via les équipements embarqués peut faire l'objet d'obligations spécifiques liées à la protection de la vie privée.

Images 3D et faisceaux laser pour une visite virtuelle

Effectuer une visite virtuelle d'un bâtiment inaccessible, c'est ce que permet l'utilisation de scanners 3D associant photographie et relevés par faisceaux laser. Intégrées dans un outil informatique accessible en mode collaboratif, comme le propose le cluster Eskal Eureka, ces représentations en trois dimensions permettent de visualiser les dommages presque in situ, mais aussi d'effecteur des mesures, de reconstituer des plans et de partager des informations entre plusieurs intervenants. De quoi faciliter la vie des experts. Associer à ces images 3D des bibliothèques de données normées générées à toutes les étapes de sa conception et de sa construction pour constituer une sorte de « carte Vitale » du bâtiment : ce projet, inscrit dans le plan Bâtiment durable, touche en premier lieu le secteur du BTP, mais intéresse aussi les assureurs et les experts. Disposer des données techniques liées à chacune des interventions sur un bâtiment permettrait par exemple de faciliter la phase de recueil d'informations essentielles à la gestion d'un sinistre, d'identifier des défauts de conception ou de réalisation...

ASSURANCE, UN CADRE QUI POURRAIT ÉVOLUER

Des garanties responsabilité civile destinées aux pilotes ou exploitants de drones commencent à voir le jour. Allianz Global Corporate et Specialty s'est lancé sur ce marché il y a un an. Mais les contrats spécifiquement conçus pour les drones sont encore rares. L'Europe pourrait changer la donne. La Commission a annoncé vouloir fixer des normes pour réglementer l'utilisation des drones. Dans ce cadre, elle se penchera sur la question de l'assurance. Le régime des aéronefs avec équipage d'une masse d'au moins 500 kg, critère qui « détermine le montant minimal de l'assurance », souligne la Commission, pourrait évoluer pour tenir compte de ces engins légers et sans pilote embarqué.

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