Insurtech : les jeunes pousses fleurissent au Royaume-Uni

Insurtech : les jeunes pousses fleurissent au Royaume-Uni

Leader en matière de fintech – start-up dans le domaine de la finance – la capitale britannique progresse plus lentement dans l’éclosion de jeunes entreprises dédiées à l’innovation dans l’assurance.

Depuis quelques mois, l’insurtech – nom donné aux start-up de l’assurance – enregistre un frémissement d’intérêt outre-Manche. Depuis qu’en novembre 2015, le Lloyd’s, institution de l’assurance londonienne, a organisé un séminaire sur le sujet en promettant de s’ouvrir à l’innovation technologique, « l’insurtech commence à bénéficier d’une certaine reconnaissance sur la scène britannique », relève Paolo Cuomo, responsable des opérations au sein de Charles Taylor Managing Agency. « En 2014, nous n’étions qu’une poignée de personnes à nous pencher sur ce sujet. L’année suivante, nous avons commencé à organiser des rencontres informelles, puis des formules pl u s sophistiquées avec des pitchs de start-up ou, à l’inverse, des présentations de leaders de l’assurance sur leurs besoins », poursuit Paolo Cuomo. Ce dernier est aussi cocréateur du mouvement InsTech London, un forum sur l’innovation en matière d’assurance qui rassemble aujourd’hui plus d’un millier de membres, dont une grande majorité âgée de moins de 35 ans.

Londres, e-place financière et assurantielle ?

D’autres initiatives ont suivi comme celle de l’accélérateur Bootcamp qui a organisé à Londres un événement en avril. Plus de 600 personnes se sont déplacées pour découvrir 10 start-up spécialisées dans l’assurance. « Londres a déjà prouvé sa place de leader mondial dans la fintech. Le Royaume-Uni est un acteur dominant dans l’assurance, pourquoi pas en insurtech ? », s’interroge Paolo Cuomo.

Lentement mais sûrement, les relations entre start-up et grands noms de l’assurance se tissent, outre-Manche. La jeune pousse londonienne Brolly (littéralement : pépin, parapluie) a ainsi noué des partenariats avec quatre assureurs, dont Hiscox et évoque une dizaine d’autres accords dans le tuyau. Son offre ? Un conseiller-robot disponible sur smartphone qui utilise les ressources de l’intelligence artificielle pour gérer les polices d’assurance d’un client. « Il y a vingt ans, l’assureur gérait l’ensemble des polices. Aujourd’hui, face à la complexité de cette tâche, Brolly a son rôle à jouer », expliquait, début septembre, Phoebe Hugh, directrice générale et cofondatrice de cette société devant un parterre d’investisseurs au siège de Facebook. Quinze jours après le lancement de l’application sur l’AppStore mi-août, la start-up revendiquait l’enregistrement de 350 clients, soit quelque 200 000 livres de primes…

Autres exemples : les entreprises londoniennes Cocoon et Apply- Parking qui ont séduit Aviva Ventures, le fonds de capital-risque d’Aviva, dont l’enveloppe d’investissement est de 100 M£ (111,2 M€) sur cinq ans. La première développe un dispositif de sécurité capable d’alerter les habitants de bruits inhabituels tandis que la seconde est une application destinée à montrer au conducteur les options de parking dans les plus grandes villes au Royaume-Uni. Également basée à Londres, la plateforme d’apaisement du stress BioBeats, a, autre fait significatif, levé 1,6 M£ (1,8 M€) auprès de White Cloud Capital, Axa Strategic Ventures et IQ Capital…

Robin Merttens, spécialiste de l’innova tion dan s l’assurance
« Plus habitués à l’analogique qu’au numérique »

  • Quels sont selon vous les freins à l’accélération de l’insurtech outre-Manche ?
    Le secteur de l’assurance est encore dominé par des dirigeants habitués à l’analogique plutôt qu’au numérique. La barrière est culturelle. Pour soutenir le développement de l’insurtech, il est nécessaire de procéder à une révolution en profondeur qui ne se limite pas à un changement de look au sein de l’entreprise. Il faut inscrire cette révolution dans l’ADN d’une société.
  • Comment analysez-vous l’approche des start-up en matière d’insurtech ?
    Il y a encore un an, les start-up voulaient agir en disrupteurs. Ce discours a évolué et il est de plus en plus question de collaboration. À l’origine de ce glissement : le manque d’investissements nécessaires aux jeunes pousses pour recruter de gros calibres.

L’ouverture internationale

Mais l’innovation ne s’arrête pas à Londres : « Depuis la création de notre entreprise à Sheffield il y a cinq ans, nous sommes passés de 3 à 70 personnes et avons noué des relations avec une vingtaine d’assureurs mondiaux », confie Aldo Monteforte, DG et cofondateur de The Floow. Spécialisée dans la télématique, sa start-up collecte, gère et analyse des millions de données relatives à la mobilité, la vitesse ou encore le temps de trajet d’un automobiliste afin d’améliorer la gestion de sinistres. Le start-upeur espère nouer une centaine de partenariats avec les grands assureurs internationaux. « Le succès de ces start-up s’explique par leur spécialisation dans un domaine d’expertise qui séduit les compagnies sur tous les continents », avance Paolo Cuomo.

Pêle-mêle : Internet des objets, télématique, robotique, drones, intelligence artificielle, blockchain… Et pour dénicher les meilleures entreprises dans ces domaines, la prospection est mondiale. Les assureurs – y compris britanniques – n’hésitent pas à franchir l’Atlantique. Fin août, Aviva a, ainsi, noué un partenariat avec l’accélérateur Plug and Play, situé dans la Silicon Valley. « Nous disposons déjà de deux Aviva Garage (ndlr : centre d’innovations dédié au numérique) à Londres et à Singapour », raconte Paul Heybourne, responsable de l’innovation numérique au sein de la compagnie, « or, nous n’avions aucune opération dans la Silicon Valley, ce centre névralgique de la technologie ». Des salariés d’Aviva auront aussi l’occasion de s’y rendre pendant trois mois. Une initiative accélérant la transformation culturelle de l’assureur. Essentielle pour que Londres légitime sa place. « Les entreprises avec lesquelles nous interagissons à Londres sont dotées d’une expérience et de connaissances plus approfondies dans le domaine de l’assurance que celles présentes dans la Silicon Valley. Mais c’est un phénomène culturel : l’appréciation de la technologie dans la Silicon Valley y est très développée et depuis très longtemps », estime, en effet, Tom Hutton, directeur général d’XL Innovate, le fonds de capital risque de XL Catlin (n° 1 du Lloyd’s), basé en Californie. En activité depuis un an et demi, la structure a investi dans 8 start-up à travers le monde. Et au mois d’août, elle a investi dans l’assureur peer-to-peer américain Lemonade dont l’ambition n’est ni plus ni moins que de réinventer le modèle économique de l’assurance.

2016, un bon millésime pour l’insurtech mondiale

Depuis le début de l’année, les réassureurs et assureurs mondiaux ont finalisé 55 transactions (1) dans des compagnies technologiques. Et si le rythme ne faiblit pas, l’année pourrait même se terminer par un total de 75 transactions contre 4 en 2013 ! Les deuxièmes tours de financement ont mobilisé plus d’un tiers des investissements (36 %) tandis que les « graines » de start-up et les premières levées de fonds ont représenté, chacun, 23 % de l’ensemble. Sont accompagnés : Notion, un système de surveillance sans fil pour la maison (XL Innovate et Liberty Mutual Strategic Ventures), BioBeats, une plateforme d’apaisement du stress (Axa Strategic Ventures), ApplyParking, une application sur les places de parking (Aviva Ventures) et la place de marché Bunker (Hiscox, American Family Ventures). Depuis 2012, la ventilation géographique est favorable aux start-up américaines qui ont enregistré 72 % des deals. Derrière, la Chine, le Royaume-Uni et la France s’arrogent respectivement 12 %, 6 % et 3 % des transactions.
1. CB Insights.

Le succès de ces start-up s’explique par leur spécialisation dans un domaine d’expertise qui séduit les compagnies sur tous les continents.

Paolo Cuomo, cocréateur du mouvement InsTech London

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