Multirisque... avec modération !

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M.Rosenwirth - Fotolia

Lancée en 2005, l'assurance récolte peine à se faire une place chez les viticulteurs. Prix élevés, hausse des franchises, risque très sélectif... Retour sur les raisons de cette lente progression.

Cocorico ! En 2014, la France est redevenue le premier pays producteur de vin au monde ! Pourtant, depuis trois ans, les vignobles nationaux n'ont pas été épargnés par les intempéries : gel en 2012 ; grêle et excès d'eau en 2013 ; quant à 2014, chacun se rappelle les dégâts du week-end de la Pentecôte.

Or, paradoxalement, seuls 20% des vignerons ont souscrit une assurance récolte. Une part qui reste modeste malgré un démarrage en flèche en 2005 et 2006 (de 0,57 % à 10,16%) qui n'a pas perduré. Et pour cause : depuis 2010, le taux de pénétration n'a gagné que 5 points passant de 14,62% en 2010 à 20%. « Du côté de nos assurés viticulteurs, la sensibilisation à l'assurance grêle et à la multirisque périls diffère d'une région à l'autre. Dans le Bordelais et le Val-de-Loire, ils sont, par exemple, assez preneurs de ce genre de solutions », tempère Arnaud de Beaucaron, directeur général de l'Étoile Assurance.

L'assurance en option

Malgré tout, 4 vignerons sur 5 ne sont pas assurés. Première explication avancée par la profession : cette assurance reste chère malgré la subvention venant de la PAC (politique agricole commune). « Pour mes 50 hectares de vignes, mon assurance me coûte, avant subvention, près de 12 000 €. Au final, je dois débourser près de 8 000 €. Pour certains de mes confrères cette somme à verser peut être problématique au vu de leur flux de trésorerie qui demeure tendu », explique Jacques Chardat, propriétaire des châteaux Lacaussade, Terre-Blanque en côtes de Blaye, qui estime néanmoins que l'assurance est nécessaire à la survie d'une exploitation.

Mais certains vignerons partent du principe que leur première garantie est dans leur cave, avec leur stock ! Un argument qui ne tient pas réellement la route selon Thiébault Hubert, viticulteur assuré, exploitant 6,5 hectares de Monthelie (appellation communale du vignoble de la côte de Beaune) : « En trois ans, les parcelles villages et premiers crus ont été frappées par des orages de grêle. Dès 2012, nous nous sommes appuyés sur nos stocks pour compenser les pertes pécuniaires liées aux parcelles détruites. Mais en 2014, avec 70% de récoltes en moins, ce levier ne fonctionne plus car nous ne disposons plus des stocks suffisants pour remplir nos objectifs commerciaux à l'export. » Il n'empêche, des idées reçues encore tenaces et des tarifs toujours élevés pèsent sur le développement de l'assurance récolte. D'autant que le montant de certaines franchises et celui, fluctuant, des subventions ne jouent pas en faveur de ce dispositif. « Le fait que certains niveaux de subventions aient baissé a pu être un frein à la souscription des contrats multirisque climatiques. Le coût de l'assurance, perçu comme élevé en temps normal pour les grandes cultures, l'est encore davantage au niveau de la viticulture, filière où le coût de production à l'hectare demeure important (*). Cette situation peut dissuader les viticulteurs à souscrire. Enfin, puisque certains niveaux de franchises sont aussi élevés, ils limitent de temps à autre l'impact de la garantie », lance Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA.

Du côté des assureurs, l'heure n'est pas non plus au développement à tout va mais plutôt à la maîtrise du portefeuille. Depuis quelques années, l'équilibre technique des contrats multirisque climatiques destinés aux vignes n'est effectivement pas au rendez-vous.

La hausse se précipite

Depuis 2005, les assureurs présents sur ce segment ont enregistré six exercices déficitaires, et ce avec des années très rudes comme en 2008 avec un ratio de 178 % et dernièrement en 2013 avec un ratio de sinistres à primes atteignant 122 %. Ce qui a justement poussé certains à effectuer quelques ajustements que ressentent déjà une partie des assurés. « La prime d'assurance couvrant une partie de mes parcelles a augmenté de 2,56 % en 2014 mais elle a connu une croissance à deux chiffres sur les trois dernières années », précise Thiébault Hubert.

Pour autant, alors que certaines compagnies adoptent une politique de run-off au niveau de leur portefeuille, d'autres comme l'Étoile Assurance ou Groupama prônent une plus grande mutualisation des exploitations couvertes, et ce pour retrouver un meilleur équilibre technique. « Nous voulons réellement faire comprendre à nos sociétaires qu'il est plus cohérent d'avoir l'ensemble des cultures à couvrir afin d'avoir une mutualisation des risques optimale. Cela permet d'éviter l'antisélection », conclut Arnaud de Beaucaron de l'Étoile qui croit toujours à ce dispositif.

(*) L'agriculteur assure une récolte donc un capital en euros/ha, calculé à partir d'un rendement de référence (issu des rendements historiques de l'exploitation) et des prix moyens réalisés.

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Le nombre d'exercice déficitaire enregistré par le marché de l'assurance sur la multirisque climatiques de 2005 à 2013.
Source : FFSA

122%

Le rapport sinistre à prime multirisques climatiques enregistré sur les vignes en 2013. Un rapport qui a atteint un niveau record de 178 en 2008.
Source : FFSA

20%

Taux de pénétration de l'assurance récolte chez les viticulteurs. Il était de 14,62% en 2010.
Source : ministère de l'Agriculture

CHRISTOPHE CHARDAT, propriétaire des châteaux Lacaussade (côtes de Blaye)
« Nos stocks ne peuvent être notre seule assurance »

« Certains viticulteurs estimaient que les stocks des années précédentes étaient leur assurance tous-risques. Pour autant, ce calcul n'est plus le bon aujourd'hui. Même si nous avons environ actuellement l'équivalent de deux années de stock, cette démarche doit nous permettre de compléter le dispositif assurantiel et non de le remplacer. Si vous connaissez deux années denses en sinistralité, vous n'aurez plus que vos yeux pour pleurer. Aujourd'hui, l'assurance a certes un coût et certaines franchises, notamment sur le millerandage*, peuvent être très élevées, mais elle reste un outil pour la continuité d'une activité. » * Défaut de maturation de la vigne.

LA GRÊLE, PRINCIPAL FLÉAU CLIMATIQUE EN 2014

  • BOURGOGNE. Le vignoble bourguignon a essuyé pour la troisième année consécutive une série d'orages de grêle fin juin. La Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB) a recensé un peu plus de 3 100 hectares de vignes grêlées de la côte de Beaune au Mâconnais, contre 1 350 hectares dévastés en 2013. La CAVB avance un manque à gagner de l'ordre de 75 M€. -
  • LANGUEDOC-ROUSSILLON. Un printemps sec suivi d'épisodes orageux violents de grêle entre juin et août ont détruit près de 4 000 ha dans le Gard, 2 000 dans l'Aude et l'Hérault pour un préjudice global évalué à 80 M€. Les épisodes cévenols de septembre et octobre sont venus encore alourdir cette facture. La Chambre d'Agriculture de l'Hérault avance déjà « entre 2 000 à 2 500 hectares inondés ». Seules 33% de ces surfaces sinistrées ne sont pas assurées.
  • BORDELAIS. En 2013, la grêle avait touché plus de 24 000 ha de parcelles du vignoble, soit 1 800 exploitations. La facture de ces intempéries s'était élevée à 150 M€. Pour 2014, la Chambre d'Agriculture de Gironde a recensé deux événements majeurs : 500 ha détruits à plus de 80% en juin dans le Médoc, 300 ha ravagés à plus de 50% dans l'Entre-deux-mers et le Libournais le 19 et 20 juillet. Pire, les orages et les rafales de vent du week-end de la Pentecôte ont emporté 10% du vignoble cognaçais, soit plus de 7 000 ha. Selon le bureau interprofessionnel du Cognac, 10% des viticulteurs sont assurés.

Les pays du nord ont davantage opté pour la responsabilisation totale de l’agriculteur et milité pour l’auto-assurance.

Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA

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