[DOSSIER] Dépendance 2/3

L'assurance dépendance peut-elle enfin décoller ?

L'assurance dépendance peut-elle enfin décoller ?

De nombreux freins, dont l’absence de politique publique, bloquent le développement de l’assurance dépendance. Les nouvelles technologies, en particulier la domotique, pourraient favoriser son essor, grâce à des services innovants.

Dix ans déjà. Et toujours rien. « Pourquoi n’est-ce jamais l’année de la dépendance ? 2007 devait être l’année de la création d’une cinquième branche de la Sécurité sociale, puis tout s’est fracassé sur la crise de 2008 », constatait, le 13 octo­bre dernier, Thierry Beaudet, prési­dent de la Mutualité française (FNMF), lors de la conférence plénière du colloque Reavie. « On n’en a plus parlé jusqu’en 2012, lorsque le candidat François Hollande a dit que 2013 serait l’année de la dépendance », rappe­lait à son côté Bernard Spitz, président de la Fédération française de l’assurance (FFA). « En 2017, il n’y a pas eu de promesses mais nous ne sommes peut-être pas à l’abri de bonnes surprises », voulait encore croire, ce jour-là, Thierry Beaudet.

Un optimisme que les professionnels de l’assurance, convaincus qu’il n’y a rien à attendre des pouvoirs publics pour la législature en cours, sont loin de partager. « Le marché manque de dynamisme », constate Nathalie Aubonnet, directrice prévoyance individuelle d’Axa France. « Les résultats en termes de commercialisation ne sont pas très positifs, alors même que nous avons lancé un nouveau produit il y a deux ans », déclare de son côté Virginie Bonnier, responsable métier santé et prévoyance chez Groupama. Seule consolation, « nous ne sommes pas les seuls assureurs à connaître cette difficulté », ajoute-t-elle.

Des fonds perdus

Le premier frein cité est l’absence de politique publique en matière d’assurance dépendance. « J’ai l’impression que le démarrage du marché ne pourra venir que d’un cadrage public, déterminant la place de l’assurance et de la solidarité intergénérationnelle, même en l’absence de cinquième risque », analyse Catherine Rouchon, direc­trice générale de Mutex, qui trace un parallèle avec l’assuran­ce vie « qui a commencé à dé­col­ler quand il y a eu un fléchage fiscal ».

Le deuxième est psychologique. « Il n’est pas évident de se projeter en fin de vie », remarque Annie Dillard, directrice marketing et communication de Prévoir. « Les Français acceptent d’aborder la mort, mais pas la dépendance », renchérit Patrick Audely, directeur distribution courtage d’Alptis. Il est vrai qu’en comparaison, le marché de l’assurance obsèques paraît florissant, avec 1,3 Md€ de cotisations annuelles. « Ces freins psychologiques sont tels qu’il est même difficile d’arriver à parler prix », ajoute Patrick Audely.

Qui plus est, nombre de clients potentiels sont réticents à investir dans une assurance « à fonds perdus » si le risque ne se réalise pas, comme l’explique Jean-François Ropelewski, directeur marketing d’AG2R La Mondiale. « Inventeur » de l’assurance dépendance en 1985, le groupe possède ses propres tables actuarielles et peut fournir des chiffres précis : l’entrée en dépendance a lieu en moyenne à 81 ans, et la période de dépendance dure en moyenne quatre ans, avec une fourchette entre un an pour les maladies de type cancer et jusqu’à cinq à dix ans pour les malades d’Alzheimer. Sur cette base, il faut donc compter 2 000 € par mois, en plus de sa retraite, pour rester à son domicile avec de l’accompagnement ou vivre en Ehpad médicalisé, ce qui équivaut, sur quatre ans, à un budget d’une centaine de milliers d’euros. « Si vous dispo­sez d’une telle somme, une rente n’est pas indispensable. Beaucoup de gens préfèrent autofinancer la dépendance via l’assuran­ce vie », remar­que Jean-François Ropelewski.

Comment surmonter de tels blocages pour dynamiser le marché ? Outre les efforts de pédagogie de leurs réseaux et des labellisations, les assureurs comptent, comme en assurance santé, sur le développement de services innovants. L’assurance dépendance n’étant pas régulée comme la santé, ils ont le champ libre : « Nous proposons, par exemple, des services d’orientation pour le choix d’un établissement avec un service coupe-file pour obtenir une place », déclare Mme Aubonnet. Prévoir mise sur la prévention : « Notre offre comprend l’accès à une plateforme d’accompagnement téléphonique avec des infirmiers sur des thèmes comme la mémoire. Les assurés participent plutôt bien à ce type de prestations et apprécient le contact téléphonique », indique Annie Dillard.

Favoriser les aidants

Autre axe de travail : l’aide aux aidants. Si tous les contrats proposent des prestations destinées à offrir du répit aux proches des personnes dépendantes, Virginie Bonnier affirme que beaucoup reste à faire. « Il faudrait pouvoir mieux organiser la venue d’un professionnel de santé au domicile. Théoriquement, cela existe. On dit qu’il suffit que le chirurgien-dentiste aille chercher une mallette spéciale au Conseil de l’ordre mais, en pratique, vous ne trouvez personne. À part les méde­cins, kinés et infirmières, les seuls qui commencent aujour­d’hui à se déplacer sont des opticiens », regrette-t-elle. Vu l’ampleur des problèmes auxquels les aidants sont confrontés, le dévelop­pement d’offres dédiées à ces derniers, ou centrées sur des servi­ces, ne serait-il pas une meilleure manière d’aborder la dépendance ? Prévoir y avait pen­sé il y a quelques années, lançant un produit dédié aux aidants qui, depuis, a été arrêté faute d’avoir trouvé sa cible. « Nous avons du mal à identifier les aidants et eux-mêmes ne se reconnais­sent pas forcément comme tels », expli­que Annie Dillard. Chez AG2R La Mon­diale, Jean-François Ropelew­ski dresse le même constat. Le produit Assurance aide aux aidants, lancé suite à une enquête des services marketing, n’a rencontré, pour le moment, qu’un « succès d’esti­me ». « Il faut que les assureurs devien­nent plus créatifs », lance Jean-François Ropelewski, qui pense déjà aux progrès de la domo­tique pour adapter le domi­cile des person­nes âgées et préve­nir la dépendance.


 

La sécurité grâce aux objets

Entre la moquette connectée capable de différencier la chute d’un objet de celle d’un être humain, ou Linky, le nouveau compteur d’EDF, il y a de quoi rêver... Dans le cas d’une personne âgée qui se lève tous les matins à 7 h, allume sa télévision à 7 h 15, puis branche sa cafetière à 7 h 30, Linky pourrait détecter une situation anormale – par exemple si aucun appareil n’est mis en route – pour déclencher une alerte. Les contrats intégreront-ils un jour de telles prestations ? « Les objets connectés vont apporter certaines solutions. Mais il faudra pouvoir mutualiser sur un grand nombre de personnes, car il s’agit de solutions coûteuses », prévient Patrick Audely.

Bref, cela reste encore très conceptuel, même si de nombreux acteurs mènent une veille technologique, entretiennent des partenariats avec des starts-up et proposent, comme Groupama avec Noé ou Axa avec Tranquileo, des services de téléassistance connectée permettant de sécuriser le maintien à domicile des personnes âgées. Mais ces services ne sont pas encapsulés dans les garanties dépendance, et représentent un coût supplémentaire pour les clients. Et ils ne le seront sans doute jamais car, avec un risque aussi long que la dépendance, prendre des engage­ments sur des prestations en nature dont on ignore le coût dans vingt ou trente ans serait beaucoup trop risqué. Les rentes reste­ront donc l’essentiel des offres. « On ne les abandonnera jamais. Il y a une douzaine d’années, quatre compagnies américai­nes ont fait faillite parce qu’elles avaient transformé l’assuran­ce dépendance uniquement en prestations », conclut Jean-François Ropelewski.

Un label pour informer et rassurer

Pour informer et lever les réticences de leurs clients potentiels grâce à des garanties lisibles, les membres de la Fédération française de l’assurance (FFA) se sont dotés du label GAD Assurance dépendance. Il est octroyé aux garanties qui prévoient, notamment, une garantie viagère, quelle que soit la date de survenance de la dépendance lourde, et un niveau minimal de la rente servie de 500 €. Quant aux modalités de revalorisation des garanties, des prestations et des cotisations, elles doivent être définies contractuellement. Le label impose aussi une absence de sélection médicale avant 50 ans (sauf invalidité ou affection de longue durée préexistante), ainsi que des conditions de maintien des droits en cas d’interruption de paiement des cotisations. Des actions de prévention ou des prestations d’accompagnement pour l’assuré ou ses proches sont aussi proposées dès la souscription.

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