[DOSSIER] Assurance deux-roues 1/3

À nouveaux motards, nouveaux risques

À nouveaux motards, nouveaux risques

Les deux-roues ont récemment fait deux fois la une de l'actualité, avec la remise du rapport « Guyot » et avec l'harmonisation européenne du permis de conduire. Marquée par une diminution de la masse assurable et par une hypersegmentation, l'assurance deux-roues reste néanmoins une niche porteuse.

Serge Charrier, directeur général adjoint d'April Moto, le résume ainsi : « Le marché du deux-roues est très corrélé aux immatriculations, et, depuis cinq ans, elles ont diminué de 8% en moyenne chaque année. Il est donc très tendu, de surcroît touché par une forte volatilité des assurés. » Marché de niche dominé par les acteurs historiques que sont les mutuelles du Gema, la Mutuelle des motards, Axa-Club 14 et des courtiers grossistes ou spécialisés, l'assurance deux-roues n'est pas le relais de croissance espéré par la profession. C'est ce que confirme une enquête de Xerfi estimant que ce marché représente moins de 5% des cotisations des véhicules à moteur (soit environ 1 Md €).

Dans un contexte de concurrence exacerbée, les acteurs tentent de se démarquer, « mais il faut être franc, les innovations sur le marché sont rares », estime Madjid Ouali, chef de gamme deux-roues à la Macif. Ce n'est pas l'avis d'Antoine Mattéi, directeur du marché IARD particuliers d'Axa France, qui considère que les assureurs doivent suivre les évolutions et proposer des services innovants, comme l'assistance en moins d'une heure et la prise en charge des nouveaux équipements de sécurité, comme le gilet airbag. De son côté, le courtier grossiste Xenassur a choisi d'offrir, dès la formule de base de son contrat, une protection juridique incluant le rachat de points.

Quatre millions de deux-roues en circulation

  • 8,3% des véhicules assurés sont des deux-roues. On en recense 4 millions en circulation.
  • 2 350 € Le coût moyen d'un sinistre deux-roues.
  • 23% des tués sur la route sont des conducteurs de deux-roues, qui représentent 3% du trafic.
  • 90% des motards sont des hommes.
  • 40% des accidents de deux-roues ont lieu en Ile-de-France.
  • 200 € La prime moyenne annuelle d'une assurance deux-roues.

Sources : FFSA-GEMA, L'Officiel du cycle, MACIF, MATMUT, Observatoire National Interministériel de la Sécurité Routière

De l'aigle sur le dos aux filles en talons hauts

D'autres ont préféré opter pour la modularité et l'adaptabilité, avec un système d'options, comme le courtier grossiste April Moto qui, en 2012, malgré un marché morose, a réussi à augmenter son chiffre d'affaires de 10% et son portefeuille de 37%. « En tant que spécialiste moto, nous suivons de près les évolutions du marché. Par exemple, nous avons été les premiers à lancer un contrat spécifique scooter », explique Serge Charrier.

Une initiative de bon augure compte tenu de la tendance actuelle. « Le tricycle et le scooter de plus de 125 cm3 sont en forte croissance pour des raisons économiques et pratiques. Ils répondent à la demande des citadins cherchant à optimiser les temps de déplacement, la facilité de stationnement et les coûts de carburant », explique Philippe Pierre, directeur associé de Xenassur. « Les sportives sont en net déclin », confirme de son côté Antoine Mattéi.

« On assiste à une mutation progressive du marché, dont le scooter est la révélation, avec une explosion des ventes en quelques années, toutes cylindrées confondues, résume Madjid Ouali. Ces nouveaux conducteurs sont souvent d'anciens automobilistes lassés des bouchons. » Une récente enquête du cabinet Xerfi en dresse le portrait-robot : quadragénaire, urbain, volatil, plus féminin... Ajoutons que ce nouveau motocycliste est globalement peu sensibilisé aux risques des deux-roues, que son équipement est souvent déficient, en dehors du casque. Il faut dire que blouson et bottes sont peu compatibles avec costume et talons hauts.

« Ces motards "utilitaristes et citadins" représentent un risque nouveau dont nous avons dû tenir compte dans notre tarification. La fréquence de leurs sinistres est plus élevée, mais elle concerne surtout des petits chocs à faible vitesse, liés aux conditions de circulation urbaine », reconnaît Madjid Ouali. Il faut ajouter que « le trois-roues peut être trompeur, car les gens le croient plus stable, notamment au démarrage, mais ce n'est pas si facile à conduire », confirme Dominique Filsjean, directeur au sein de la direction générale adjointe production de la Matmut.

De leur côté, les motards passionnés, clientèle historique du marché, restent plus attachés à la sécurité qu'au prix, fait assez rare de nos jours en assurance. En général bien équipés, ces conducteurs de grosses cylindrés n'ont qu'un péché mignon, la vitesse, qui les rend victimes de graves accidents corporels, heureusement peu fréquents. L'archétype de ce type de sinistre : la vitesse en ligne droite, par temps sec, sur une route départementale. C'est pour répondre à cette clientèle que les assureurs proposent des garanties conducteur renforcées, des plafonds corporels élevés et des aides à la réinsertion en cas d'accident (services d'aide à domicile, d'adaptation du domicile...).

À chacun sa pratique... et son profil !

  • Le passionné, client historique du marché, est plus attaché à la sécurité qu'au prix de l'assurance. Bien équipé, cet amateur de grosses cylindrées a un péché mignon, la vitesse.
  • Le novice, peu sensible au port des équipements de sécurité, donc très exposé aux accidents. Souvent jeune, il est la cible prioritaire des actions de prévention.
  • Le transfuge de l'automobile lassé des bouchons. Quadragénaire, urbain, volatil et plus féminin que le motard « classique », c'est un adepte du scooter ou du trois-roues.

La diversité oblige à la minutie

Face à ces différents profils, la règle est à la segmentation. Chaque acteur adopte une politique d'acceptation des risques et de tarification qui lui est propre, en s'appuyant sur ses statistiques et celles des constructeurs (lire la deuxième partie de ce dossier). Selon son appétence au risque, il assure tous les profils ou seulement une partie. -

Le courtier Xenassur se targue d'avoir les conditions d'acceptation du risque les plus larges du marché. Présent depuis 2007, il fait partie des derniers arrivés, mais il a été le premier à accepter les risques aggravés en moto (retrait de permis, résiliés, multiaccidentés...), constatant un vide sur ce segment-là. « Nous acceptons des profils très divers, du motard expérimenté au novice. Cette largeur de gamme nous permet d'avoir un risque bien réparti et maîtrisé, car il n'y a pas d'antisélection », explique Philippe Pierre.

Plus prudente, la Matmut a toujours prôné la progressivité de l'apprentissage, et choisi de refuser d'assurer les jeunes conducteurs de grosses cylindrées. Même frilosité à La Parisienne (groupe Protegys) : « Nous sommes assez stricts dans nos conditions de souscription, notamment auprès des jeunes. Pour les sportives de plus de 125 cm3, nous demandons trois ans de permis et deux ans d'antécédents d'assurance », confie son directeur général, Yann Drevillon.

Si tous les acteurs que nous avons interrogés prennent en compte de nombreux critères comme l'âge, l'expérience, la marque, la cylindrée, le rapport poids-puissance, tous reconnaissent qu'ils ont aussi leurs propres « secrets de cuisine » et que la tarification ne se résume pas à un simple classement de ces critères. Chez April Moto, on estime ainsi que « l'avantage des spécialistes du deux-roues est d'avoir une segmentation très fine, actualisée presque en temps réel, en fonction des évolutions du marché ». Notons que la fin de la segmentation homme-femme n'a eu que peu d'influence sur la tarification du risque deux-roues, contrairement au risque auto, compte tenu de la faible proportion de « motardes » parmi les assurés (environ 10%).

Hervé Astre, chargé de mission prévention à la Macif « Dialoguer pour mieux partager la route »

« À la Macif, la prévention est une préoccupation permanente, et nous sommes toujours à la recherche de la meilleure façon de faire passer nos messages. Cette année, nous lançons une expérimentation dans l'Est en organisant des rencontres Mobilité responsable, animées par des psychologues, où des jeunes conducteurs d'auto et de moto vont pourvoir échanger sur les dangers de la route. L'idée est de sensibiliser les automobilistes à la vulnérabilité et à la "détectabilité" des motards. Angle mort, vitesse, circulation interfiles... : de nombreux sujets sont abordés pour que chacun comprenne l'enjeu d'une meilleure visibilité des deux-roues sur la route. Nous espérons pouvoir suivre ces sociétaires volontaires sur plusieurs années afin de mesurer l'effet de ces réunions sur leur sinistralité. »

Entre deux maux, vitesse et sous-équipement

Même si Serge Charrier rappelle qu'« avec seulement 40% de sinistres responsables, le motard est par nature plus prudent qu'un automobiliste, parce qu'il se sait plus exposé », la réduction de la sinistralité reste une quête constante. Et pour cela, la prévention joue un rôle majeur. « Les campagnes de sensibilisation commencent à porter leurs fruits, il y a une nette évolution du comportement du motard, qui est aujourd'hui plus raisonné », confirme Antoine Mattéi. « Le risque deux-roues a tendance à s'améliorer », complète Madjid Ouali.

Hervé Astre, chargé de prévention à la Macif, ajoute qu'« il est difficile d'avoir une politique identique en matière de prévention. Il y a d'un côté les jeunes et les citadins qui ne disposent pas de tous les équipements de sécurité nécessaires, et, de l'autre, les motards qui sont bien protégés et pour lesquels les causes de sinistre sont plutôt liées à une vitesse parfois excessive. Nous devons donc agir sur les deux aspects : équipement et vitesse ». Particulièrement exposés et peu sensibles au port des équipements de sécurité, les jeunes sont l'une des cibles prioritaires de la Macif en matière de prévention. « En 2010, nous avions lancé, avec l'association Voiture and Co, un concours à destination des jeunes pour leur donner l'opportunité de designer leur casque, leur blouson et leurs gants, en partenariat avec des équipementiers, afin de les rendre plus "attrayants" » explique ainsi Hervé Astre.

À la Matmut, l'année 2013 est marquée par le déploiement de stages de formation gratuits pour les sociétaires, dédiés à la sensibilisation à la conduite des deux-roues. Dispensés par des instructeurs de M et A Prévention, filiale de la Matmut et de l'Automobile-club de l'Ouest, ces stages d'une journée se déroulent d'abord sur un parking puis en circulation. « Les conducteurs sont reliés par radio et sont filmés. Un debriefing et des conseils personnalisés marquent la fin du stage. Lancées début février dans plus de quatre-vingts sites, ces formations sont dans la lignée de notre culture de prévention », confirme Dominique Filsjean.

Autre exemple de prévention réussie, l'opération Sauve tes doigts, menée par Axa prévention et Club 14 en décembre 2012, a permis de distribuer à Paris et Marseille plus de cinq mille paires de gants homologués renforcés à des motards, principalement des scootéristes, qui circulaient mal équipés.

Toutes ces actions de prévention vont dans le sens du rapport « Guyot », rendu au gouvernement le 30 janvier, qui préconise une normalisation des équipements de protection et la légalisation de la circulation interfiles.

La réassurance du deux-roues, sujet tabou

Le risque deux-roues « n'est pas un mauvais risque, c'est un risque "maîtrisé". Nous n'avons donc pas de problème pour trouver un réassureur ». Telle est la rengaine que les acteurs du marché clament à l'unisson, mettant en avant leur politique de segmentation et le recul historique de la sinistralité. Pourtant, il reste difficile d'obtenir davantage de détails sur leurs traités et conventions. Pour les assureurs mutualistes, c'est le Gema qui gère les traités de réassurance. De leur côté, les courtiers grossistes comme Xenassur ou April Moto, dont les porteurs de risque sont respectivement Generali et Allianz (anciennement Gan Eurocourtage), confirment juste que leur risque est mutualisé dans des traités globaux de réassurance. Contactés, les assureurs mentionnés dans ce dossier n'ont pas souhaité s'exprimer à ce sujet, tout comme les réassureurs Scor et Swiss Re, qui ont pourtant confirmé à demi-mot intervenir sur ce risque. Alors, la réassurance deux-roues serait un « non-sujet » ? À en juger par la présence de plusieurs acteurs du marché au Rendez-vous de septembre de la réassurance à Monaco, il semble pourtant que l'enjeu soit réel. Si certaines cédantes jurent qu'elles sont fidèles au même réassureur depuis le début, d'autres confirment que ce rendez-vous annuel est l'occasion de renégocier leurs traités. Mais au-delà de ce constat, il est difficile de savoir comment les assureurs réagissent face au risque deux-roues...

Interfiles encadrée et permis en deux temps

« C'est une très bonne chose que les pouvoirs publics s'emparent de ce dossier, car c'est l'une des premières fois que l'on s'occupe des motards », estime Serge Charrier. « Outre l'enjeu de l'équipement, c'est important d'encadrer la circulation interfiles, qui existe de fait dans les agglomérations. L'idéal serait maintenant de l'enseigner dans les auto-écoles pour sensibiliser tous les usagers de la route à cette pratique », complète Dominique Filsjean. Comme la plupart de leurs homologues, Axa, la Macif et la Matmut ont suivi les travaux sur le sujet, ainsi que la transposition, en janvier 2013, de la troisième directive européenne pour harmoniser le permis de conduire. Désormais, il est impossible de conduire un cyclomoteur ou un scooter sans permis adéquat, et l'accès aux grosses cylindrées est très contrôlé avant 24 ans. « Les choses vont dans le bon sens. Nous avons toujours considéré que l'accès progressif à la puissance était la clé de la sécurité », rappellent en choeur Dominique Filsjean et Antoine Mattéi. « Avec un permis en deux temps pour les grosses cylindrées, qui prévoit une formation complémentaire après deux ans de pratique, le nouveau permis est plus proche de ce dont ont besoin les motards », estime pour sa part Serge Charrier. « Mais il est encore trop tôt pour dire si cela aura des effets en termes de sinistralité », conclut Madjid Ouali.

On assiste à une mutation progressive du marché, dont le scooter est la révélation.

Madjid Ouali, chef de gamme deux-roues à la Macif

La sensibilisation commence à porter ses fruits. Le comportement du motard est plus raisonné.

Antoine Mattéi, directeur du marché IARD particuliers d’Axa

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