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L'annonce des rendements 2014 des fonds en euros devrait être un moment commercial compliqué. Le contexte financier qui contraint les assureurs à baisser leur taux sera dur à expliquer.

Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, a jeté le premier le pavé dans la mare. Fin octobre, il s'est prononcé pour une baisse significative des taux de rendement des fonds en euros de l'assurance vie rappelant l'intérêt d'un « lissage dans le temps de la distribution des résultats aux assurés, en dotant la provision pour participation aux bénéfices (PPB) à un niveau suffisamment élevé ».

Ce message clair adressé aux assureurs (qui ont jugé cette intervention légitime, par la voix de Bernard Spitz, président de la FFSA), est aussi un vrai coup de pouce pour les aider à dévoiler aux assurés la baisse inéluctable des rendements en 2014, alors qu'ils commencent à passer en revue les critères qui détermineront leur taux. « C'est mathématique ! Il y aura réduction des rendements des fonds. Il n'existe plus d'obligations à 10 %. En ce moment, les OAT à 10 ans sont à peine à 1,25 %-1,30 % », explique avec pragmatisme Christian Pruvost, directeur du développement de l'assurance vie chez Natixis Assurances. Pire, plus les taux obligataires sont bas, plus les assureurs sont contraints de réduire la poche de produits diversifiés en actions ou immobilier (souvent 10 % à 15 % du fonds en euros) qui avait dopé les rendements en 2013 : en effet, les intérêts des obligations ne pourraient plus compenser une éventuelle baisse de ces marchés volatils et donc assurer la garantie du capital.

C’est mathématique ! il y aura réduction des rendements des fonds.

Christian Pruvost, directeur du développement de l’assurance vie chez Natixis Assurances

Quant à piocher massivement dans la PPB, nul doute que la pratique sera utilisée avec parcimonie cette année. « On oublie souvent que le rôle d'un assureur est de mutualiser dans le temps : il serait choquant de définir des taux par rapport à l'investissement passé sans tenir compte du risque futur », explique Pierre de Villeneuve, PDG de BNP Paribas Cardif.

Autre paradoxe, le regain d'attractivité de l'assurance vie en 2014 avec déjà 17 Md€ en 9 mois de collecte nette, n'arrange pas les affaires des assureurs car elle dilue le rendement. Chez Generali Patrimoine comme ailleurs, on ne cache plus qu'on refuse les gros versements sur des fonds en euros. Désormais, le mot d'ordre est de piloter les versements vers les UC, aidé parfois par des bonus.

Si la difficulté des assureurs est bien réelle, reste à communiquer aux assurés un taux qui ne pourra que les décevoir par rapport aux années antérieures. En avril, Cyrille Chartier-Kastler, fondateur de Facts&Figures, tablait sur un taux moyen de 2,50% à 2,60% (contre près de 2,80 % en 2013). Aujourd'hui, il révise ses estimations : la fourchette sera sans doute de 2,20% à 2,50 %.

Or l'annonce des rendements - qui commence en décembre et s'étale jusqu'à fin février - a longtemps été mise en avant comme un temps commercial fort, souvent le seul moment de l'année où l'assuré s'intéresse à son contrat. Les assureurs pourraient donc réviser leur message. « Je trouve que les tableaux comparatifs qui mettent uniquement en avant les performances des contrats peuvent conduire à de mauvais conseils », observe Pierre de Villeneuve pour qui il faudrait mieux valoriser les assureurs qui jouent leur rôle de gestionnaire dans le temps en dotant leur PPB.

«Au regard du Livret A et de l’inflation, ce sera une des années les moins difficiles d’un point de vue commercial pour l’assurance vie», tempère Shirley Embarek, responsable produit chez Natixis Assurances. Tombé à 1% en août, le taux du Livret A pourrait même encore baisser en février à 0,75%, si le calcul en fonction de l’inflation (0,5% actuellement) est appliqué stricto sensu.

Les assureurs devront donc rester prudents dans leur communication. Car l’ACPR veille : elle prépare pour début 2015 une recommandation sur la présentation publicitaire et les promotions de l’assurance vie.

LES 6 CRITÈRES POUR DÉTERMINER LE TAUX DE RENDEMENT

En règle générale, le taux d'un fonds en euros est décidé lors d'un conseil d'administration selon certains critères.

  • La collecte : plus elle est élevée, plus le risque de dilution est grand. Placer la collecte nouvelle implique d'acheter des obligations aujourd'hui aux rendements très bas : le taux moyen des emprunts d'État de plus de 7 ans (TME) est de 1,28 % en octobre 2014, un plancher historique.
  • Le portefeuille existant : la maturité des contrats ou l'âge des assurés sont scrutés à la loupe pour connaître les risques de sortie (décès ou rachats partiels).
  • Les obligations (80 % à 90 % du portefeuille) : les tombées d'échéance des emprunts obligataires sont sans doute un des critères les plus importants.
  • Le marché actions (souvent entre 5 et 10 % du portefeuille) : comment s'est-il comporté dans l'année ? À mi-novembre, le CAC 40 est retombé au niveau de début 2014, alors qu'il avait gagné 18 % en 2013.
  • La provision pour participation aux bénéfices (PPB) : suffisamment dotée pour y piocher un supplément de rémunération, ou à renforcer pour les années futures ?
  • La politique commerciale : le niveau de taux sert aussi à conquérir des nouveaux clients, les fidéliser ou les amener à arbitrer vers des UC ou de l'eurocroissance.

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