[DOSSIER] Grêle 2/3

Grêle : les viticulteurs, premières victimes des grêlons

Grêle : les viticulteurs, premières victimes des grêlons
GUILLAUME SOUVANT/SIPA

La grêle est un fléau pour la viticulture qui, contrairement aux grandes cultures, est très exposée et ne dispose pas de moyens de protection.

Lorsque la grêle s’est abattue sur ses vignes en ­juillet 2014, Frédéric ­Palacios n’a eu que ses yeux pour pleurer. En quelques minutes, 60 % de sa récolte était à terre. Sauvé par la solidarité et le don de raisins de ses amis vigne­rons, il a depuis décidé de mieux s’assurer. De fait, la viticulture est très ­exposée aux conséquences de la grêle, contrairement aux grandes cultures (blé, colza, maïs…) où les différentes parcelles arrivent à maturité chacune à leur tour.

« Lorsqu’on a qu’une seule culture, le moindre sinistre peut avoir un impact immédiat sur l’activité et le revenu des viticulteurs. Ces ­derniers exploitent souvent de peti­tes parcelles, avec une faible dispersion géographique » expli­que Luc Pasquier, directeur du marché agricole chez Aviva. Et Delphine Létendart, directrice assu­rances des particuliers de Groupama SA, de tempérer : « Le stade végétatif auquel sont les cultures lors de la chute de grêle est un élément extrêmement déterminant. En vigne, avant la floraison, il est parfois possible de réaliser une nouvelle taille et de réduire les conséquences de la grêle sur le ­rendement ».

Un coût encore dissuasif

Même si de nombreuses exploitations agricoles sont situées dans des couloirs de grêle, comme la Champagne et la Bourgogne, beaucoup de viticulteurs font le choix de ne pas s’assurer contre ce fléau. « Le coût d’une assurance grêle est inférieur au prix des produits phytosanitaires utilisés pour protéger les vignes des maladies. Mais dans une logi­que de « retour sur investissement », certains viticulteurs ­préfèrent ne pas se couvrir contre ce risque. Ils assurent leurs locaux contre ­l’incendie, mais n’appliquent pas le même raisonnement avec l’assurance grêle, c’est dommage… » estime Luc Pasquier, d’Aviva. Dans les faits, ce sont souvent les viticulteurs, déjà touchés une fois par la grêle qui sont le plus enclin à s’assurer, ainsi que ceux dont les vins présentent une forte renom­mée et valeur ajoutée. Les plus réfractaires à l’assurance, mais néanmoins ­précautionneux, préfèrent effectuer, chaque ­année, une DPA (Dotation pour aléa). Ils se constituent ainsi un capital sur un compte épargne spécifique, déblocable en cas de sinistre.

Frédéric Palacios, viticulteur à Arzens (Aude)

« Quand ma récolte a été ravagée par la grêle, en juillet 2014, j’étais assuré, mais mal. J’ai reçu une indemnité de 6 000 € environ, qui ne couvrait même pas mes frais d’exploitation. Grâce au soutien de mes amis et des vignerons, j’ai pu vinifier une cuvée baptisée « La part de l’Orage », à partir de dons de raisins. Après cet épisode, j’ai refait un point avec mon assureur, car je ne pouvais prendre le risque de remettre en péril mon exploitation. Comme je n’avais pas les moyens de me couvrir à la hauteur de la totalité de mon chiffre d’affaires (110 000 €), j’ai opté pour une garantie qui me couvre au prix de l’hectolitre, en fonction de l’appellation : vin de pays, vin de France et AOP. Depuis 2014, mes parcelles n’ont pas été retouchées par la grêle, mais je me sais mieux protégé. »

Assurance et prévention, pour les grands crus

Côté prévention, si les grands ­filets sur poteaux ne sont pas compatibles avec le passage des machines (enjambeurs) entre les vignes, des solutions de petits filets ont été testées, notamment dans la Loire. Mais un paradoxe surgit : alors que c’est surtout sur les cépages chers et classés que la prévention serait économiquement rentable, la réglementation leur interdit toute protection qui pourrait modifier le microclimat ou altérer les caractéristiques gustatives de l’appellation.

Cherchant une autre solution, les viticulteurs ont été les premiers à expérimenter les canons antigrêle, ensemençant de l’iodure d’argent dans les nuages pour réduire la taille des grêlons, voire les transformer en pluie. Compte tenu des moyens logistiques et de l’investissement nécessaires, les viticulteurs se sont regroupés au sein d’associations pour déployer cette technique, assez ­complexe à maîtriser. « Le problè­me est qu’on doit ensemencer les nuages en amont, dès qu’on sait qu’un orage arrive. Il faut donc anticiper de quelques heures l’averse, en ­essayant de prévoir sa trajectoire, sans réelle garantie de résultats. Prévention et assurance sont donc plus que jamais complémentaires » conclut Régis Denize, expert du secteur agroalimentaire pour le groupe Saretec.

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