L'attraction des pôles

La montée en puissance des groupes Harmonie et Istya bouscule les équilibres au sein du monde mutualiste. Maintenant qu'ils ont pris la première place du marché de la complémentaire santé, l'accord national interprofessionnel (ANI) de janvier 2013 les oblige à s'organiser pour croître en collective.

C'est une première : deux groupes mutualistes estiment avoir atteint la taille critique. Harmonie Mutuelle, du côté des mutuelles interprofessionnelles et d'entreprise, et Istya du côté de celles de la fonction publique, détiennent chacun près de 10 % du marché de la complémentaire santé, et les deux premières places du secteur. Pour autant, leur croissance n'est pas terminée, surtout pour Harmonie.

Rester dans la famille...

Sa montée en puissance a été telle que beaucoup de mutualistes ont soupçonné le groupe d'ambitions hégémoniques. Bien sûr, ses dirigeants s'en défendent, et se posent en protecteurs du mutualisme, notamment face aux groupes paritaires qui font les yeux doux aux mutuelles. « On ne peut pas rester à observer le délitement du monde mutualiste sans réagir », déclare Joseph Deniaud, président d'Harmonie Mutuelle. Pour les dirigeants d'Harmonie, la cause est entendue : oui aux coopérations entre les différentes familles de la profession, mais non aux mariages.

Ainsi, il n'est pas question d'aller au-delà d'un partenariat avec Malakoff-Médéric, avec qui Harmonie a créé le réseau Kalivia... et gagné l'une des plus grosses affaires de 2013, la complémentaire santé des 70 000 salariés de Total, avec Malakoff-Médéric pour la prévoyance. L'affaire avait alors mis en émoi le Landerneau mutualiste, et plus particulièrement l'alliance Mutex, créée par de grandes mutuelles interprofessionnelles pour s'attaquer au marché des branches et des grands comptes. Raflé à la mutuelle historique du secteur pétrolier, la MIP, et au groupe Humanis, ce contrat avait été perçu comme un coup de canif dans cette alliance.

... en offrant ses services

François Venturini, directeur général d'Harmonie Mutuelle, affirme que « la sérénité est revenue au sein de l'alliance » et que « la mutuelle n'a jamais eu la moindre volonté de faire cavalier seul ». Soucieux de jouer la carte de l'apaisement, il ajoute que « cette affaire n'a nui à personne. Certains grands clients veulent un interlocuteur, un centre d'appels et un centre de gestion uniques bien identifiés ». Et s'il est vrai que la concertation a pu être moins forte qu'il n'aurait fallu, elle sera au rendez-vous si un dossier identique se représente.

Aujourd'hui, la croissance d'Harmonie passe surtout par l'union de groupe mutualiste (UGM) Agrume Groupe Harmonie (voir schéma). Composée aux deux tiers de mutuelles d'entreprise, elle constitue le sas d'entrée dans le groupe pour des mutuelles désireuses de ne pas rester isolées sans fusionner pour autant. L'adhésion à cette UGM donne accès à une palette de services, du réseau Kalivia à la réalisation de rapports de contrôle interne en passant par de la réassurance, voire de la substitution. « Toutes les mutuelles qui souhaitent nous rejoindre sont les bienvenues », annonce Jean-Claude Albinet, président d'Agrume, qui tend notamment la main aux quelque deux cents mutuelles d'entreprise encore indépendantes. Même discours du côté d'Istya, dont le président, Thierry Beaudet, déclare que la porte est « grande ouverte pour les mutuelles de la fonction publiques qui pourraient penser qu'Istya est le meilleur endroit pour valoriser et défendre notre modèle ». Mais si de petites mutuelles de la fonction publique territoriale rejoignent la Mutuelle nationale territoriale (MNT), donc Istya, le réservoir est moindre que du côté d'Harmonie.

Toutes les mutuelles qui souhaitent nous rejoindre sont les bienvenues.

Jean-Claude albinet, président d’Agrume, Groupe Harmonie

Prêtes pour les collectives

Istya pourrait-elle se diversifier dans le secteur interprofessionnel et y affronter Harmonie ? Après tout, Harmonie a bien percé chez les fonctionnaires après l'adhésion au groupe de la Smar (ministère de l'Agriculture) et la MNAM (mutuelle historique de l'Aviation et de la Marine), qui ont fusionné l'an dernier pour constituer Harmonie fonction publique (HFP). Toutefois, Thierry Beaudet est catégorique : « Nous avons déjà des adhérents en dehors de la fonction publique, avec 230 000 personnes protégées par MGEN [Mutuelle générale de l'Éducation nationale] Filia. Mais nous sommes les spécialistes de l'adhésion individuelle dans le champ de la fonction publique. C'est notre coeur de métier et nous souhaitons que cela le demeure. »

Un positionnement qui n'empêche pas Istya de se préparer activement à l'ANI. Une structure baptisée Istya Collectives doit être créée au 1er janvier 2015, probablement sous la forme d'une société de courtage. Elle devrait rassembler les moyens et les outils que chaque mutuelle du groupe consacre au collectif. Sa pierre angulaire devrait être la Mutuelle civile de la Défense (MCDéf), qui détient les contrats collectifs de plusieurs grandes entreprises de ce secteur.

Même préoccupation du côté d'Harmonie, où 550 000 personnes couvertes en individuelle vont être concernées par la généralisation de la complémentaire santé à tous les salariés. Objectif du groupe : en retrouver autant en collective.

La porte est grande ouverte pour les mutuelles de la fonction publique qui pourraient penser qu’istya est le meilleur endroit pour valoriser et défendre notre modèle.

Thierry Beaudet, président d’Istya

Des actions en commun

Souvent considérés comme rivaux, notamment en raison à des rapports de force qui peuvent s'exercer au sein des instances de la Mutualité française (FNMF), les deux géants suivent plutôt des trajectoires parallèles. « Nous ne sommes pas en concurrence. Nous avons plutôt des convergences », affirme Joseph Deniaud, président d'Harmonie Mutuelle. De part et d'autre, on en veut pour preuve l'adhésion d'Istya à l'ACS-P, l'association créée l'an dernier par les principaux actionnaires de Mutex et ATD Quart-monde pour proposer une complémentaire santé aux personnes dans la précarité, ainsi qu'un investissement commun cette année dans les structures sanitaires de la FNMF, à hauteur de plusieurs millions d'euros, en Bourgogne.

OÙ IRONT-ILS ?

  • Lors de son conseil d'administration du 3 septembre 2013, la Mutuelle générale (troisième mutuelle santé française, 1 Md€) devait choisir un partenaire. Deux groupes de protection sociale, Humanis et Malakoff-Médéric, restaient en lice.
  • Des interrogations subsistent sur les projets de la Mutuelle nationale des hospitaliers (MNH). Membre fondateur d'Istya, elle a quitté l'UMG un an plus tard, puis créé une société commune, Orsane, avec le groupe Pasteur Mutualité (GPM). Elle devait reprendre la Banque fédérale mutualiste (BFM), mais l'annonce de cette opération est toujours attendue.
  • Incertitude aussi quant aux intentions des mutuelles de fonctionnaires dans le périmètre des ministères de l'Intérieur et de la Défense (Groupe Intériale, MGP, Unéo), dont le projet de rapprochement a achoppé, notamment, sur des questions de concurrence et de personnes.

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