[DOSSIER] Dossier : l'assurance islamique 2/4

Le développement du takaful en France coincé entre freins et opportunités (Dossier)

Le développement du takaful en France coincé entre freins et opportunités (Dossier)
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Forte communauté musulmane, culture de la solidarité déjà présente grâce aux mutuelles... Ces atouts plaident pour le développement de l’assurance islamique en France. Mais, paradoxe, ils se conjuguent également avec de nombreux freins comme la rareté de l’offre de produits.

Comme le souligne Ezzedine Ghlamallah : « La France pourrait devenir le second marché mondial pour le takaful derrière l’Arabie Saoudite ». Le courtier français spécialiste de l’assurance islamique évoque un potentiel de 3,5 Md€ de chiffre d’affaires (voir interview), soit 2 % du marché hexagonal. Et pourtant, la France n’a accueilli son premier produit takaful qu’en juin 2012, une offre proposée par SwissLife.

Trois atouts majeurs

D’abord, l’assurance takaful bénéficie d’une large base de prospects avec la présence en France de la communauté musulmane la plus forte d’Europe (41 % des Français musulmans sont pratiquants). Et, contrairement au Maghreb, elle dispose déjà d’un fort taux d’équipement en produits assurantiels. Il s’agit donc d’un marché de remplacement aisé à développer.

Ensuite, les préceptes de coopération, de protection réciproque et de solidarité des mutuelles d’assurances françaises ressemblent beaucoup au takaful. Ce mot signifie d’ailleurs « assistance mutuelle » en arabe. Les Français sont donc réceptifs à ce message éthique. Seule grande différence : la gestion des primes d’un côté, des dons de l’autre, qui va bien au-delà de la pure sémantique. Les actionnaires takaful ne doivent réaliser ni perte, ni bénéfice sur leurs opérations pour respecter les critères de non-spéculation et d’intérêts non autorisés de la finance islamique. La prime devient donc un don dans l’intérêt commun. Elle couvre les charges techniques et les frais de gestion.

Enfin, des acteurs français se positionnent en force sur ce marché. Seul problème, ils s’avèrent plus actifs à l’extérieur que sur leur marché domestique. Citons BNP Paribas qui lance une offre takaful en Algérie et donne désormais la priorité aux produits « charia-compatibles » dans sa filiale marocaine. Ou la Société générale qui, en 2000 avec Allianz, testait dans les Dom-Tom deux assurances vie takaful (Alpha Vie et Global Islamic fund platform). Avant d’y renoncer, faute de clients.

Malgré la création, en 2010 à Paris, du Cifie (Comité indépendant de la finance islamique en Europe) pour garantir le respect par les produits des principes de la charia, l’assurance islamique peine à trouver son chemin. Des freins techniques viennent faire de l’ombre aux atouts.

Un paradoxe français

En premier lieu, le manque d’acteurs et donc de produits proposés. Aujourd’hui, seules trois assurances takaful sont disponibles dans l’Hexagone : Salam épargne & placement de SwissLife, Amâne exclusive life de Vitis Life et, depuis janvier 2015, Ethra’a takaful famille du courtier grossiste Azurite courtage (en partenariat avec Atlanticlux, filiale luxembourgeoise du groupe allemand FWU AG). Ces trois intervenants ne proposent que des produits d’assurance vie. Alors que dans les pays du Golfe, terre d’excellence pour le takaful, les contrats phares concernent l’assurance auto et la santé. Une étude menée en 2015 par des étudiants de l’université de Strasbourg – l’une des deux universités françaises (avec Paris-Dauphine) proposant une formation en finance islamique –, préconise la possibilité de « créer une fenêtre takaful au sein d’une mutuelle existante, sous la forme d’un fonds séparé ». La séparation des fonds des assurés et des actionnaires est obligatoire pour le takaful. Cette solution permettrait de s’appuyer sur le succès des mutuelles sans entrer en confrontation avec ces concurrents très bien implantés en France et disposant d’un savoirfaire datant de plusieurs siècles. L’alliance d’une mutuelle avec un courtier en assurances islamiques pourrait bien offrir la formule gagnante.

En attendant, certains assureurs commencent à s’y frotter. Comme le Toulousain Jacques Cessac, par ailleurs président de la fédération méditerranéenne des courtiers en assurances (FMBA (1)). Ceci expliquant cela. « J’ai mis sur la table de la FMBA l’idée de créer une commission technique sur l’assurance islamique », indique-t-il. Si les conclusions de cette approche ne seront connues qu’en novembre 2015 à Séville, à l’issue de l’assemblée générale de la FMBA, Jacques Cessac défriche déjà le terrain avec son cabinet Overtime. « Je teste ce marché avec un apporteur d’affaires d’origine marocaine qui propose le contrat de SwissLife depuis trois mois ». Le courtier du Sud-Ouest parle d’un « bon démarrage... L’effet nouveauté joue car, même des personnes de confession non musulmane font ce type de placements ».

Ezzedine Ghlamallah reconnaît que cette « clientèle non musulmane peut être intéressée par les valeurs éthiques ou les solutions compétitives » notamment dans le cas d’une association avec une mutuelle. « De toute façon, il serait contraire à la loi française de réserver le takaful aux musulmans » souligne le courtier marseillais.

Frédéric Dubessy (Econostrum.info), à Marseille

(1) La FMBA réunit des courtiers libanais, égyptiens, algériens, marocains, maltais,espagnols, français, monégasques,
italiens et grecs. Elle prévoit d’intégrer prochainement aussi des Tunisienset se trouve en pourparlers avec Chypre et la Turquie.

La France pourrait devenir le second marché mondial pour le takaful derrière l’Arabie Saoudite.

Ezzedine Ghlamallah, courtier en assurances islamiques

Je teste ce marché avec un apporteur d’affaires d’origine marocaine qui propose le contrat de SwissLife depuis trois mois.

Jacques Cessac, président de la fédération méditerranéenne des courtiers en assurances (FMBA)

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