Assurance vie : le casse-tête des fonds euros

Assurance vie : le casse-tête des fonds euros
mediaphotos PA / Getty Images / iStockphoto

Les rendements anticipés sont en baisse, mais les assureurs prévoient malgré tout un afflux sur les fonds en euros. D’autant que la Bourse se porte mal.

Après les marrons et la dinde du mois de décembre… les épargnants se demandent à quelle sauce vont être mangés leurs contrats d’assurance vie, et les assureurs font leurs comptes. Autant le dire tout de suite, ce ne sera pas fameux. Autour de 1,6 % pour les fonds en euros contre 1,8 % en moyenne pour 2017, selon les observateurs. Avec une inflation aux alentours de 1,9 %, le rendement réel est donc négatif. En cause, les données macroéconomiques et la stratégie des acteurs. « 2019 va être très compliquée pour les assureurs vie », prévient Cyrille Chartier-Kastler, fondateur du prescripteur de contrats d’assurance Good Value for Money. Pour la bonne année, on repassera… Le problème n’est pas la collecte en tant que telle, qui s’est très bien portée en 2018. Les cotisations sont en hausse, la collecte nette a quasiment triplé. Elle pourrait atteindre 25 Md€ à fin décembre, ce qui serait son meilleur résultat depuis 2010. Quant à l’encours des contrats, il s’inscrit en progression de 1 % sur un an.

Le problème tient plutôt à la nature de la collecte, toujours très orientée vers les fonds euros. La part des versements sur les supports en unités de compte (UC) est stable, après avoir bien augmenté en 2016, tandis que, sur les fonds en euros, la collecte nette devrait être légèrement positive en 2018, après avoir été négative d’environ 13 Md€, en 2018. Pour les assureurs, cela signifie qu’il faut investir aux conditions actuelles très défavorables du marché, dans des obligations à la performance très faible qui obéreront les rendements futurs des contrats.

Un casse-tête pour les assureurs, qui, dans le même temps, auront du mal à convaincre leurs clients d’investir en actions alors que 2018 s’avère la pire année pour les marchés mondiaux depuis dix ans. Le CAC 40 a cédé 11 % sur l’année. Eux-mêmes ont pu être pris au dépourvu, pour certains. « Le recul des marchés financiers va pénaliser la capacité des assureurs à doper les rendements via la réalisation de plus-values latentes », observe Gildas Robert, senior partner actuarial & financial services chez Optimind.

Mouvement de reflux

Le plongeon des marchés actions devrait également augmenter l’aversion au risque des épargnants français, qui n’a jamais disparu. « Dès qu’il y a une crise boursière, la courbe des UC fléchit. Après la crise de 2008, la part des UC dans les versements est tombée à 14 % et, aujourd’hui, nous sommes revenus au niveau d’avant-crise, en raison de la pression forte des assureurs », explique Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne. « La valorisation des UC à la fin de l’année va faire très mal, ajoute Cyrille Chartier-Kastler. Je pense qu’il va y avoir un mouvement de reflux vers les fonds en euros en 2019. » Et ça, « ce ne serait pas une bonne chose pour les assureurs et les perspectives futures de rendement des fonds en euros », avertit Gildas Robert.

En fait, les rendements réels nuls voire négatifs n’ont pas d’effet repoussoir sur les épargnants. On le voit sur le livret A, dont les excédents cumulés sont à leur plus haut niveau depuis cinq ans. Au contraire, plus les rendements sont faibles, plus cela incite certains à augmenter leur encours pour compenser la baisse de rendement.

Que faire des provisions ?

En fin de compte, pour fixer le taux des fonds en euros, les assureurs vont devoir faire un choix plus stratégique que technique. Techniquement, ils seraient en mesure de maintenir leurs taux de rendement. « Le rendement brut des actifs va s’établir à un niveau de 2,70 à 2,80 %, et les provisions pour participation aux bénéfices (PPB) atteignaient 3,58 % des encours fin 2017, ce qui théoriquement permettrait aux assureurs de doper les taux servis », explique le fondateur de Good Value for Money. Mais stratégiquement, les assureurs doivent tout faire pour éviter un afflux massif sur les fonds euros en 2019. « Dans un contexte de taux durablement bas, voire très bas, envoyer un message aux épargnants, selon lequel un placement garanti doit avoir un taux inférieur à celui de l’inflation, ne me choque pas. Cela me semble sain en termes de pédagogie », juge-t-il.

Pour cela, la première étape consiste à maintenir des taux de rendement bas sur les fonds euros. Les assureurs ne vont donc pas a priori puiser dans leurs réserves, mais au contraire continuer à les doper. Peu de chances donc, pour les épargnants, de voir se réitérer les bonnes surprises sur les taux liées à l’usage intensif des réserves, chez Cardif par exemple, l’année dernière, note Philippe Crevel. Ce sera toujours utile en cas de remontée des taux – Optimind estime que les assureurs ont besoin d’une PPB de l’ordre de 5 à 6 % des encours pour résister à une remontée des taux – ou de crise financière.

Mais cette année, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) n’y est pour rien. Elle qui préconisait ces dernières années d’augmenter les PPB afin d’accroître la résilience des assureurs en cas de remontée brutale des taux ou de prolongation des taux bas, a préféré, en cette fin 2018, appeler à la vigilance des assureurs sur les UC, leur demandant de ne pas forcer la main des assurés… Pas évident pour les assureurs de suivre !

Pourtant, la deuxième étape du plan, après l’absence d’incitation à investir sur les fonds en euros, consiste bel et bien à pousser l’épargne sur les UC. « Sur les nouvelles souscriptions, beaucoup d’assureurs refusent le 100 % en euros », rappelle Gildas Robert d’Optimind. « Les réseaux ont pour objectif de se rapprocher de 30 % d’UC. Les bons clients peuvent obtenir du 80-20. C’est devenu la norme chez la plupart des compagnies et des bancassureurs », confirme le directeur du Cercle de l’épargne. Pour amener les assurés vers les UC, certains organismes rémunèrent davantage les encours en euros des assurés détenant une proportion importante de leur épargne en UC, comme c’est le cas chez Axa.

Dilemme pour l’épargnant

Reste la question du calendrier des annonces de taux. Il ne faut pas s’attendre à beaucoup de changement par rapport à l’année dernière. Les premiers à dégainer, le 8 janvier (Covéa, Sogecap, La France Mutualiste), ont annoncé des taux inchangés, ou en baisse mais largement supérieurs à la moyenne (Suravenir / Primonial). Pour ceux qui serviraient des taux plus décevants pour les épargnants, aucune raison de tirer les premiers, tout ça pour laisser in fine les clients face à un dilemme : investir sur un marché actions qui craque, ou rester sur les fonds euros en faisant le deuil des rendements positifs.

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