[DOSSIER] Sécurité routière : flottes d'entreprise et prévention 2/3

Sécurité routière : la prévention marque des points dans les entreprises

Sécurité routière : la prévention marque des points dans les entreprises

Alertées sur leur sinistralité par leur gestionnaire de flotte ou leur assureur, les entreprises développent des plans de prévention du risque routier. Objectif : maîtriser les coûts, notamment la prime d’assurance.

C’est un fait statistique souvent méconnu : les accidents de la route constituent la première cause de mortalité dans le cadre du travail. Sur l’ensemble de l’année 2016, 124 personnes ont été tuées au volant lors d’un trajet professionnel, selon l’Observatoire national interministériel de la Sécurité routière (ONISR). Des drames qui motivent de plus en plus de chefs d’entreprises, aidés par leur préventeur (lire l’encadré p. 37), à prendre très au sérieux le risque routier. L’enjeu est bien sûr d’éviter les accidents corporels graves, mais il s’agit aussi de réduire la fréquence des sinistres, qui coûtent de plus en plus cher aux entreprises, comme à leurs assureurs. Selon Marc Bodson, directeur général de Beltoise Évolution, l’école de conduite créée par l’ancien pilote automobile Jean-Pierre Beltoise, un sinistre coûte en moyenne 4 500 € à une entreprise.

Souvent assurées au tiers en raison du coût élevé de la police d’assurance tous risques, les entreprises dotées de flottes automobiles importantes (2 000 véhicules ou plus) doivent prendre à leur charge les réparations des dommages, provoqués bien souvent par des accidents de manœuvres causés par des salariés imprudents (lire l’encadré p. 38). Des dégradations qui risquent aussi de se répercuter, in fine, sur le prix de reprise des véhicules, la plupart des flottes étant en location longue durée. Quant au coût des dommages aux tiers en cas de sinistre responsable, il se répercute directement sur la prime d’assurance. Alertées par leur gestionnaire de flotte ou leur risk manager quant à une dégradation de leur sinistralité, les entreprises prennent le problème à bras-le-corps.

Société de services dans l’énergie disposant d’une flotte de 2 600 véhicules, Idex a ainsi mis en place, en 2010, un programme de prévention qui lui a permis de réduire pratiquement de moitié la fréquence des accidents responsables avec des dommages corporels aux tiers et, ainsi, de négocier une baisse de sa prime (lire le témoignage p.  39).

Préventeur, une fonction clé dans l’entreprise

C’est un métier qui prend une nouvelle dimension à mesure que les risques liés à la vie professionnelle se multiplient. Apparu il y a 15 ans dans les entreprises en même temps que le document unique d’évaluation des risques (Duer) – une obligation légale de l’employeur de recenser tous les risques pour la sécurité de son personnel – le préventeur, également appelé « responsable prévention » ou « responsable hygiène, sécurité, environnement » (HSE), remplit une mission : prévenir les accidents du travail. Au premier rang desquels les accidents de la route, qui représentent la première cause de mortalité dans le cadre professionnel. Le préventeur est chargé de l’évaluation des risques par métiers (commerciaux, techniciens...) et de la mise en place d’un programme de prévention. Il agit aussi bien sur l’organisation du travail, en développant la visioconférence et/ou les déplacements en transports en commun par exemple, que sur la sensibilisation des salariés par des actions de communication et de formation dédiées.

Négocier la prime

C’est son courtier, Aon, qui a sensibilisé en 2016 le spécialiste du recrutement Randstad France, qui possède une flotte de 1 900 véhicules. « Il nous a expliqué qu’il n’était pas sûr de pouvoir renégocier notre prime à l’identique pour l’année 2017. L’assureur a accepté de la maintenir en échange de la mise en place d’un plan dédié », explique Delphine Robic, responsable des services généraux du réseau Randstad France. Pour cela, l’entreprise s’est fait accompagner par un spécialiste, ECF Prévention. Elle lui adresse ses déclarations de sinistres afin qu’il procède à une analyse post-accidents et mette en place des actions ciblées (entretiens individuels, formations théoriques à la conduite et sur piste, conférences). Des efforts payants, puisque le nombre de sinistres a reculé au troisième trimestre 2017 de 13,08 % par rapport à 2016 et le taux de fréquence a chuté de 16 %.

  • 3,7 millions Le total des véhicules assurés par un contrat flotte d’entreprise en 2016, soit 7,2 % de l’ensemble du parc automobile assuré.
    Source : Fédération Française de l’Assurance
  • 801 818 Le nombre d’immatriculations de flottes automobiles neuves en 2017 dont 508 000 en location longue durée.
    Source : Observatoire du véhicule d’entreprise

Une stratégie gagnante aussi bien pour les entreprises que pour les assureurs. Alors que le coût moyen des dommages corporels ne cesse de grimper et que le ratio sinistres à primes (S/P) des contrats flottes se détériore (- 2 points en 2016 par rapport à 2015), les assureurs ont eux aussi compris l’intérêt de la prévention pour maîtriser la gravité et la fréquence des sinistres. Et ils renvoient l’ascenseur à leurs clients en prenant en compte les investissements réalisés sur ces questions lorsqu’il s’agit de fixer le montant de la prime.

Avec son entité Covea Solutions Prévention, le groupe Covéa (MMA, MAAF, GMF) propose depuis seize ans déjà des programmes d’accompagnement à ses clients. « Nous le faisons lorsque leur flotte est importante en nombre de véhicules ou qu’ils présentent une sinistralité dégradée ou préoccupante », explique Éric Lagarde, directeur des offres entreprise de MMA. Non intégré au contrat d’assurance, ce service supplémentaire vise aussi à améliorer la relation d’affaires afin de conserver les clients en portefeuille. « On ne peut pas tout régler par la prime. Nous élargissons notre palette de services pour permettre à nos clients d’améliorer leurs risques », souligne Éric Lagarde.

Relation de confiance

« Il s’agit d’être un partenaire pour les entreprises, pas seulement un régleur de sinistres », acquiesce Céline Soubranne, secrétaire générale d’Axa Prévention. « Cela contribue à créer une relation de confiance au-delà de la relation d’assurance », ajoute Johan Leonide, ingénieur prévention chez Axa France. Le département ingénierie prévention de la compagnie, dédié à l’origine aux risques industriels et incendies, a progressivement élargi ses missions pour y intégrer la gestion du risque des flottes automobiles.

« En 2014, nous avons reçu une demande très forte de la part des services de souscription qui nous ont alertés sur une dégradation de la sinistralité pour ces flottes. Auparavant, Axa France proposait un accompagnement classique par le biais de chartes prévention. Désormais, nous aidons les clients les plus en difficulté au moyen d’un diagnostic, puis d’un plan adapté de gestion du risque routier en agissant sur tous les leviers : organisation, communication, formation… », précise Johan Leonide.

Aidée par les actions de la délégation interministérielle à la sécurité routière, dont la charte lancée en octobre 2016 a déjà été signée par près de 800 entreprises en France, la sensibilisation au risque routier gagne du terrain. Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. « Toutes les entreprises ne sont pas matures sur le sujet. Certains de nos clients préfèrent encore supporter le coût des accidents plutôt que d’agir sur la prévention. Ils considèrent cela, à tort, comme une charge, plutôt qu’un investissement », confie ainsi Frédéric Martino, responsable prévention routière chez Arval, filiale de BNP Paribas spécialisée dans la location automobile longue durée.

Un problème qui se pose avec plus d’acuité pour les TPE et les PME, ne disposant pas des ressources ou du temps nécessaires. Selon un baromètre publié par MMA en mai 2017, 80 % des dirigeants de petites entreprises n’ont pas mis en place d’actions de prévention du risque routier. Pour répondre à ces besoins, les assureurs lancent donc des outils gratuits à leur attention.

MMA Prévention a ainsi conçu un MOOC (formation en ligne) clés en main permettant au chef d’entreprise de se former à la prévention du risque routier. Axa Prévention propose aussi sur son site web un outil d’autodiagnostic et un kit de communication à destination des chefs d’entreprise et finance en partie des programmes de prévention en milieu professionnel. L’entreprise devient, peu à peu, un territoire prioritaire de prévention. Au bénéfice de tous.

Le comportement dangereux des salariés au volant

Les salariés seraient-ils des chauffards qui s’ignorent ? Tous les trois jours, un conducteur se tue sur la route lors d’un trajet professionnel, selon les statistiques de l’ONISR pour l’année 2016. En cause, une prise de risque souvent excessive:

  • 88 % des sondés déclarent ainsi avoir eu au moins un comportement à risque au volant d’un véhicule d’entreprise, qu’il s’agisse de prise d’alcool et/ou de médicaments ou d’excès de vitesse, selon un sondage Ifop pour le spécialiste du suivi par GPS de flotte automobile Fleetmatics, paru en septembre 2017.
  • Pourtant, ils sont seulement 49 % à être conscients d’avoir pris un risque. Parmi les facteurs encourageant cette prise de risque, 71 % citent un retard pour un rendez-vous professionnel, 62 % un état de fatigue ou de stress et 45 % le besoin de rentrer chez eux rapidement.
  • Conduire un véhicule de fonction induirait « une forme de déresponsabilisation », juge Axa Prévention. Selon le baromètre de l’assureur, les conducteurs professionnels seraient plus nombreux à utiliser leur téléphone au volant (80 % contre 60 % pour l’ensemble des Français). Ils sont 26 % à rouler à plus de 160 km/h sur l’autoroute et 60% à ne pas réduire leur vitesse par temps de pluie.
  • En outre, 76 % des conducteurs professionnels conduisent la nuit pour de longs trajets, ce qui les expose plus fortement à un risque de somnolence.

Notre courtier nous a expliqué qu’il n’était pas sûr de pouvoir renégocier notre prime à l’identique. L’assureur a accepté de la maintenir en échange de la mise en place d’un plan de prévention.

Delphine Robic, responsable des services généraux du réseau de Randstad France

Nous proposons des solutions à nos clients lorsque leur flotte est importante en nombre de véhicules ou qu’ils présentent une sinistralité préoccupante. On ne peut pas tout régler par la prime. Nous élargissons notre palette de services pour permettre à nos clients d’améliorer leurs risques.

Éric Lagarde, directeur des offres entreprise de MMA

Nous aidons les clients les plus en difficulté au moyen d’un diagnostic, puis d’un plan adapté de gestion du risque routier. Cela contribue à créer une relation de confiance au-delà de la relation d’assurance.

Johan Leonide, ingénieur prévention chez Axa France

Le retour sur investissement est réel lorsque la hiérarchie de l’entreprise s’implique et ne se contente pas d’opérations gadgets. Un plan de prévention porte, en général, ses fruits au bout de trois ans.

Marc Bodson, directeur général de Beltoise Évolution

Certains de nos clients préfèrent encore supporter le coût des accidents plutôt que d’agir sur la prévention. Ils considèrent cela, à tort, comme une charge, plutôt qu’un investissement.

Frédéric Martino, responsable prévention du risque routier d’Arval

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