[DOSSIER] Conseils en gestion de patrimoine indépendants 2/4

Les CGPI s'émancipent

Les CGPI s'émancipent
CORBIS
Les cabinets de conseil en gestion de patrimoine commencent à se doter d'une société de gestion de portefeuilles. C'est une manière de moins dépendre des fournisseurs et de diversifier leurs revenus.

Cyrus conseil fait des émules. De plus en plus de CGPI se demandent s'ils ne vont pas, à l'image du prestigieux cabinet de conseil en gestion du patrimoine, se lancer dans la gestion d'actifs. « Nous avons quelques dossiers de conseillers en investissements financiers (Cif) souhaitant créer leur propre société de gestion, constate Jérémie Gouy, adjoint du responsable du département prestations de services d'investissement de l'Autorité des marchés financiers. Cela doit représenter au plus 10% des dossiers examinés par l'AMF. » Muriel Faure, vice-présidente de l'Association française de gestion financière (AFG), qui regroupe la majorité des sociétés de gestion implantées en France, souligne que « si elle est balbutiante, la tendance est bien réelle ».

Un choix élargi, une gestion assouplie

Ce mouvement est, somme toute, assez logique. « Les fabricants se sont mis à distribuer leurs produits, notamment via Internet. Maintenant, c'est au tour des distributeurs de vouloir devenir fabricants, estime Olivier Arroua, associé fondateur du cabinet de conseil Selenis. Disposer de sa propre société de gestion permet également au CGPI de marquer son indépendance à l'égard des fournisseurs. »

Au lieu de se contenter de vendre les yeux fermés une gamme d'OPCVM, les cabinets souhaitent, désormais, conseiller leurs clients en toute connaissance de cause. « Nous avons voulu faire de la multigestion pour comprendre comment les gérants réalisent de la performance et pour pouvoir, dès qu'ils sont moins performants, réallouer les actifs », explique Patrick Petitjean, directeur général de Primonial, par ailleurs président de Primonial Asset Management (PAM), la société de gestion fondée par le groupe de gestion de patrimoine en 2007.

En outre, en possédant une telle structure, les CGPI n'ont plus besoin de demander l'accord de leurs clients à chaque mouvement de portefeuille. C'est cette souplesse qui a poussé Cyrus conseil à créer sa propre société de gestion et qui pourrait convaincre Expert et Finance de franchir le pas.

Le réseau de franchises FIP patrimoine y songerait également, mais pour d'autres raisons. « Nous envisageons de créer ou d'acquérir une société de gestion d'actifs, confirme Arnaud Bayzelon, son directeur. Compte tenu du risque de disparition des rétrocessions de commissions, comme le souhaite la Commission européenne, nous devons veiller à diversifier au maximum nos revenus. » En se dotant de sa propre société de gestion, le CGPI « remonte la chaîne de valeur », selon l'expression consacrée. En clair : le cabinet n'a plus à se contenter des seules rétrocessions versées par les fournisseurs, mais perçoit les commissions dans leur intégralité. « Les CGPI sont en train d'entrer en concurrence avec les sociétés de gestion », résume un observateur.

Une aventure réservée aux gros cabinets

Toutefois, ce Graal n'est pas à la portée du premier cabinet de gestion en patrimoine venu. « Une société de gestion qui se crée doit avoir des moyens financiers suffisants pour développer son activité. En pratique, les fonds propres au démarrage se situent rarement en deçà de 250 000 à 300 000 € pour faire face aux frais généraux et, éventuellement, à des pertes, sachant que le minimum réglementaire est de 125 000 € », explique Jérémie Gouy.

Se lancer dans une telle aventure représente un engagement important pour un cabinet. « Notre société de gestion emploie six analystes, deux développeurs informatiques, deux gérants, qui assemblent les portefeuilles, et deux personnes dédiées au back-office. Sans oublier les abonnements aux diverses bases de données, énumère Patrick Petitjean, de Primonial. Il faut disposer d'au moins 500 M€ d'actifs pour rentabiliser de tels investissements. » C'est dire si le nombre de candidats potentiels est limité. « Peu de cabinets ont les moyens financiers suffisants pour lancer leur propre société de gestion. Il faut d'autant plus avoir les reins solides que les risques de défaillance demeurent importants dans ce domaine d'activité », souligne Philippe Chaumeret, le directeur général de la plate-forme Aprep diffusion, détenue par AG2R-La Mondiale.

D'une manière générale, les assureurs ne voient pas d'un bon oeil ces velléités d'indépendance. « Attention au mélange des genres. Les cabinets de gestion en patrimoine devraient veiller à ne pas trop se disperser et à se focaliser sur leur rôle de conseil », prévient Christophe de Vaublanc, directeur des partenariats et des CGPI chez Swiss Life. Comble de l'ironie : certaines compagnies pointent le danger de conflits d'intérêts dans la mesure où les CGPI pourraient être tentés de privilégier leurs fonds « maison » auprès de leurs clients.

L'AMF est pleinement consciente de ce risque, qui la pousse à multiplier les visites de contrôle. Certains assureurs menacent même de ne pas inclure dans leur OPCVM des fonds gérés par les sociétés de gestion de CGPI, au motif que la solidité financière de ce type d'acteur ne serait pas garantie. Décidément, ce n'est pas facile de gagner son indépendance...

TÉMOIGNAGE DE MEYER AZOGUI, président de Cyrus conseil

«Nous avons créé notre société de gestion d'actifs Invest AM en 2010, avec un agrément définitif le 20 décembre. Cette création répond à la demande de nos clients fortunés, qui ne souhaitaient plus devoir donner leur autorisation à chaque fois que nous opérions un arbitrage sur leurs placements financiers. Grâce à cette filiale, totalement indépendante du cabinet de gestion du patrimoine, nous pouvons proposer, à l'image de la banque privée, des mandats de gestion en compte titre ou en assurance vie. Ce service devrait nous permettre d'accompagner la montée en gamme de nos clients. C'est également une manière de créer de la valeur pour le groupe, alors que se profile un débat sur les rétrocessions des commissions des contrats d'assurance vie. Enfin, cette société de gestion permet à Cyrus conseil d'être plus indépendant de nos fournisseurs.»

Attention au mélange des genres ! Les cabinets de gestion de patrimoine devraient veiller à ne pas trop se disperser et à se focaliser sur leur rôle de conseil.

Christophe de Vaublanc, directeur des partenariats et des CGPI chez swiss Life

Testez L'Argus de l'assurance en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Le Magazine

ÉDITION DU 15 novembre 2019

ÉDITION DU 15 novembre 2019 Je consulte

Emploi

KAPIA RGI

Chef de Projet Assurance-Vie H/F

Postuler

KAPIA RGI

Ingénieur Développement PHP5/ZEND (H/F)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Assurances Risques dommages aux biens et Risques Annexes.

Ville d'Epinay sous Sénart

17 novembre

91 - EPINAY SOUS SENART

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Les CGPI s'émancipent

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié