[DOSSIER] Les réseaux de soins 3/3

Les réseaux de soins investissent l'audioprothèse

Les réseaux de soins investissent l'audioprothèse
DR

Après avoir expérimenté les réseaux de soins dans les secteurs dentaires et optiques, les complémentaires santé développent leurs plateformes sur le marché de l’audition où les restes à charge explosent.

Des appareils indispensables, mais aux prix exorbitants. En France, environ 6 millions de personnes souffrent de déficiences auditives. Mais seules 1,5 million portent des audioprothèses. Si cet écart s’explique par le fait que tous les malentendants ne sont pas appareillables et par des réticences à admettre un handicap, le premier frein est financier. Selon l’UFC-Que Choisir, 2,1 millions de personnes y renoncent pour des raisons économiques. « Avec le dentaire, le secteur de l’audition est celui dans lequel les renoncements aux soins sont les plus nombreux », précise Mathieu Escot, responsable des études à l’UFC-Que Choisir.

Et pour cause, le coût moyen d’un dispositif auditif, incluant le suivi pendant toute sa durée de vie, s’élève à 1 500 € pour une oreille. « En France, le prix des audioprothèses est librement fixé par l’audioprothésiste. La réglementation n’encadre pas les marges des professionnels, contrairement aux médicaments remboursables », souligne Magali Léo, chargée de mission assurance maladie au CISS (collectif interassociatif sur la santé). La hauteur du reste à charge, en moyenne 1 000 € par oreille, est dissuasive. Les prothèses auditives sont peu prises en charge par l’Assurance maladie dont les remboursements plafonnent à 120 € par appareil, contre 785 € en Allemagne ou 600 € en Italie. Les complémentaires santé supportent 330 € de ce coût. « Les bases des remboursements n’ont pas été révisées par la sécurité sociale depuis 1986. La prise en charge collective est déconnectée des prix réels facturés », regrette Magali Léo.

  • 34 % Le taux d’appareillage des déficients auditifs en 2014, contre 17 % en 2007
  • +8,98 % La hausse des ventes d’audioprothèses en 2015
  • 1 500 € Le coût moyen d’une audioprothèse par oreille
  • 3 065 audioprothésistes et 4 400 centres en France
  • Les 6 plus importants fabricants d’audioprothèses se partagent plus de 90 % du marché en France, en 2015

Un coefficient de 4,5 appliqué au prix d’achat

Ces montants excessifs seraient également liés à la pénurie d’audioprothésistes. Un petit noyau de 3 065 professionnels se partagerait le monopole de la distribution de ces produits. Réalisant peu de ventes chaque semaine, ils en profiteraient pour valoriser leurs prestations. « Pour éviter une concurrence, peu de nouveaux audioprothésistes sont formés chaque année (NDLR : un numerus clausus est en vigueur depuis septembre 2015). Ces derniers sont en capacité de vendre leurs compétences pour des salaires élevés qui se répercutent dans le prix des appareils », souligne Mathieu Escot, qui affirme que ces derniers réaliseraient une marge brute de 78 %. « Le prix des audioprothèses, qui comprend une part de prestations de services, n’en est pas moins multiplié par un coefficient de 3 à 4,5 sur le prix d’achat avant d’être proposé aux patients » note l’Autorité de la concurrence.

S’inquiétant du sous-appareillage auditif et des coûts élevés pratiqués, l’Autorité de la concurrence s’est autosaisie pour évaluer une situation de fait préjudiciable pour les personnes malentendantes. « Un équipement précoce retarde la perte d’autonomie, l’entrée dans la dépendance et le déclin cognitif. Les audioprothèses répondent à un enjeu de santé publique », rappelle Magali Léo. Avant de rendre son avis définitif fin 2016, l’Autorité se déclare, dans son bilan d’étape, « favorable » au développement des réseaux de soins. « Les complémentaires santé commencent à s’intéresser à ce marché. Même si les volumes ne sont pas comparables à ceux de l’optique, les demandes sont de plus en plus fortes, avec le vieillissement de la population et la cible de développement que constituent les seniors. En pesant sur l’offre, notamment par le bon rapport qualité/prix et l’adéquation de l’appareil aux besoins, nous levons les freins d’accès à ces appareils », justifie Jean-François Tripodi, directeur général de Carte Blanche Partenaires.

Ces réseaux de soins revendiquent des remises d’environ 30 % et offrent des services préférentiels (crédits gratuits, garantie casse, réduction sur les accessoires). Au-delà des conditions tarifaires, ils imposent à leurs partenaires un cahier des charges portant sur la disponibilité des professionnels, le suivi des clients, les matériels de tests et de dépistages auditifs … « Les audioprothésistes déterminent les besoins de correction et proposent les solutions correspondantes. Certains ont tendance à suréquiper leurs patients et à leur fournir des appareils trop onéreux par rapport au besoin réel. Ils sont juges et partie. Nous sommes vigilants sur la qualité des prestations de suivi sur plusieurs années qui sont primordiales pour la constance de la bonne audition », insiste Jean-François Tripodi.

Luis Godinho, président du syndicat national des audioprothésistes (UNSAF)

« Le suivi, comme la qualité, est la variable d’ajustement »

« P our maîtriser les restes à charge, la seule solution est d’améliorer les remboursements. Les audioprothèses ne sont pas plus chères qu’ailleurs. Leur prix reflète la valeur de l’appareil mais aussi celle du professionnel. Nous vendons notre temps de travail. Les audioprothésistes passent de nombreuses heures sur chaque prothèse et accompagnent leurs patients pendant toute la durée de vie de l’aide auditive. Pour répondre aux exigences tarifaires des réseaux de soins, le suivi, comme la qualité des équipements, est la variable d’ajustement. Depuis leur développement dans notre secteur en 2009, la satisfaction des clients s’est dégradée. Les bons praticiens, qui ont déjà leurs cabinets pleins, n’ont pas envie de rejoindre ces plateformes de santé. Ils tiennent à leur indépendance. »

Les futurs contrats « seniors » en ligne de mire

Afin de construire son réseau, Kalivia, qui travaille avec 2 000 audioprothésistes, s’est entouré d’un comité d’experts. « Avant de négocier avec les professionnels, nous devions comprendre leur métier. Ce secteur est beaucoup plus médicalisé que celui de l’optique, que nous connaissons mieux », explique Laurent Borella, directeur santé de Malakoff Médéric, membre de Kalivia. Mais cet investissement dans le secteur de l’audioprothèse ne se fait pas à fond perdu. Il permet aux complémentaires santé de se démarquer. « Nous avons été chahutés par la généralisation des complémentaires santé. Désormais, les seniors, qui ont davantage besoin d’équipements auditifs, sont le coeur de cible de l’assurance individuelle. Pour les attirer, nous devons leur proposer des produits attractifs. Les réseaux jouent un rôle essentiel », explique Virginie Bonnier, responsable des offres santé et prévoyance individuelles chez Groupama.

En sachant que les futurs contrats « labellisés » seniors, attendus pour le 1er janvier 2017, devraient bien intégrer dans leurs cahiers des charges cette problématique de l’audioprothèse.

En pesant sur l’offre, nous levons les freins d’accès à ces appareils

Jean-François Tripodi, directeur général de Carte Blanche Partenaires

Emploi

KAPIA RGI

Chef de Projet Assurance-Vie H/F

Postuler

KAPIA RGI

Ingénieur Développement PHP5/ZEND (H/F)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Souscription et la gestion de contrats d'assurances.

Ville de Colombier Saugnieu

16 juin

69 - COLOMBIER SAUGNIEU

Souscription contrats d'assurance.

Ville de Mazamet

16 juin

81 - MAZAMET

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Les réseaux de soins investissent l'audioprothèse

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié