Macif et Matmut divorcent par consentement «mutuelles»

Macif et Matmut divorcent par consentement «mutuelles»

Macif et Matmut, qui travaillaient depuis plus de quinze mois au sein de Sferen à la constitution d’un groupe prudentiel, ont finalement jeté l’éponge. Un échec qui interroge la capacité des groupes mutualistes à constituer de vrais ensembles uniques sous Solvabilité 2.

Décidément, sous l’ère Solvabilité 2, les regroupements dans l’assurance française n’ont guère la cote. Après la rupture entre Malakoff Médéric et La Mutuelle générale, dévoilée début mai, les groupes Macif et Matmut ont aussi décidé de renoncer à leur mariage au sein de leur Sgam commune ­Sferen ainsi que l’a révélé L’Argus. Un conseil d’admi­nistration de la Sgam, qui s’est tenu le jeudi 12 mai, a en effet acté la fin du processus de rapprochement engagé depuis janvier 2015 entre les deux maisons, du moins sous sa forme initiale. Et pour cause : les deux assureurs mutualistes s’étaient fixés comme objectif de donner naissance à un groupe ­intégré et prudentiel au sens de Solvabilité 2, de type Sgam de Sgam, opérationnel au 1er janvier 2018. Et avec toutes les obligations qu’une telle structure implique : gouvernance commune, liens de solidarité financière « importants et durables », mise en commun de moyens, ­reporting... Mais les ­clivages persistants et irréconciliables qui se sont faits jour ont finalement eu raison d’un projet politique et stratégique, pourtant clé dans un contexte de course à la taille critique. « Les grands perdants sont les sociétaires des deux mutuelles. Cela doit nous interroger sur le futur », souligne Jean-Marc Raby, directeur général de Macif et de Sferen.

Un message brouillé

Les causes de rupture du contrat de mariage sont connues. Au premier rang desquelles figure la gouvernance commune. Et plus particulièrement, la question de l’équilibre des pouvoirs dans ce qui devait être la future Sgam de Sgam. En mai 2015, un principe de répartition avait été débattu entre les administrateurs de Macif et ­Matmut, lequel reposait sur deux critères : le premier relatif au poids du sociétariat de chacune des deux maisons (favorable à Macif), le second tenant compte du niveau des fonds propres (favorable à Matmut). La pondération de ces deux critères débouchait sur une répartition des sièges à 58 % pour Macif et 42 % pour Matmut. « Ceci a été voté à l’unanimité et validé par un ­procès-verbal de conseil d’administration, lequel était présidé par Daniel Havis », évoque Alain ­Montarant, président du groupe Macif. Un principe contesté ­depuis par Matmut, qui voit dans cette répartition une perte ­évidente de souveraineté. Attaché au principe « d’une entreprise, une voix », ­Daniel Havis, son président, évoque « un quiproquo », estimant que « le message n’a pas été bien passé dès le début des discussions ». Et d’ajouter : « Qu’on me trouve des éléments qui me permettraient d’expliquer pourquoi, au-delà de cette règle arithmétique, dont on peut se servir pour composer telle ou telle instance, la Matmut accepterait de voir des décisions lourdes, d’autant plus sous Solvabilité 2, prises ailleurs et autrement que par elle-même. Il n’y en a aucun. » Autre pierre d’achoppement : l’industrialisation des process et des métiers. L’ambition première de Sferen était notamment de parvenir à terme à une convergence sur les métiers de l’IARD et de la santé. « Il ne s’agissait pas de confondre les marques, les offres et les services mais de mutualiser des usines et des systèmes d’information », évoque Jean-Marc Raby pour qui « la ­Matmut n’était pas prête à avancer sur cette partie-là ».

Des partenariats maintenus

S’ils renoncent à la constitution d’un groupe unique, Macif et ­Matmut ont l’intention de conserver les coopérations existantes : Inter Mutuelles Assistance, Inter Mutuelles Entreprises (dommages TPE-PME), Sferen Réparation (réseau de réparateurs auto), ­Sferen Innovation (structure ­d’investissement dans les start-up), OFI (gestion d’actifs) ou encore Mutavie, la filiale d’assurance vie de Macif et dont l’entrée au capital de la mutuelle rouennaise reste d’actualité. Autant de partenariats, qui « peuvent continuer à vivre sans dispositif juridique », concède Jean-Marc Raby. De quoi écarter, a priori, des outils de ­regroupement moins engageants que la Sgam de type groupement d’assurance mutuelle (GAM) ­institué par la transposition de ­Solvabilité 2 dans le droit français. « Le GAM, tout en étant peu engageant, peut donner l’apparence d’une ­stratégie commune, ce qui n’est plus le  cas. Mais cela reste à convenir avec la Matmut », ­explique Jean-Marc Raby. L’échec de ce rapprochement amène également les deux groupes à reconsidérer la question de leurs stratégies de partenariats pour l’avenir. Quitte à se tourner en priorité vers leur zone d’influence respective (voir ci-dessus). Pour Alain ­Montarant, « Macif n’a pas vocation à rester seule. Il est vrai que la proximité de Matmut avec la FNMF constituait une approche opportune pour Macif. » De son côté, Matmut demeure « ouverte aux partenariats » et ce, « tant du point de vue des mutuelles livre II que du code des assurances. » Reste que le mariage avorté de Macif et Matmut interroge sur l’adaptation de la Sgam en tant qu’outil de constitution de groupe unique pour des assureurs mutualistes inégaux en taille. « Soit la Sgam est un outil pour tendre vers la fusion, soit c’est un objet de structuration interne comme AG2R La Mondiale. Quoi qu’il en soit, elle ne peut pas vivre si les règles ne sont pas bien édictées dès le départ et admises par l’ensemble des parties », admet Daniel Havis. Preuve si l’en est qu’un « Oui pour la vie » mérite réflexion avant le grand saut.

Le sujet qui pose question est le suivant : des groupes mutualistes sont-ils capables de dépasser des problématiques de gouvernance pour construire des ensembles plus efficaces au plan opérationnel et au service de leurs sociétaires ?

Jean-Marc Raby, directeur général de Macif et de Sferen.

La Macif trouverait-elle normale que la Matmut lui dicte brutalement sa politique ? Ce n’était pas dans la logique de ce que l’on voulait construire. En tout du cas du point de vue de la Matmut. Je pense qu’il y a eu un quiproquo.

Daniel Havis, président de Matmut et de Sferen

Emploi

KAPIA RGI

Chef de Projet Assurance-Vie H/F

Postuler

KAPIA RGI

Ingénieur Développement PHP5/ZEND (H/F)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

Commentaires

Macif et Matmut divorcent par consentement «mutuelles»

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié