Malakoff-Médéric et La Mutuelle générale : l'égalité, pas la parité

Au-delà des objectifs de conquête de marché dans le cadre de l'ANI, ce rapprochement inédit entre une grande mutuelle santé et un groupe de protection sociale est lourd d'enjeux de gouvernance.

Pour le moment, le rapprochement entre La Mutuelle Générale (LMG) et Malakoff- Médéric, est entouré d'un secret digne des grandes OPA. Et pour cause : c'est la première fois qu'une mutuelle de cette taille décide de rejoindre un groupe de protection sociale (GPS). LMG, qui avait aussi le groupe Humanis dans sa short list, n'a rien dévoilé quant aux raisons du choix de son conseil d'administration, le 3 septembre, d'entrer en négociations exclusives avec Malakoff-Médéric.

La Banque postale en arrière-plan

S'il est évident qu'il a été dicté par la généralisation de la complémentaire santé à tous les salariés prévue pour 2016 par l'accord national interprofessionnel (ANI) du 11 janvier 2013, on ignore tout des objectifs commerciaux des deux partenaires. Tout juste sait-on qu'ils entendent s'unir au sein d'une société de groupe d'assurance mutuelle (Sgam). Guillaume Sarkozy, délégué général du groupe de protection sociale, avait vendu la mèche dans une interview à L'Argus de l'assurance, fin juin. Il inscrivait ce projet dans le cadre de l'ANI, qui implique « de nouveaux partenariats avec une gouvernance équilibrée entre paritarisme et mutualisme ». Malgré cette discrétion, il est clair que le rapprochement impliquera, d'une manière ou d'une autre, La Banque postale Assurance Santé, détenue à 65% de La Banque postale et à 35% par LMG. Après avoir commercialisé plusieurs dizaines de milliers de contrats d'assurance santé individuelle, l'activité devrait s'orienter vers le collectif et les dizaines, voire centaines de milliers de très petites entreprises qui devront s'équiper dans le cadre de l'ANI. Et La Banque postale dispose d'un outil de distribution hors pair avec les 17 000 points de vente de La Poste.

Les deux tiers des voix aux paritaires

Outre les enjeux commerciaux, ce rapprochement pose la question de savoir qui sera gagnant dans cette opération. Dans les rapprochements entre entreprises capitalistiques, les partenaires aiment parler d'opérations « gagnant-gagnant », même si l'un l'est parfois un peu plus que l'autre. Qu'en est-il dans le cas présent ? Même si c'est LMG qui a approché le groupe paritaire, Guillaume Sarkozy est déjà gagnant. Depuis qu'il a mené à bien la fusion de Malakoff et Médéric en 2008, le délégué général du groupe de protection sociale n'a pas cessé d'afficher une volonté de croissance. Toutefois, ces dernières années, il a essuyé deux échecs successifs, après que Réunica lui est passé sous le nez, préférant rejoindre AG2R-La Mondiale, et qu'un projet de coentreprise en épargne avec CNP Assurances a tourné court. Avec LMG, il s'approche de son ambition, annoncée en 2008, de porter le chiffre d'affaires de son groupe à 5 Md€, un chiffre qui symbolise la notion de taille critique pour cet homme qui raisonne en industriel. Une taille critique déjà atteinte avec Harmonie Mutuelle, son partenaire dans le réseau Kalivia, mais avec lequel un rapprochement structurant n'a jamais été à l'ordre du jour.

De son côté, Patrick Sagon souhaitait depuis des années constituer un grand groupe d'assurances de personne. En 2010, LMG était déjà partie prenante d'un projet englobant les groupes de protection sociale Mornay et D et O, aujourd'hui fusionnés au sein de Klesia, ainsi que l'institution de prévoyance Apgis, rentrée depuis dans le giron de Covéa. Dans ce projet, LMG aurait eu un poids largement prépondérant en termes de chiffre d'affaires.

Avec Malakoff Médéric, ce n'est plus le cas. Et cela pourrait peser dans les futures négociations. Sur le papier, la constitution d'une Sgam offre aux représentants mutualistes une meilleure représentation que l'adhésion à une association sommitale, le cas de figure le plus fréquent dans les groupes de protection sociale (GPS), qui n'accorde qu'une voix consultative aux mutualistes. Avec Malakoff-Médéric et LMG, il est prévu que les représentants des collèges des employeurs, des syndicats et des mutualistes détiennent chacun un tiers des voix. Une équité qui octroie donc deux tiers des voix aux paritaires.

Comment cohabiter avec une géante ?

Surtout, il faudra déterminer qui sera le patron de la Sgam. On ne peut s'empêcher de penser à la Sgam AG2R-La Mondiale, possédant elle aussi des piliers paritaire, assurantiel et mutualiste. Si cette dernière fonctionne bien, c'est notamment parce qu'elle est dirigée par un patron et un seul, en la personne d'André Renaudin. Mais comment fonctionnera une Sgam avec non pas une constellation de petites mutuelles, mais la troisième mutuelle santé française ? Et peut-être bientôt d'autres GPS si les partenaires sociaux le décident ?

«Nous souhaitons à La Mutuelle générale de réussir pleinement. Humanis poursuit sa stratégie paritaire et mutualiste, son attractivité étant confortée par cette compétition.»
Réaction du groupe Humanis, par voie de communiqué,le 3 septembre 2014

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