Groupama-gouvernance : l'heure des comptes a sonné pour les administrateurs

Les syndicats mettent en cause les administrateurs de Groupama SA au regard de leur rôle dans les déboires financiers du groupe. La thèse de la responsabilité du seul ex-directeur général, Jean Azéma, est contestée.

L'homme aurait donc agi seul. Jean Azéma, ancien directeur général de Groupama, serait le seul responsable de la crise financière de Groupama, qui s'est notamment soldée par une perte de 1,7 Md€ en 2011. « La direction générale a manqué de transparence à l'égard du conseil d'administration », a ainsi affirmé Jean-Luc Baucherel, président du conseil d'administration de Groupama SA, lors de la présentation des comptes de l'assureur vert le 15 mars. Thierry Martel, actuel directeur général, enfonce le clou : « Le conseil d'administration n'a pas été suffisamment informé par la direction générale d'un scénario qui n'est pas loin d'être catastrophique. » « Jean Azéma était un DG autocratique, il a creusé sa tombe », note plus férocement l'un de ses détracteurs.

De nombreuses questions

Ce n'est pas la première fois que cette thèse du capitaine envoyant seul le bateau Groupama sur les récifs est avancée. Elle circule rue d'Astorg et sur le marché depuis la révocation de Jean Azéma. Mais venant directement du président du conseil d'administration, les propos prennent une autre dimension et soulèvent une série de questions. Comment, dans un groupe mutualiste revendiquant « une gouvernance originale et efficace qui responsabilise chaque acteur », 1,7 Md€ de pertes a pu échapper à la vigilance des administrateurs ? Comment le conseil d'administration a-t-il pu laisser une part aussi importante dans des actions stratégiques du type Veolia et Société générale, alors que l'ensemble du marché réduisait son exposition ? Quel a été, au final, le véritable rôle des administrateurs dans ce scénario « catastrophe » ? Quelle est leur part de responsabilité ?

C'est précisément le problème que soulève le comité d'entreprise de l'UES Groupama-Gan dans son rapport remis au conseil d'administration le 23 mars. « Le rapport pointe la responsabilité des administrateurs, leur demande plus précisément quels enseignements ils tirent de leur échec, quelle posture ils comptent prendre demain au regard de leurs responsabilités passées », explique un représentant de la CFDT.

« En contradiction avec les intérêts collectifs »

C'est aussi le sens de la lettre ouverte de la CGT aux caisses régionales de Groupama le 21 mars. « C'est une responsabilité collective à laquelle nous sommes confrontés et donc il serait vain de chercher à s'exonérer », écrit notamment le syndicat dans son courrier avant d'ajouter à l'égard des administrateurs des caisses régionale : « Vous avez également perdu une part toujours plus importante de vos prérogatives institutionnelles vis-à-vis d'une technostructure alimentée par une primauté d'ambitions personnelles en contradiction avec la valorisation des intérêts collectifs de la communauté dont vous êtes les représentants élus. »

En effet, aujourd'hui, tous les présidents de caisses régionales sont membres du conseil d'administration de Groupama SA, qui valide les orientations stratégiques de l'ensemble des entités du groupe. Et difficile d'imaginer qu'ils n'aient pas été au courant de tout ce qui s'est passé, selon ce proche du dossier qui connaît parfaitement les rouages de Groupama : « C'est loin d'être la faute d'un seul homme. Les caisses régionales étaient informées directement via leurs administrateurs au conseil d'administration. D'ailleurs, l'intégralité des directeurs généraux des caisses étaient aussi systématiquement réunis par Jean Azéma avant chaque conseil d'administration. Il a toujours informé le conseil. Qu'il soit jugé comme un patron autoritaire qui ne tolérait pas que l'on discute ses décisions, oui. Qu'il soit aujourd'hui le seul responsable dans cette dérive, non. »

LA CGT ÉCRIT AUX CAISSES RÉGIONALES

- Dans un courrier aux caisses régionales en date du 21 mars, le collectif de la CGT écrit notamment : « Cette confiance que vous avez accordée ou plus gravement ce soutien que vous avez apporté à certains " capitaines " aura généré et favoriser l'éclosion de la situation dans laquelle nous sommes à ce jour. Une situation qui ne peut s'expliquer par la seule action d'un dirigeant, de sa cour ou de la crise économique généralisée ».

« L'histoire du groupe »

De plus, la gouvernance de Groupama a été conçue pour justement éviter ce type de dérive autocratique. « Fidèle au principe de responsabilité partagée inscrite dans ses origines, le conseil d'administration a opté pour la dissociation des fonctions de président et de directeur général », peut-on lire dans des documents internes relatifs à la gouvernance.

Bref, Jean Azéma seul responsable du naufrage, la ficelle est un peu grosse. Les administrateurs sont donc aujourd'hui directement dans le collimateur des organisations syndicales, mais pas seulement. Tout ce débat sur la gouvernance pourrait rejaillir sur un homme, Jean-Luc Baucherel, président de la Fédération nationale Groupama, mais aussi du conseil d'administration de Groupama. De là à penser que, après la crise financière, Groupama pourrait connaître une nouvelle crise à venir, politique celle-là, il y a un pas que ce cadre en interne n'hésite pas à franchir : « Un certain nombre de caisses régionales guettent le départ de Jean-Luc Baucherel. Il était au courant, il ne peut pas se dédouaner de la sorte aujourd'hui. D'ailleurs, il est difficile d'imaginer que lui et Jean Azéma ne communiquaient pas quand on connaît l'histoire du groupe. »

En effet, en 2004, Jean Baligand, alors président de Groupama depuis huit ans, avait dû jeter l'éponge officiellement pour « raisons personnelles et familiales ». Il avait été remplacé, à la suite d'une fronde des administrateurs, par l'actuel président. « Or, à l'époque, se souvient ce cadre, Jean-Luc Baucherel avait pu compter sur le soutien d'un homme à ses côtés : Jean Azéma. Une démission de Jean-Luc Baucherel ou un renouvellement du conseil d'administration ne sont pas des hypothèses farfelues. Et ce ne serait pas la première ni la dernière " révolution de palais " chez Groupama »...

LES DIRIGEANTS DES CAISSES RÉGIONALES MAJORITAIRES AU CONSEIL

Composition du conseil d'administration de Groupama SA

Président

Jean-Luc Baucherel, président de la Fédération nationale Groupama, et président de Groupama Loire-Atlantique

Administrateurs représentant l'actionnaire de contrôle

Jean Baligand, président de Groupama Rhône-Alpes-Auvergne

Jean-Marie Bayeul, président de Groupama Centre-Manche

Michel Baylet, président de Groupama Centre-Atlantique

Annie Bocquet, présidente de Groupama Nord-Est

Amaury Cornut-Chauvine, président de Groupama Méditerranée

Jean-Yves Dagès, président de Groupama d'Oc

François Desnoues, président de Groupama Val-de-Loire

Michel Habig, président délégué de Groupama Grand Est

François Schmitt, président de Groupama Grand Est

Jérôme Zanettacci, président délégué de Groupama Méditerranée

Administrateurs indépendants

Anne Bouverot, directrice générale de GSMA à Londres (association mondiale des opérateurs mobiles)

Marie-Ange Debon, directeur Suez environnement

Caroline Grégoire Sainte Marie, président de Frans Bonhomme 

Philippe Vassor, président de Baignas SAS

Administrateurs représentant les salariés

Maria Frigara Brigitte Homo

Le conseil d'administration de Groupama SA a pour mission de déterminer les orientations de l'activité de Groupama SA et de veiller à leur mise en oeuvre. Tous les présidents des caisses régionales en sont membres, la société étant propriété à 100% des caisses.

 

Emploi

KAPIA RGI

Chef de Projet Assurance-Vie H/F

Postuler

KAPIA RGI

Ingénieur Développement PHP5/ZEND (H/F)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Groupama-gouvernance : l'heure des comptes a sonné pour les administrateurs

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié