La formation dans l'assurance en plein apprentissage numérique (Dossier)

L’arrivée sur le marché des digital natives oblige les entreprises de l’assurance à revoir leur offre de formation continue, en proposant des contenus et formats pédagogiques innovants, basés notamment sur les nouvelles technologies.

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La formation dans l'assurance en plein apprentissage numérique (Dossier)

Mooc, blended learning, serious game… Depuis plus d’un an, le champ lexical de la formation continue dans l’assu­rance s’est considérablement enrichi. Issus de la langue de Shakespeare, ces mots jusqu’ici inusités ont un point commun : tous désignent les nouveaux modes d’apprentissage pratiqués dans la profession.

78,4%

Taux d’accès à une formation continue des salariés de l’assurance (+7,4 points par rapport à 2014).

15,4%

Part des formations continues dont la durée est inférieure à 1 heure. En 2007, ce chiffre s’élevait à 2,4%.

35,7 heures

Durée moyenne de formation par salarié formé (2 heures de plus qu’en 2013).

4,3%

Part de la masse salariale des entreprises d’assurance consacrée à la formation de leurs salariés. L’obligation légale est de 1,6 % portée à 2,2% dans la branche assurance.


Source : Rapport de l’observatoire sur les formations des salariés de l’assurance (Rofa) 2015.

« La formation est la déclinaison des évolutions économiques et organisationnelles des entreprises », explique un membre de la commission des affaires socia­les de la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA). Or, depuis plus d’un an, le secteur bouge. « C’est au tournant des années 2010 que la majorité de nos entreprises ont entamé leur transformation digitale. La formation n’a alors pas échappé à ce mouvement », préci­se Norbert Girard, secrétaire général de l’Obser­vatoire de l’évolution des métiers de l’assurance (Oéma), rappelant au passage que 78,4 % des salariés de l’assurance suivent chaque année une forma­tion. Bien au-delà de la moyenne interprofessionnelle estimée à environ 43,2 %.

De fait, au cours des derniers mois, de nombreux cursus liés au numérique ont été créés, aussi bien par les organismes de forma­tion que par les entreprises du secteur. En février 2015, Axa a ainsi créé une plateforme de modules intitulée « Do you speak digital ? » destinée à tous ses collaborateurs. De son côté, l’école polytechnique d’assurances (EPA) a annoncé en décembre dernier vouloir lancer en 2016 un Executive MBA de data scientist, un des métiers émergents du numérique.

Les innovations ne concernent pas uniquement les contenus traités dans les formations. Elles touchent également les outils utilisés pour suivre ces formations. « Nous sommes confrontés aujourd’hui à des vagues successives de changements, soutenus par la lame de fond que représente la transformation digitale. Du coup, les modes traditionnels de formation en présentiel ne sont plus adaptés au marché. De même que les compétences et les techniques apprises durant ces cours deviennent rapidement obsolètes. Nous devons donc concevoir de nouveaux processus, plus réactifs et interactifs », précise Nicolas Rolland, directeur culture, innovation et formation d’Axa France.

Les Mooc au top

Fini les sessions de formation qui ne pouvaient débuter que lorsqu’un nombre minimum de stagiaires étaient inscrits. Place désormais à des dispositifs de formation en ligne, accessible à tous, tout de suite, et dans lesquels tous les supports pédagogiques sont numérisés. C’est le cas des Mooc (voir lexique ci-contre), aujourd’hui en pleine expansion dans le secteur. « Grâce à ce nouvel outil, les apprenants sont plus actifs. Ils peuvent échanger en temps réel avec les autres participants. Le rôle du pédagogue ne se limite plus à réciter un cours, mais à animer une communauté virtuelle », constate William Dab, professeur du Cnam, à l’origine du Mooc « Éléments de santé de travail » conçu avec Malakoff Médéric et accessible sur Internet du 14 mars au 30 avril prochains. Preuve d’ailleurs du succès actuel des Mooc, 3 000 personnes se sont d’ores et déjà inscrites.

Une formation générationnelle

Si les formateurs sont obligés aujourd’hui d’aller sur ce terrain numérique, c’est aussi pour mieux s’adapter aux nouvelles générations qui composent le secteur. Selon le Rapport de l’obser­vatoire des métiers des salariés (Roma) 2015, 58,6 % des nouveaux entrants dans la branche ont moins de 30 ans. « Or, ces populations ont grandi avec les objets connectés : tablette, smartphone, ordinateur. Ils ont des façons de consommer l’apprentissage différentes de leurs aînés, à savoir qu’ils sont très autonomes, et n’hésitent pas à aller sur Internet pour s’éduquer. La principale question aujourd’hui est d’organiser cet accès aux savoirs, c’est-à-dire de leur apprendre à apprendre », observe Norbert Girard, de l’Oéma, citant notamment Wikipédia comme source de formation – ou plutôt d’information – pour ces digital natives. Afin de capter l’attention de ces populations, les entreprises n’hésitent pas, en tout cas, à introduire un aspect ludique à leurs formations. Depuis 2014, Axa utilise un jeu vidéo pour former les nouveaux commer­ciaux de son réseau. Dans le même esprit, Generali vient de lancer un business game destiné aux nouveaux entrants. « Ces simulations en situation de travail sont proches de la réalité opérationnelle et sont plus concrètes que des cours théori­ques. Les apprenants deviennent acteurs de leur formation », indique Sophie Jallabert, la directrice de la formation chez Generali.

Moderniser le présentiel

Reste que si les entreprises ont de plus en plus recours au numérique pour former leurs collaborateurs, c’est également pour des questions pratiques. Depuis 2014, l’organisme AF2A forme les salariés des agents généraux. Avec notamment au programme, des classes virtuelles. Pour les collaborateurs des agents, répartis aux quatre coins du territoire et pour lesquels l’éloignement des lieux de stage s’avère un frein à la formation, cette innovation est un atout indéniable. « Et pour les entreprises, le bénéfice est impor­tant puisque, grâce aux formations à distance, elles améliorent l’efficacité de la formation et en réduisent considérablement le coût : plus de frais de déplacement, d’hébergement et de nourriture pour leurs salariés », précise Norbert Girard, de l’Oéma.

Pour autant, cette déferlante du numérique dans le monde de la formation continue signifie-t-elle, à terme, la mort des formations présentielles ? « Absolument pas. Les apprenants vont toujours continuer à se voir. Le digital oblige toutefois les formateurs à moderniser leurs méthodes d’appren­tissage traditionnelles, en les rendant plus interactives et en collant aux nouveaux usages apparus avec les réseaux sociaux, au travers desquels, notamment, il est faci­le de rentrer en contact avec n’importe qui dans son entre­prise », répond Nicolas Rolland, d’Axa.

Le reverse mentoring, développé notamment à la Maif (lire L’Argus, n° 7389) s’inscrit ainsi dans cette logique de suppression des barrières hiérarchiques puisque ce sont des « juniors » qui forment les dirigeants au numérique. Le blended learning, qui mêle habilement réel et virtuel, est une autre solution développée dans l’assurance, où l’innovation est réellement en marche. Avec ou sans dimension numérique d’ailleurs, à l’instar de Covéa qui a implanté le codéveloppement (voir reportage p. 38-39). Un concept qui va très loin puisque ce nouveau type de formation se pratique… sans formateur !

Ou comment pousser à l’extrême la logique actuelle de salariés de plus en plus autonomes… et de formations de moins en moins coûteuses.

Nicole Degbo, directrice du pôle assurances au sein du cabinet de recrutement Experis Executive : «Être acteur de son développement»

  • Suivre un Mooc permet-il, à vos yeux, de renforcer un parcours professionnel ?

Absolument. En s’inscrivant à un Mooc à titre personnel, un apprenant démontre sa capacité à être acteur de son développement ; il acquiert alors de nouvelles connaissances qui peuvent lui permettre de progresser dans son poste ou de s’ouvrir à d’autres connaissances. Dorénavant, il n’est plus nécessaire d’attendre de l’entreprise qu’elle soit l’unique source de développement personnel et professionnel. Chacun peut porter une responsabilité dans sa formation. Suivre un Mooc offre l’opportunité de pouvoir s’enrichir de manière autonome et gratuite, de bénéficier également de cours dispensés dans les plus grandes écoles du monde. Ce nouveau paradigme remet en cause la notion d’élitisme et favorise l’évolution du savoir vers une commodité.

  • Est-ce pertinent d’aller vers un modèle de formations 100 % digitales ?

Je ne le conseille pas. Les entreprises devraient, à mon sens, maintenir un équilibre entre formations présentielles et distancielles, formations individuelles et collectives, ainsi que l’acquisition de savoirs et le développement de savoir-faire comportementaux (management, leadership, etc.). Ce qui implique pour les personnes formées d’avoir une vision plus globale et agile de leur carrière.

 

Do you speak digital learning ? *

  • Blended learning
    Formation multimodale qui combine apprentissage en présentiel et à distance.
     
  • Mooc
    Acronyme de Massive Open Online Course. Formation en ligne, ouverte à tous, limitée dans le temps. Au travers d’un Mooc, chaque promotion a accès à des cours rédigés, des vidéos, des Powerpoint, ainsi qu’à des espaces d’échanges interactifs.
     
  • Reverse mentoring
    Tutorat inversé au cours duquel des salariés issus de la génération Y (nés après 1980) forment des cadres dirigeants à l’utilisation des réseaux sociaux et autres outils numériques.
     
  • Serious game
    Outil de formation qui combine – comme son -nom l’indique – des aspects pédagogiques avec des ressorts ludiques issus des jeux vidéo.


* Parlez-vous le langage de la formation digitale ?

Mooc, mode d’emploi

  • Pour suivre un Mooc, il faut s’inscrire au préalable sur les plateformes qui réunissent, en ligne, les cours des organismes de formations et autres universités. Les plateformes les plus connues sont Coursera, France Université numérique (Fun) et OpenClassrooms.
     
  • L’inscription aux cours est gratuite, mais l’accès à un certificat ou un diplôme délivré par une école peut être payant.
     
  • Les Mooc fonctionnent sur le principe de session. L’apprenant ne décide donc pas de la date de démarrage des cours, comme lors d’un apprentissage en e-learning.

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