[DOSSIER] Optique et réseaux 1/3

Les nouvelles visions de la maîtrise

Partenaires incontournables de la maîtrise de la dépense d'optique, les réseaux fourmillent de projets pour accentuer leur action. Et ce alors que l'impact de l'encadrement des remboursements, tel qu'il a été voulu par le gouvernement, suscite bien des doutes.


Pour une fois, une réforme ne fâche pas. Le dispositif de planchers et plafonds sera introduit en 2015 pour encadrer la prise en charge des frais d'optique dans les contrats responsables (lire ci-dessous) et il satisfait plutôt les complémentaires santé. Car en dépit de son apparente complexité, il conforte les réseaux, même s'il ne les mentionne pas.

Une plus grande adhésion aux réseaux

De leur côté, certains syndicats d'opticiens, comme la Fnof ou le Synope, hier prompts à déterrer la hache de guerre contre les complémentaires santé, sont restés silencieux.

Est-ce le signe que la bataille des réseaux est gagnée, après les polémiques de la « PPL Le Roux » (lire encadré p. 40) ? Une partie des opticiens affirmait alors que les réseaux menaçaient la santé visuelle des Français, à cause d'équipements au rabais, ainsi que la sauvegarde de l'emploi dans leur secteur. Chez Carte blanche partenaires, Itelis, Kalivia ou Santéclair, on note une plus grande adhésion de la part des opticiens, comme des assurés et des assureurs. « Le marché a basculé. En santé collective, on ne voit quasiment plus aucun appel d'offres d'entrepris sans demande de réseau. Cela devient un prérequis, comme le tiers payant en son temps : l'organisme complémentaire qui n'en proposerait pas serait hors-jeu », note Jean-François Tripodi, directeur général de Carte blanche partenaires. Et comme bien des complémentaires santé de moindre taille, notamment des mutuelles de 50 000 à 100 000 personnes protégées, adoptent à leur tour les réseaux, ces derniers deviennent un standard.

Constat similaire chez Kalivia, dont le lancement en 2010 par Harmonie Mutuelle et Malakoff Médéric, avait déclenché les foudres d'une partie du monde des opticiens, avant que l'Autorité de la concurrence ne siffle la fin de partie en prononçant une décision favorable au réseau. « Nous sommes passés de 2 300 opticiens au départ à 4 450 aujourd'hui, et nous avons des comités techniques communs qui fonctionnent bien. Le taux d'orientation a aussi progressé puisque 55 % des achats d'optique se font désormais dans le réseau », déclare Laurent Borella, président de Kalivia. « L'assuré qui achète ses lunettes dans le réseau bénéficie d'une économie moyenne de 114 €, ce qui permet de réduire le reste à charge, voire de le supprimer », ajoute-t-il.

MARCHÉ DE L’OPTIQUE : L’INDISPENSABLE MAÎTRISE DE LA DÉPENSE

Verres et monture commandés en ligne

Le reste à charge zéro est aussi la promesse de Easy-verres.com, qui a développé un modèle original dans lequel l'assuré commande ses verres et sa monture en ligne pour les faire monter par l'un des 800 opticiens partenaires de son choix. « Nous pouvons faire un catalogue en fonction de la demande de chaque assureur », explique Jean Polier, fondateur de la société. Ce « réseau 2.0 », selon son expression, séduit de plus en plus de complémentaires d'autant que la prestation n'est pas facturée.

Si la performance économique des réseaux est avérée, beaucoup souhaitent aller plus loin qu'aujourd'hui, car l'optique demeure un poste de dépenses important pour les organismes complémentaires. Et vu que leur remboursement est majoritaire, elle reste un levier d'action décisif. Certains imaginent des négociations tarifaires directes avec les verriers, ce que personne n'a fait à ce jour. Mais d'autres ne croient pas à une telle démarche. Elle pourrait poser des problèmes juridiques, notamment en terme de droit de la concurrence. Les opticiens, qu'ils soient affiliés à des enseignes ou indépendants, disposent déjà de leurs propres centrales d'achats.

En revanche, d'autres types de négociations peuvent être envisagés. Itelis, qui lance un nouvel appel d'offres pour son réseau avec un objectif de 3 000 magasins, a ainsi engagé un appel à candidatures auprès de verriers. « Dix verriers ont répondu à nos critères. Nous ne négocions pas les prix avec eux, mais nous travaillons sur des critères de qualité et de traçabilité. Dans notre nouvelle convention, les opticiens devront se fournir auprès des verriers que nous avons référencés », explique Jean-Marc Boisrond, président du directoire d'Itelis. Ce réseau fixe aux opticiens des prix qu'il estime être les « bons tarifs » - l'ordre de grandeur des remises étant de 30 à 40 % sur le prix médian. Il souligne aussi que le référencement de verres ne restreint pas le choix, que ce soit en termes de traitement (antireflet, amincissement si nécessaire, etc.) ou de génération de verres : « Tout est négocié, le client achète ce qu'il souhaite. »

Enfin, d'autres pensent qu'il faudrait devenir plus didactique pour amener les opticiens à travailler dans les règles de l'art, c'est-à-dire proposer les équipements les plus adaptés aux porteurs de lunettes selon leurs besoins (travail sur écran, conduite ou non, etc.). « Il faudrait arriver à être dans l'optimisation du besoin, et non pas de la vente », déclare Jean-François Tripodi.

LE COÛT D’UNE DISTRIBUTION ABONDANTE

Exigences qualitatives pour l'entrée de gamme

Comme les plafonds de remboursement des nouveaux contrats responsables (lire infographie p.39) restent élevés, cette tentation d'optimiser les ventes, en proposant les équipements de haut de gamme même sans véritable nécessité, risque de perdurer chez les opticiens. D'un autre côté, des plafonds plus bas auraient réduit l'intérêt du travail accompli jusqu'alors par les complémentaires. « Les réseaux vont pouvoir continuer à s'exprimer », déclare Marianne Binst, directrice générale de la société de services Santéclair. Elle estime toutefois que les minima prévus par le décret sont « un peu élevés ». « Dans notre offre pour les petits budgets, nous étions à 40 € plutôt qu'à 50 € dans le cas de verres simples avec monture, et à 120 € plutôt qu'à 200 € dans le cas de verres complexes avec monture ». Santéclair relançant un appel d'offres, le prochain réseau, qui sera mis en place au 1er janvier 2015, pourrait donc fixer des exigences un peu plus qualitatives sur l'entrée de gamme.

CONTRATS RESPONSABLES : LES SIX FUTURS PLAFONDS EN OPTIQUE

Plafonds de prise en charge prévus par la dernière version du projet de décret sur le cahier des charges des contrats responsables, en sachant que ce dernier prévoit également la possibilité de limiter au remboursement du ticket modérateur. Les six forfaits prévus intègrent une prise en charge de la monture limitée à 150 €. N.B. : Ces forfaits s'appliquent par période de deux ans, sauf évolution de la vue et pour les mineurs.

  • a) 470 € Équipement verres à simple foyer (-6,00 < sphère < +6,00 ou cylindre inférieur ou égal à +4).
  • b) 750 € Équipement verres à simple foyer (sphère > -6,00 ou +6,00 ; cylindre > +4) ou verres multifocaux ou progressifs.
  • c) 610 € Équipement avec verre a) et verre b).
  • d) 850 € Équipement pour adulte à verres multifocaux ou progressifs sphéro-cylindriques (sphère hors zone de -8,00 à + 8,00) ou sphériques (sphère hors zone de -4,00 à +4,00).
  • e) 660 € Équipement avec verre a) et verre d).
  • f) 800 € Équipement avec verre b) et verre d). 
    SOURCES : ARGUS DE L'ASSURANCE, PROJET DE DÉCRET DU MINISTÈRE DES AFFAIRES SOCIALES ET DE LA SANTÉ.

Le plus fort taux de verres progressifs

Le décret prévoyant aussi un renouvellement de l'équipement tous les deux ans, plusieurs opérateurs réfléchissent aussi à de nouvelles exigences qualitatives sur les montures : il faut qu'elles soient assez robustes pour tenir la durée. Pas toujours évident quand on met et enlève souvent des lunettes dédiées à la vision de près ou de loin ! Autre enjeu, l'intérêt des promotions. « Nous ne sommes pas très favorables aux offres gratuites car tout a un prix, mais les secondes paires ont parfois du sens et peuvent être réellement utiles pour nos clients », indique la dirigeante de Santéclair, qui donne l'exemple de lunettes dédiées à la lecture pour les porteurs de verres multifocaux.

Si la réforme reconnaît de facto le travail des réseaux, reste à savoir comment le prix des équipements évoluera à compter du 1er avril 2015. Alors que le gouvernement a fait le pari de réduire par le biais du plafonnement des prix soi-disant trop élevés, Olivier Baroukh, directeur des succursales chez Optical Center - une enseigne connue pour être favorable aux réseaux - affirme que les lunettes ne sont en réalité pas plus chères en France qu'ailleurs. « Nous avons des magasins dans plusieurs pays. À part l'Espagne, les prix sont plus élevés en Belgique, au Luxembourg et en Suisse, à panier équivalent. Si le panier moyen est plus élevé en France, c'est parce qu'on y trouve le plus fort taux de verres progressifs. Sans doute la présence d'Essilor incite-t-elle les ophtalmologues à en prescrire davantage. »

Près de la moitié des Français potentiellement couverts par des réseaux

Deux types de réseaux coexistent : d’une part, les réseaux dits « ouverts », comme Carte blanche partenaires ou Terciane, auxquels peuvent adhérer tous les magasins qui le souhaitent pour autant qu’ils répondent au cahier des charges. D’autre part, les réseaux « fermés », pour lesquels les organismes complémentaires fixent un numerus clausus, par exemple en fonction de critères géographiques.

SOURCE : ARGUS ET SOCIÉTÉS CITÉES

UNE RECONNAISSANCE LÉGALE TARDIVE DES RÉSEAUX DE SOINS

- Les réseaux de soins des organismes complémentaires ne disposent d'une base légale solide que depuis l'adoption à fin 2013 d'un texte qui leur est dédié. Connu sous le nom de « PPL Le Roux », il ne visait initialement qu'à mettre les mutuelles sur un pied d'égalité avec les assureurs et les institutions de prévoyance, en leur permettant de mieux rembourser les adhérents qui fréquentent le réseau de professionnels de santé conventionnés. Sous l'effet du lobbying de différentes professions de santé, il s'est transformé en une loi qui introduit une régulation durcie des réseaux. Sur certains plans, les complémentaires santé en sont sorties perdantes, mais en matière d'optique, celle-ci a donné raison à leurs démarches - autorisant notamment le numerus clausus - et calmé les attaques dont elles faisaient l'objet de la part d'une partie des opticiens, en définissant le cadre nécessaire au développement des réseaux de soins.

CHRISTIAN PY, président des Opticiens mutualistes (FNMF)« Je suis dubitatif sur une baisse des prix de l'optique »

«Je suis dubitatif par rapport à l'effet de la réforme des contrats responsables sur une baisse des prix de l'optique. Dans notre réseau des Opticiens mutualistes, nous proposons des montures françaises de qualité à 89 €, qui nous permettent de dégager une marge raisonnable. À 150 € la monture, comme prévu par le projet de décret, on favorise les grandes marques siglées, fabriquées ou distribuées par des industriels internationaux. Il faut bien analyser aussi l'argument de la différence de prix entre la France et d'autres pays. Hors taxes, les écarts de prix se tassent. Les verriers ne vendent pas non plus au même prix d'un pays à l'autre. En revanche, on consomme plus de verres progressifs coûteux en France qu'ailleurs. Et il est vrai qu'il y a trop de magasins en France, car chaque magasin ne vend en moyenne que 2,7 équipements par jour - chez les Opticiens mutualistes, nous en sommes à environ quatre. Or ce n'est pas la loi Hamon, autorisant toute personne qui le souhaite à devenir propriétaire d'un réseau d'optique ou mandataire social d'un magasin, qui va réduire leur nombre.»

 

«Le réseau est devenu un prérequis, comme le tiers payant en son temps. L’organisme complémentaire qui n’en proposerait pas serait hors jeu.»

Jean-François Tripodi, directeur général de Carte blanche partenaires

« Si le panier moyen est plus élevé en France, c’est parce qu’on y trouve le plus fort taux de verres progressifs. Sans doute la présence d’Essilor incite-t-elle les ophtalmologues à en prescrire davantage. »

Olivier Baroukh, directeur des succursales chez Optical Center

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