Les nouvelles frontières de l’e-santé

Les objets connectés et les applications mobiles investissent le terrain de la santé et du bien-être. Le Conseil de l’ordre des médecins et la Cnil restent vigilants.

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Les chiffres donnent le tournis : 15 milliards d’objets connectés sont en circulation à travers le monde. Ils seront probablement cinq à six fois plus nombreux dans cinq ans. Sigfox, la start up toulousaine spécialiste de la connectivité des objets, vient de lever 100 M€ pour accélérer son développement international. Demain, tous nos objets seront connectés : de la voiture qui se conduit toute seule aux vêtements maintenant le corps à une température constante en passant par le collier pour chien capable de mesurer sa faim et son bonheur…

La santé et le bien-être sont des champs d’investigation particulièrement féconds. C’est ainsi qu’un vrai sportif ne peut plus courir sans son bracelet mesurant les distances qu’il parcourt, la longueur de ses foulées, son rythme cardiaque, ses dépenses caloriques, l’historique de ses entraînements... S’il lui permet de partager ses performances sur les réseaux sociaux, c’est encore mieux !

82 % des patients atteints de maladies chroniques ou d’affections de longue durée estiment que les objets connectés devraient être pris en charge par les complémentaires santé, contre seulement 53 % des médecins.

Source : « Baromètre Santé 360 » par Odoxa pour Orange et MNH.

Plus qu’une mode…

Simples gadgets ? Bien sûr que non : les trackers d’activité peuvent aussi mesurer et analyser votre poids, votre indice de masse grasse, votre rythme cardiaque, votre taux de glycémie, votre capacité respiratoire, la qualité de votre sommeil, votre niveau de stress… Ils aident ainsi les patients à mieux vivre avec une maladie chronique : les tensiomètres et les glucomètres (mesurant le taux de glucose des personnes atteintes de diabète) sont en plein développement.

Le cabinet américain Research2guidance estime que le marché mondial de la santé mobile repré­sentera plus de 23 Md€ en 2017 : c’est 11 fois plus qu’il y a deux ans ! La santé mobile ne repose pas seulement sur les objets connectés : les applications mobiles sont également en plein boom. Il en existerait plus de 100 000 à travers le monde.

Sept millions de Français sont déjà des adeptes de la santé mobile (1). Notamment les patients atteints de maladies chroniques : un tiers des « mobinautes » seraient concernés par le diabète, les maladies cardiovasculaires, l’insuffisance rénale, l’asthme… Des milliers d’« applis » ont été conçues pour les aider à gérer leur régime alimentaire, suivre leur traitement, répondre à leurs interrogations, enregistrer l’évolution des indicateurs de leur maladie…

Néanmoins, il en reste encore beaucoup à inventer : seulement 22 % des mobinautes français ont déjà téléchargé une telle appli ; si les autres ne l’ont pas (encore) fait, c’est parce qu’ils n’ont pas trouvé celle qui correspond à leurs attentes. Du reste, plus de la moitié des mobinautes santé atteints d’une maladie chronique aimerait que leur médecin leur conseille des « applis santé ».

Ce n’est pas encore gagné : bien que la quasi-totalité des médecins aient un usage professionnel de leur smartphone, ils restent sinon réticents, du moins attentistes face au développement de la santé mobile. « Les médecins ne sont pas moteurs dans la diffusion de ces nouveaux outils », constate Jacques Lucas, vice-président du Conseil national de l’ordre des médecins et délégué général aux systèmes d’informations en santé.

Guillaume Marchand parle même de « réticences culturelles ». Il sait de quoi il parle : lui même médecin psychiatre, il a cofondé et préside DMD Santé, une plateforme collaborative d’évaluation des dispositifs de santé mobile (appli et objets connectés). « On attend encore le socle scientifique validant la pertinence de ces outils », reconnaît-il.

à défaut de convaincre le corps médical, DMD Santé a pris le parti de guider les utilisateurs dans cette nouvelle jungle qu’est la santé mobile : « Il est primordial de créer de la confiance. Elle ne se développera que par l’évaluation des applications mobiles et des objets connectés de santé par des professionnels de santé et des usagers ».

Le Conseil national de l’ordre des médecins s’est lui aussi emparé de la question en publiant un « Livre blanc de la santé connectée » où il préconise un encadrement et une régulation de la santé mobile. De son côté, la Commission nationale informatiques et liberté (Cnil) affiche une vigilance sans faille à l’égard de la protection des données de santé. L’un de ses cahiers « Innovation & prospective » était consacré l’an passé au « Corps, nouvel objet connecté ». « Le flou des frontières qu’introduit le quantified self (ndlr : littéralement « moi quantifié », ce terme désigne tous les outils de mesure des données personnelles), en permettant simultanément le développement de pratiques liées à l’hygiène de vie, qui relèvent de l’univers du bien-être, et l’émergence d’autodiagnostics et de soins, est à la fois source de questionnements et de promesses pour une nouvelle médecine 2.0 », y est-il expliqué.

Danger pour la vie privée ?

Les assureurs le reconnaissent tout à fait volontiers : il est hors de question de s’aventurer sur le terrain médiatiquement sensible des données de santé. Mieux vaut aborder l’éverest de l’exploitation des données personnelles par la face moins risquée du bien-être : d’où leur stratégie de valorisation des bracelets connectés et autres moniteurs d’activité.

La Cnil n’est pas dupe : en s’appuyant sur l’avis rendu par les autorités européennes de protection des données le 17 septembre 2014 sur l’Internet des objets, elle rappelle que « ces objets du quotidien, très proches de l’intimité des personnes, doivent rester sous le contrôle de celles-ci ».

Sabine Germain

(1) Source : Étude « à la recherche du e-patient » réalisée par LauMa communication pour Patients & Web, TNS Sofres, Doctissimo en avril 2013.

Premiers pas hasardeux pour Axa Pulse

En juin dernier, Axa France a offert un Pulse 02, le capteur de mouvements de Withings, aux 1 000 premiers clients de la complémentaire santé Modulango en proposant aux assurés ayant marché plus de 7 000 pas par jour pendant un mois de recevoir un chèque de médecine douce d’une valeur de 50 € (deux chèques pour ceux qui ont dépassé les 10 000 pas). L’opération a suscité un tollé dans l’opinion publique. « Les réactions nous ont surpris par leur virulence, observe Hervé Franck, directeur de l’activité Santé collectives d’Axa France. Est-ce parce que nous étions le premier assureur à franchir le pas ? » Cofondateur de DMD Santé, Guillaume Marchand y voit plutôt une erreur de timing : « Axa Pulse a été lancé quelques jours après la publication par la Cnil d’un cahier Innovation et prospective consacré au « Corps, nouvel objet connecté ». Il est donc difficile de tirer des conclusions de cette expérience. »

CardiAuvergne : des balances intelligentes pour les cardiaques

L’insuffisance cardiaque chronique est la première cause d’hospitalisation des personnes de plus de 60 ans. Le réseau de soins CardiAuvergne expérimente depuis 2012 le suivi à domicile de 2 000 patients ayant été hospitalisés en cardiologie. Ces patients sont équipés d’une balance connectée à une cellule de coordination qui centralise les informations transmises par la balance (poids et pourcentage de masse graisseuse) et les observations faites par l’infirmier libéral (fréquence cardiaque, tension, œdèmes). En cas d’anomalie (une prise de poids supérieure à 2 kg, par exemple, qui signale une rétention hydro-sodée), le système d’information déclenche une alerte. Ce suivi à domicile devrait permettre de réduire les décès de 20 à 30 % et les réhospitalisations de 30 à 40%.

Entreprises américaines : ruée vers le bien-être

Partant du principe que la santé des salariés est un facteur de performance, de nombreuses entreprises américaines ont distribué des bracelets connectés. C’est ainsi que le géant pétrolier BP a lancé le « million step challenge » : les salariés et leurs conjoints peuvent gagner jusqu’à 1 000 $ de crédit sur un « compte d’assurance santé » (health savings account) s’ils suivent les différentes étapes d’un parcours de santé reposant notamment sur la marche à pied. Le groupe informatique Autodesk a placé le bracelet connecté au cœur de sa stratégie de santé au travail, au même titre que les massages, les cours de gym et les programmes de régime : la moitié des salariés l’utilisent quotidiennement et en ont fait l’un de leurs sujets de conversation préférés. Quant à la start up californienne Buffer, elle a misé sur l’esprit de compétition de ses salariés en les équipant d’un bracelet connecté et en les invitant à partager leurs performances sur le réseau social interne.

iHealth Align : le nouvel ami des diabétiques

Ce glucomètre design et ultraléger permet à une personne diabétique de mesurer en temps réel son taux de glucose, d’en suivre l’évolution sur son smartphone et de recevoir une alerte au moment de ses prises de médicament. Lancé par iHealth, Align n’est encore commercialisé qu’aux états-Unis mais ne devrait pas tarder à arriver en France.

Ma Pharmacie Mobile : pour une meilleure observance

L’observance des traitements étant un véritable problème de santé publique, Pharmagest Interactive a conçu l’application « M a Pharmacie Mobile » : le patient reçoit sur son téléphone portable la posologie et les conseils d’utilisation de ses médicaments ainsi qu’une alerte à l’heure prévue de la prise. Le système de géolocalisation lui permet également de repérer la pharmacie de garde la plus proche. Cette appli a été téléchargée par 160 000 patients.

Bougez avec Arthmouv

Cette application conçue par le groupe Sanofi-Aventis est destinée aux patients souffrant d’arthrose du genou : ArthMouv leur permet d’évaluer le niveau de leur douleur, présente des exercices physiques adaptés à leur situation, les aide à gérer leur agenda médical et répond à toutes leurs questions relatives à cette pathologie et sur l’attitude à adopter pour mieux vivre avec.

Smart Body Analyzer : la balance à tout faire

La balance reste le must des objets connectés. Smart Body Analyzer, de Withings, est l’un des pèse-personnes proposant le plus de fonctionnalités : il quantifie le poids, mais aussi l’indice de masse corporelle, le ratio masse grasse/ masse maigre (qui aide à cibler les « bons » kilos), le rythme cardiaque et le taux de CO2 dans la pièce. Ces données sont synchronisées après chaque pesée sur l’appli mobile qui propose un suivi hebdomadaire.

Laissons au marché le temps de s’approprier les objets connectés. Pas parce qu’ils sont follement innovants mais parce qu’ils peuvent avoir un impact considérable sur l’organisation de notre système de soins.

Guillaume Marchand, médecin et cofondateur de DMD Santé

Il doit d’abord y avoir un débat public, organisé et structuré, sur les données de santé car cela regarde et concerne tous les citoyens, et pas seulement les experts.

Jacques Lucas, vice-président du Conseil national de l’ordre des médecins, délégué général aux systèmes d’information en santé

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