Jérôme Boucher (France Mutuelle) : « L'adaptabilité est une des clés de notre survie »

Jérôme Boucher (France Mutuelle) : « L'adaptabilité est une des clés de notre survie »
Siège de France Mutuelle dans le 2e arrondissement de Paris.

Monde mutualiste en recomposition, marché de la santé en mutation... Les mutuelles de taille « intermédiaire » réfléchissent à leur avenir, pour certaines, en toute indépendance. C’est le cas de France Mutuelle qui, par la voix de son directeur général Jérôme Boucher, s’adapte à ce contexte compliqué.

Comment s’est déroulée l’année 2016 pour France Mutuelle ?

L’année 2016, tout comme 2015, a été une année compliquée pour France Mutuelle comme pour le reste du marché, en raison des nombreuses mutations touchant à notre secteur d’activité. Ces réfor­mes sont notamment dues à une perception biaisée des pouvoirs publics : ils ont conservé l’idée que les marges des assureurs santé étaient trop importantes. C’est cette logique qui est à l’origine de la réforme de l’ACS, de celle des contrats séniors, de l’obligation d’affichage des coûts de gestion… et de l’invitation faite aux complémentaires santé de financer une part des négociations conventionnelles CNAM-Médecins (5 € par an et par assu­ré). Solvabilité 2 a également un impact non négligeable, nous ayant obligés à nous équiper en conséquence, d’un point de vue logiciel, progiciel et intellectuel. Cette réforme est en soi discriminante : elle coûte cher, notamment pour les petites et moyen­nes mutuelles. En 2016, nous avons, comme lors des années précédentes, dégagé un résultat bénéficiaire. Nous sommes toute­fois plus réservés pour les années à venir : le transfert progres­sif de l’individuelle à la collective rogne nos marges et accentue la volatilité de notre portefeuille de clients.

France Mutuelle, au contraire de la majorité des mutuelles, était présente sur la santé collective avant l’ANI. Quelles conséquences a eu cet accord ?

L’ANI a, sans surprise, accru la pression concurrentielle sur le petit collectif. Jusqu’à présent, toutefois, le marché a moyennement bougé : la période transitoire court jusqu’au 1er janvier 2018 et de nombreuses TPE/PME attendent le dernier moment pour « s’équiper ». Leur priorité n’est clairement pas l’assurance santé mais plutôt le carnet de commandes… L’ANI, à terme, sera-t-il étendu ? C’est un sujet d’actualité pour le nouveau prési­dent Emmanuel Macron, mais même la CPME (NDLR : Confédération des PME)est plutôt réservée… Bref, nous sommes devant un point d’interrogation géant.

Autre réforme majeure : celle des contrats responsables...

Les contrats responsables ont bien évolué depuis leur origine : ils devaient, à la base, permettre la prise en charge de prestations de prévention. Ils ont, par la suite, été « contraints » pour arriver à la mouture actuelle, incluant au passage une articulation fiscale discriminante. Ils sont aujourd’hui, compte tenu de dispositions régulant la nature des intervenants professionnels de santé, devenus incompréhensibles pour les assurés.

France Mutuelle en chiffres

  • 180 000 personnes protégées environ
  • 120 collaborateurs
  • 100 M€ de chiffre d’affaires
    Source : France Mutuelle

 

Cette réforme est pointée du doigt dans l’augmentation des restes à charge, ne pose-t-elle pas, en soi la question des surcomplémentaires ?

Cette question s’est bien sûr posée pour nous, mais elle constitue surtout une vraie source de problèmes au niveau de la gestion et du service à l’adhérent. Si l’assureur en complémentaire et celui en surcomplémentaire diffè­rent, comment ces deux concurrents peuvent-ils communiquer ? Cet empilement de couver­tures pose de nombreux problèmes de gestion et est poten­tiellement source de dysfonc­tionnements.

France Mutuelle s’est positionnée très tôt sur un segment particulier, celui des contrats santé dits « modulaires ». Où en est-elle ?

La modularité dans les contrats de complémentaire santé n’est intéressante que lorsqu’elle est intelligemment régulée. Nos premiers contrats modulaires datent de 1996. Les assurés peuvent faire évoluer les garanties, mais avec une échéance d’un an. Car la modularité « débridée » peut être une source potentielle de fraudes... Nous avons également créé la franchise cautionnée. Avec le recul, ce produit était surtout adapté pour les personnes qui avaient une bonne compréhension des modes et limites d’intervention des différents acteurs – régimes obligatoire et complémentaire – et qui en tiraient les conclusions sur le financement du reste à charge. L’offre « Reflexio Modulaire » lancée en 2016 revisite ce que nous avions initié dès la fin des années quatre-vingt-dix, pour permettre à l’adhérent de moduler ses garanties et, par exemple, de ne pas inclure l’optique dans les garanties du contrat. Cette dernière disposition (sans optique) n’est pour l’heure pas la plus souscrite, mais elle commence petit à petit à trouver un public.

Le portefeuille en individuelle de France Mutuelle est constitué de nombreux retraités, au cœur d’une réforme avortée (contrats séniors) et d’une autre en cours, autour de la loi Évin...

La loi Évin aura des répercussions sur la constitution de tous les portefeuilles séniors chez les assureurs. Ainsi, sur les trois premiè­res années les contrats entrants risquent de présenter un solde nettement moins positif que précédemment, avec vraisem­blablement, des conséquences pour l’exploitation des années suivantes. Une situation d’autant plus délicate pour des assurés au pouvoir d’achat limi­té… En individuelle, nous avons également des TNS et des fonctionnaires de la fonction publique territoriale. Ce dernier segment représente aujourd’hui environ 7 % de notre chiffre d’affai­res.

À la suite du ralentissement du marché de la santé, la majorité des mutuelles réfléchit à se diversifier sur d’autres secteurs. Qu’en est-il pour France Mutuelle ?

Notre stratégie de diversification, comme pour l’ensemble des mutuelles, inclut notamment de s’ouvrir davantage à la prévoyance (environ 2 % du CA actuel), les offres couplées santé/prévoyance étant nombreuses. Comment faire mieux avec moins, tout en conservant une relation client de qualité ? Tel est notre questionnement à France Mutuelle. Nous considérons qu’une des clés de la survie est l’adaptabilité. À cela, il convient de réduire le coût de fonctionnement de nos structures tout en élevant la qualité et la pertinence du service rendu à l’adhérent. Notre mutuelle a, à titre d’exemple, réduit ses frais généraux de plus d’un tiers en 5 ans tout en développant de nouvelles structures et en recrutant des talents nouveaux aujourd’hui nécessaires. Ce chantier est permanent. Pour continuer d’exister, il faut être considéré comme cohé­rent par le régulateur : conformité à Solvabilité 2, amélioration du taux de solvabilité, constitution de réserves prudentielles… Beaucoup de mutuelles auront, dans les prochaines années, du mal à réaliser l’ensem­ble de ces objectifs.

Le monde mutualiste est aujourd’hui un monde en recomposition. Quel avenir pour les mutuelles voulant conserver leur indépendance ?

France Mutuelle est effectivement considérée aujourd’hui comme une mutuelle de taille moyenne, mais avec une importante assise finan­cière : nous possédons en capitaux propres l’équivalent d’1,35 année de notre chiffre d’affaires annuel. Le monde mu­tua­liste se structure aujourd’hui autour de « grandes plaques tectoniques » qui, à l’instar de leurs consœurs géologiques, ont vocation à se rencontrer avec les problématiques que l’on connaît… Entre ces plaques, je suis persua­dé qu’il restera de la place pour des acteurs de taille plus modeste mais adaptables, disposant d’un personnel expert et de qualité et de moyens matériels et financiers. La taille cible d’une telle structure est aux alentours de 200 M€ – c’est notre objectif chiffré depuis un certain nombre d’années.

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