La réassurance face à l'équation de la rentabilité

La réassurance face à l'équation de la rentabilité

Excès de capital, pression tarifaire en dommages, taux bas, hausse des rétentions des cédantes... Alors qu’ils n’ont, sans doute, jamais autant cumulé de vents contraires, les réassureurs mondiaux multiplient les stratégies pour préserver leur rentabilité.

C’est un incontournable dans l’agenda de la réassurance mondiale. Comme chaque année, les « Rendez-vous de septembre » (RVS) de Monte-Carlo marquent le coup d’envoi des négociations tarifaires entre assureurs (cédantes), courtiers et réassureurs en vue des prochains renouvellements de traités en réassurance de biens et de responsabilités (property & casualty). À l’occasion de cette 60e édition, un tout nouveau tiercé de tête mondial se présente sur le Rocher, comme le révèle le Top 15 de la réassurance réalisé sur la base de l’activité 2015 par Standard & Poor’s et publié en exclusivité pour L’Argus. Avec 33 623,5 M$ de primes nettes émises, Munich Re reprend la première place du classement, fauteuil que le réassureur allemand avait perdu l’an dernier au profit de Swiss Re, dauphin cette année avec 30 442 M$ (-3,8 %) de primes nettes émises.

690,7 M$ Le recul entre 2014 et 2015 des primes émises par le Top 15 de la réassurance.

Autre nouveauté : un deuxième réassureur allemand Hanno­ver Re (16 120,7 M$, +5,9 %) se hisse à la troisième marche aux dépens de Berkshire Hathaway (13 382 M$, -19,2 %), le conglomérat nord-américain, quatrième capitalisation boursière mondia­le, aux mains du milliardaire Warren Buffett. À la cinquième place, Scor (13 110,8 M$, +6,9 %), seul acteur tricolore, ferme la marche des réassureurs dits « globaux », à la fois mondiaux et multiligne. Outre la répartition des poids lourds du secteur, le classement mondial reflète les conditions du marché, toujours aussi difficiles. La preuve : entre 2014 et 2015, le volume de primes émises par le Top 15 a reculé de 690,7 M$. Ce reflux massif s’explique par d’importantes baisses tarifaires en property & casualty observées lors des renouvellements de janvier, avril, juin et juillet 2016 : de -5 à -9 % pour les traités cat’ toutes zones confondues et entre -7 et -12 % en aviation et marine, selon les estimations de Standard & Poor’s, pour qui la tendance devrait encore s’aggraver en 2017 (lire ci-dessus). Seules les couvertures auto en Europe résistent avec des tarifs « stables à légèrement positifs ». Une analyse sectorielle que ne partage toutefois pas Denis Kessler, PDG de Scor : « Chaque société de réassurance a un portefeuille de risques spécifique, une présence géographique particulière et un mix original entre protection proportionnelle et non-proportionnelle. Attention aux commentaires généraux sur les évolutions tarifaires ».

ND : non disponible. NS : non significatif.
1. Les fonds propres ajustés totaux sont ceux du groupe dans son ensemble (réassurance + assurance primaire).
2. Le ratio combiné intègre l’activité d’assurance primaire.
3. Les primes, le résultat d’exploitation et le ratio combiné sont ceux de l’activité de réassurance. Les autres données sont celles du marché, proforma basées sur les données agrégées des différents syndicats du Lloyd’s.
4. Les primes nettes émises de l’activité réassurance correspondent à la somme des trois principales compagnies du groupe, sans ajustement de consolidation.
5. Nommée auparavant NKSJ Holdings.

Conserver sa rentabilité

D’autant que, dans ce cycle difficile marqué par un excès de capacités – fonds propres dans les bilans des réassureurs et réas­surance alternative –, les acteurs du marché ont adopté des stratégies de contournement pour préserver, bon gré mal gré, leur rentabilité : sélection des risques en portefeuille et des zones géographiques, diversification en réassu­rance vie (risques biométriques) et réorientation de la collecte vers des couvertures proportionnelles aux dépens du non-proportionnel, plus affecté par le contexte tarifaire. En revan­che, l’industrie se heurte à l’environnement de taux bas persistant, lequel continue de peser sur les rendements financiers : « Les taux bas poussent les réassureurs à être de plus en plus sélectifs. Ils vont devoir chercher ce manque à gagner ailleurs (baisse du taux de rendement financier de 60 points de base en quelques années) », note Lotfi Elbarhdadi, directeur senior groupe assurances chez Standard & Poor’s. En somme : (ré)apprendre à dégager une rentabilité technique sur son cœur de métier. Reste que l’agence de nota­tion ne se montre guère optimiste sur la capacité du secteur à adopter cette mue rapidement. Elle prévoit une poursuite de la dégradation du ratio combiné, entre 97 et 102 % à fin 2016 et entre 100 et 104 % à fin 2017.

Quant au rendement annualisé des fonds propres (ROE), il devrait atteindre un point bas entre 7 et 9 % en 2016-2017. « Un ROE faible ne signifie pas toujours des fonds propres élevés, mais peut traduire un business sous-jacent peu rentable », rappelle Lotfi Elbarhdadi.

Lotfi Elbarhdadi, directeur sénior groupe assurances chez Standard & Poor’s
« La baisse des tarifs en dommages persistera en 2017 »

  • Entre 2015 et 2016, les fondamentaux du marché de la réassurance dommages ont-ils changé ?
    Les conditions opérationnelles défavorables du secteur demeurent inchangées : une offre supérieure à la demande du fait de grosses capacités à la fois dans le bilan des réassureurs et dans les capitaux alternatifs, des cédantes qui conservent plus de rétention, une pression tarifaire de l’assurance directe, des rendements financiers faibles... À l’arrivée, la baisse des tarifs en réassurance dommages persistera en 2017, même si nous observons un ralentissement de ce rythme, de l’ordre de 0 à -5 %.
  • Ces conditions de marché difficiles peuvent-elles fragiliser la solidité financière des réassureurs ?
    Nos perspectives et nos notations sur les grands réassureurs internationaux sont stables. Nous n’avons pas de biais négatif dans la mesure où le secteur conserve une très forte solvabilité ajustée des risques. Encore plus que l’assurance directe, la réassurance est une industrie averse au risque financier. Compte tenu de passifs volatils et une exposition forte aux sinistres, ils limitent les risques financiers à l’actif.
    Propos recueillis par S. A.

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