[DOSSIER] Insurtech 2/3

Les insurtech sortent de l'ombre

Les insurtech sortent  de l'ombre

Le temps des insurtech semble bien venu avec l’éclosion de ces start-up qui pratiquent un pan du métier des assureurs. La profession porte aujourd’hui sur ces jeunes pousses, souvent inscrites à l’Orias, voire agréées par l’ACPR, un regard acéré.

En leur tendant le micro, on apprécie la portée de l’écho… « Nous souhaitons définir un nouveau paradigme sur un marché de l’emprunteur en plein bouleversement », explique le fondateur d’Utwin, nouveau e-courtier grossiste. Mais les obs­ta­cles sont à la mesure des ambitions. « On a essuyé les plâtres », raconte Louis de Broglie, cofondateur d’Inspeer, la première insur­tech française qui doit relancer, en mai prochain, son concept axé sur la distribution de produits d’assurances à des commu­nautés, notamment celle des conducteurs de véhicules électriques. « La plupart meurt avant d’atteindre le premier finan­cement », témoigne David Gascoin, dont l’application CBien a eu la chance de séduire Matmut, Macif, Maif et Covéa.

Les insurtech s’affirment

Nombre de jeunes pousses, soute­nues par diverses aides à la création d’entreprise et leurs propres ressources misent gros … cette année. Muées par la conviction qu’il faut digitaliser l’assurance, ces insurtech lèvent aujourd’hui suffisamment la tête pour qu’on les distingue parmi la foule des fintech. « Beaucoup d’insurtech se substituent aux assureurs dans la chaîne de valeur sur la partie conception de produits et distribution, se positionnant ainsi comme des courtiers digitaux. Elles ont pris de l’avance dans le domaine des parcours clients, des objets connectés, des technologies digitales ou de la comparaison d’offres et de tarifs, se mettant ainsi au service des assureurs comme intermédiaires ou fournisseurs de solutions », explique Christophe Angoulvant, directeur associé sénior du cabinet Roland Berger.

L’émergence remonte à deux ou trois ans, mais la gestion des projets laisse présager d’une éclosion fleurie. « Aujourd’hui, une vague importante est en train de déferler sur le monde de l’assurance et de la finance », assure Bernard-Louis Roques, directeur général de la société de gestion de fonds Truffle Capital, qui a créé, en juin 2015 un incubateur dédié aux fintech et aux insurtech. Le bilan est très positif. « Nous allons chercher les meilleurs talents pour développer les meilleures idées avec les meilleures technologies », résume cet ancien entrepreneur qui voit défiler presque toutes les sociétés d’assurance dans ses locaux rue de La Baume, à Paris. Hébergées par l’incubateur, Makazi (data management platform), Wizipay (carte cadeau numérique) Credit.fr (crowdlending), Smile&Pay (termi­nal de paiement) ou en­co­re Paytop (compte multidevi­se) se portent bien.

Des insurtech dans la cour des grands

Les deux dernières start-up affi­chent même une personnalité politique à leur organigramme. L’ex-ministre Éric Besson siège au comité de surveillance de Paytop et Renaud Dutreil, également ancien ministre, préside Smile & Pay. « Une gouvernance de grande stature ouvre les portes… », glisse Bernard-Louis Roques dont les pépites sont convoitées. À peine sortie de l’incubateur en ­décem­bre 2016, Denyall, spécialisée en cyber-­sécurité, a été achetée par le fabricant d’équipement de test et de mesure allemand Rohde Schwarz. Avec à la clef une jolie culbute financière pour Truffle.

« Notre modèle nous permet d’avoir un prix de revient six fois moindre et nous prévoyons que les start-up atteignent la rentabilité en moins de 5 ans. On peut construire dans un temps court des sociétés qui deviennent de véritables champions sectoriels, car l’industrie de l’assurance est en phase disruptive », témoigne le directeur général de l’incubateur, qui entend développer près de 15 nouvelles insurtech dans les années qui viennent en levant un nouveau fonds de 150 M€. Favoriser « l’émergence » de l’assurtech : c’est précisément la mission à laquelle s’attelle, depuis 2010, le pôle de compétitivité Finance Innovation.

L’État se penche sur le phénomène…

La structure soutenue par l’État a même créé un label « assu­rance » à cette fin qui totalise 70 projets labellisés (BPSIS, Nexyad, SPS, Otherwise, Dreamquark, +simple.fr, MedecinDirect…). « Ces insurtech basées sur les nouvelles technologies de type big data, machine learning et l’intelligence artificielle ont la volonté de répondre aux nouveaux usages et permettront donc aux assureurs de rénover et moder­niser leur rela­tion client », affirme Nicolas Ferreira, le secré­taire général du pôle de compétitivité. Pour ce faire, Finan­ce Innovation vient de lancer le Programme Fintech Fastrack. « Nous avons noué des accords avec d’importants intégrateurs SSII qui aident les Insurtech à déployer et faire monter en puissance leur solution au sein des groupes d’assurance », énonce Joëlle Durieux, directrice générale de Finance Innovation.

… les assureurs aussi

Bien vu, car de leur côté, les assureurs semblent mûrs. À la tête de l’accélérateur d’Allianz, basé à Nice, Sylvain Theveniaud ne tarit pas d’éloges à l’égard de Digital­Fineprint (optimisation de la conversion de vente d’assurances en ligne) et de Spixii (chatbot) qui s’y sont développés. « Ce qui compte, ce sont les usages que nous pouvons cocréer avec les insurtech au service de nos clients. »

Même son de cloche chez Natixis Assurances qui commen­ce à échanger avec ces nouveaux acteurs. « Nous cherchons auprès d’eux la technologie et l’approche qui contribueront pour partie à améliorer significativement notre expérience client », relate Karim Zemouli, responsable du département distribution études et innovation, métier non-vie de la filiale du groupe BPCE.

Quel modèle économique, pour quel partenariat ?

Certains, comme Maif, se sont carrément dotés d’un fonds d’investissement. Fort de 125 M€, Maif Avenir accompagne déjà 30 start-up. « Nous regardons de près les deux ensembles que sont les fintech et les insurtech car notre chaîne de valeur est impactée par les unes et les autres », commente Romain Liberge, chief digital officer de la Maif, mutuelle qui a travaillé avec Inspeer, CBien, promeut Mesdepanneurs.fr et a développé Nestor, sa propre néobanque, en utilisant la plateforme de l’agréga­teur bancaire Linxo.

« Il faut s’attendre à une hybridation d’acteurs traditionnels et de nouveaux acteurs », ajoute le CDO de la Maif. Sans angélisme et prospectif, il estime que « les insurtech constituent un sujet de place pour nous à l’heure où les réassureurs et les Gafa entrent au capital de plusieurs d’entre elles ». C’est, en effet, le cas, outre-Atlantique, de la jeune compagnie d’assurance collaborative Lemonade, financée par Munich Re et Google. Ce réassureur a créé en mai dernier une structure de capital-risque Digital Partners et se montre très actif, avec le financement de Wrisk (assurance auto et habitation sur mobile) ou encore Trov (assurance à la demande). Swiss Re a également lancé son accélérateur en mai, investissant dans Digi.me (big data) et Sharecare (e-santé), et Hannover Re s’est engagé auprès de Sureify et Ladder… deux insurtech. De là à écarter les assu­reurs ? Pas pour Scor en tout cas dont l’appui opéra­tionnel revient auprès de WeCover (assurance auto collaborative) a déjà suscité des interrogations.

« Nous les avons accompagnés en tant que courtier, dans la struc­tura­tion d’un projet industriel qui pourrait être utile à nos clients, les assureurs traditionnels. Scor n’est pas présent au capital de WeCover », insiste Laurent Rousseau, directeur de la souscription pour les traités P&C de la région EMEA chez Scor. Entre bulle et emballement, les insurtech font donc bouger les lignes… Avant de céder, à leur tour, leur place à une autre vague déjà attendue : celles des RegTech, des start-up positionnées dans les technologies de la réglementation.

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