[DOSSIER] Mutuelles en régions 10/10

La concentration change d'échelle

La concentration change d'échelle
Le paysage des mutuelles de moins de 120 M€ est en plein bouleversement dans une grande moitié Sud de la France. Le mouvement de concentration, qui s'est traduit par une diminution sensible du nombre de mutuelles, marque le pas ailleurs. Seule l'Alsace échappe à ce phénomène.

La fusion, au printemps, des neuf mutuelles du groupe Eovi (1) ne passe pas inaperçue. Notamment en Rhône-Alpes, en Provence-Alpes-Côte-d'Azur et, plus largement, dans toutes les régions de la grande moitié Sud de la France. Plusieurs entités, qui apparaissaient en 2010 dans notre tableau comme des mutuelles régionales, à l'image d'Eovi Novalia en Paca, sont aujourd'hui parties intégrantes d'une structure unique, Eovi mutuelle. Cette dernière protège 960 000 personnes, pour un encaissement de 515 M€ et devient l'une des premières dans le Sud-Est. Afin de maintenir la proximité, chère aux mutualistes, sa gouvernance politique sera construite sur une architecture décentralisée à trois niveaux : central (conseil d'administration d'Eovi mutuelle), départemental (conseils territoriaux) et local (sections locales).

Guerres de groupes

La girondine Myriade (65 M€ de cotisations encaissées), qui a adhèré à l'union Eovi en juin 2010, vient elle-même de reprendre, en mai (avec effet rétroactif au 1er janvier 2011), le portefeuille de Landes mutualité à Mont-de-Marsan, qui couvre près de 100 000 personnes, avec un chiffre d'affaires de 55 M€. Elle a été choisie par l'Autorité de contrôle prudentiel (ACP) parmi une dizaine d'assureurs, institutions de prévoyance et mutuelles, mettant un terme à une affaire complexe, engagée à l'automne 2009, avec la mise sous administration provisoire de Landes mutualité et de Vittavi mutualité, ainsi que de l'union GVM créée par ces dernières. L'ACP avait invoqué une gestion d'actifs risquée et une menace de cessation de paiement de GVM. Avec Myriade - qui poursuit le partenariat avec la mutuelle étudiante Vittavi, la convention de substitution restant en vigueur - dans son giron, Eovi mutuelle se retrouve aussi, dans le Sud-Ouest, en position de challenger face à Ociane (205 M€ en santé, selon le « Top 30 de la Mutualité 2009 » de l'Argus de l'assurance).

Dans une symétrie presque parfaite, la fusion des mutuelles du groupe Adréa, votée au début de cet été, avec effet rétroactif au 1er janvier 2011, aura, elle aussi, un impact dans tout le quart Sud-Est, ainsi que dans le Centre. Sept des huit mutuelles (2) qui le composant ayant un chiffre d'affaires inférieur à 100 M€, cette opération devrait, l'an prochain, bouleverser de manière très significative notre tableau des mutuelles régionales. La nouvelle entité, qui représentera 539 M€ de cotisations santé, a précisé qu'elle communiquera plus en détail sur sa configuration et sur son organisation après la parution au Journal officiel de l'arrêté de fusion.

Autre événement marquant en Paca et en Rhône-Alpes, la fusion entre Mutuelle de France-Sud (96 M€ en 2009) et Mutuelles Santé Plus (85 M€ en 2009). Intervenue en octobre 2010, avec effet rétroactif au début de l'année, elle permet à la nouvelle entité d'être présente à la fois sur les contrats collectifs et individuels. Avec plus de 180 M€ de cotisations pour 410 000 personnes protégées, elle devient la plus grosse structure de la Fédération des mutuelles de France (FMF) et rayonnera sur le quart Sud-Est sous la marque ombrelle Mutuelle de France Plus.

La SMIP ne pouvait plus faire cavalier seul.

Jean-Luc Pelaud,président de la smip

Rester libre devient rare

L'évolution de la Mutuelle du Var Emoa mérite d'être notée. Depuis sa sortie du groupe Eovi il y a trois ans, elle ne prévoit pas de rapprochement. Mais elle poursuit son développement de manière autonome. Elle a concrétisé ses deux premières implantations hors Var, avec l'ouverture d'agences à Marseille et à Antibes, prépare de nouvelles offres en assurances de personnes et commercialise, depuis juin 2011, des contrats d'assurance auto et habitation en marque blanche (contrats Affilea gérés par Suravenir assurances).

Le tissu de structures de moins de 100 M€ se raréfie dans tous le Sud. Dans le Sud-Ouest, les mutuelles Santévie doivent rejoindre l'union Harmonie mutuelles. Autre mouvement à suivre dans le Languedoc-Roussillon et le grand Sud-Ouest, celui impliquant les mutuelles du groupe Viasanté. Créé il y a une dizaine d'années par La Roussillonnaise (Pyrénées-Orientales) et la Mutuelle de l'Aude, il s'est élargi, en 2009, avec les adhésions de trois anciens membres de Santévie (Mutuelle du Cantal, Mutuelle de la Corrèze et Mutuelle UDSMA), ainsi que de Périgord mutualité (Dordogne) et a engagé, en 2009, un processus de fusion de ses membres qui doit se concrétiser à l'horizon 2013. Dernier mouvement marquant dans cette région, la fusion intervenue en décembre 2009 d'Oréade et de Prévifrance, qui a donné naissance à la Mutuelle Oréade-Prévifrance, qui affiche en 2010 un chiffre d'affaires d'environ 150 M€ pour plus de 300 000 personnes protégées.

Un oligipole se constitue

Les régions Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon et même le Limousin, se recomposent, en interprofessionnel, autour de Santévie (union Harmonie), Viasanté, Adréa, Myriade (union Eovi), Ociane et Oréade-Prévifrance. Ce grand quart Sud-Ouest est un parfait révélateur des mouvements en cours. Un écart se creuse entre des structures qui dépassent les 100 M€ et rentrent dans le club des trente premières mutuelles françaises, et d'autres, plus petites, comme les entités membres de la Fédération des mutuelles de France (FMF) - la MIFPA à Bayonne, les Mutuelles de Sète dans le Languedoc, etc. - ou indépendantes, comme les Mutuelles du Rempart (30 M€) à Toulouse, qui adhèrent à la Fédération nationale indépendante des mutuelles (Fnim).

L'union de groupe mutualiste permet des économies en moyens, mais aussi en création de produits.

Christian Germain, DG de ccmo

Circonstances obligent...

Dans le Grand Ouest, la recomposition du tissu mutualiste est beaucoup plus avancée que dans le Sud. La Smip, l'une des dernières moyennes mutuelles indépendantes (82 M€ en 2009, selon notre classement des mutuelles en régions 2010) vient de franchir un pas important de son histoire en intégrant le groupe Macif.

Sur la façade Atlantique, la fusion des mutuelles SMP Radiance (Bretagne) et UMTNS (Charente), toutes deux membres du pôle du groupe Humanis (périmètre Aprionis) est opérationnelle depuis le 1er janvier 2011. Devenue MBA, la nouvelle entité réalise 50 M€ en santé et 5 M€ en prévoyance-retraite. Elle possède seize agences locales, dont trois centres de gestion à Angoulême, Rennes et Vannes. En 2010, elle s'est implantée sous son nom à Saint-Brieuc et à Brest, où elle était présente jusqu'ici dans des locaux de la Smeba. « Ce premier rapprochement de deux entités Radiance est une réussite. Un long travail, notamment sur la partie des ressources humaines, a été mené, obtenant l'assentiment rapide des partenaires sociaux, malgré une réorganisation en profondeur des sites », explique Stéphane Lebret, directeur de MBA-Radiance.

Cap au Nord, où le tissu de petites et moyennes mutuelles, après avoir résisté plus longtemps que les entreprises dont il est l'héritier à la désindustrialisation, se resserre à son tour autour de quelques grands acteurs. Apreva, le leader mutualiste régional, qui apparaît au vingt-huitième rang du « Top 30 de la santé » de L'Argus de l'assurance (317 M€ de cotisations santé en 2010), a repris, à l'automne 2010, sa consoeur de Maubeauge, l'Avenir Mutualiste. En achevant, en juin, les opérations de dissolution et de transfert de cette mutuelle mise sous tutelle par l'autorité de contrôle des mutuelles un an plus tôt, Apreva clôt un dossier difficile, en évitant la casse sociale dans une région sinistrée sur le plan de l'emploi. Elle améliore aussi son maillage territorial en couvrant le Sambre-Avesnois.

Pour résister à ces poids lourds, des concurrents de taille moyenne se constituent en parallèle. Les mutuelles En famille (Arras) et Just'ensemble (Valenciennes) ont ainsi fusionné le 15 décembre pour devenir Just'en famille, qui, comme son nom l'indique, cible largement une clientèle avant tout familiale. Elle totalise 70 000 adhérents, pour environ 45 M€ de cotisations, ce qui la positionne parmi les premières mutuelles régionales. « Ce rapprochement nous est imposé par les circonstances. Même avec des réserves suffisantes, les nouvelles normes prudentielles nous imposent de grossir. Et mieux valait adosser deux mutuelles moyennes que de se faire absorber par un grand groupe », explique Gilbert Gaspar, son directeur du développement et de la communication.

Outre Apreva, les mutuelles nordistes doivent compter avec la forte présence du camp paritaire. L'UDT de Boulogne et la Mutuelle familiale Vauban-Humanis viennent de voter leur fusion avec effet rétroactif au 1er janvier 2011.

Le salut par la créativité

Enfin, CCMO s'affirme comme un pilier du paysage mutualiste du grand quart Nord-Est. La mutuelle de Beauvais vient en effet de constituer une union de groupe mutualiste (UGM) avec MCA, Muta santé et Réunica mutuelle. Baptisée Unisson, cette structure, dont la création a été entérinée en juin, totalise 500 000 personnes protégées. « Nous visons des économies liées à l'informatique, au développement de projets, mais aussi à la création de produits en complémentaire santé et en prévoyance. Toutefois, nous n'avons pas d'engagements financiers réciproques », explique Christian Germain, le directeur général de CCMO mutuelle. Ce dernier annonce aussi une diversification imminente : « Nous commençons à travailler la multidétention à partir de la rentrée, par exemple pour la responsabilité civile des mandataires sociaux en partenariat avec Chartis. » Face à la concurrence, les mutuelles régionales n'ont pas dit leur dernier mot.

1. Eovi-Mutuelle creusoise, Eovi-Mutuelle Drôme Arpica, Eovi-Languedoc mutualité, Eovi-Mutuelles Présence, Eovi-Roanne mutuelle, Eovi-La Mif, Eovi-Precocia, Eovi-Novalia mutuelle, Eovi-Mutuelle du Limousin.

2. Adréa Alpes-Dauphiné, Pays de l'Ain, Pays de Savoie, Centre-Auvergne, Franche-Comté, Bourgogne, Muti, Unilia.

Nombre de mutuelles santé en France et évolution d’une année sur l’autre, en % :

La division par deux des cinq dernières années va se reproduire dans les cinq prochaines, et la substitution n’a permis que temporairement
de freiner l’érosion du nombre de mutuelles.

source : sia Conseil

 

3 QUESTIONS À Paul Poullier, directeur au sein du pôle banque et assurance du cabinet SIA conseil

 « Il devrait y avoir deux fois moins de mutuelles en 2015 »

Comment arrivez-vous au chiffre de 250 mutuelles non substituées en 2015 ?

  • La tendance au rapprochement des mutuelles est un mouvement que tout le monde constate depuis des années. Nous pensons qu'elle va s'accélérer d'ici à 2015, en réduisant de moitié leur nombre, car Solvabilité 2 pourrait être un choc équivalent à la transposition des directives européennes sur les assurances, qui avaient entraîné la révision du code de la mutualité en 2001. D'autant plus que les mutuelles sont confrontées, dans le même temps que l'évolution des normes prudentielles, à une pression concurrentielle et des à coûts de la santé en hausse. La course à la taille critique est donc plus forte que jamais.

Cette notion est souvent évoquée, mais quelle est cette taille critique ?

  • Il est vrai qu'elle est impossible à définir en fixant un seuil. Je comparerais cette notion à la différence entre un examen et un concours. Pour réussir le premier, il suffit d'obtenir la moyenne, tandis que pour le second, il faut se placer dans les 30, 50 ou 100 premiers. Aujourd'hui, les mutuelles sont dans ce second cas de figure.

Le nombre de mutuelles substituées diminue très vite. N'est-ce plus une solution pour les petites mutuelles ?

  • La substitution est un moyen de survivre en confiant le risque à une autre mutuelle. Mais c'est plus un pis-aller qu'autre chose, dans la mesure où cela ne permet pas d'innover, d'améliorer l'efficacité opérationnelle et la gestion. Il devrait donc y avoir de moins en moins de substitutions dans les années à venir.

L'Est, une région à part

  • En Alsace, tout comme dans les régions voisines de Lorraine et de Franche-Comté, où le géant Prévadiès est pourtant très présent (ainsi qu'Adréa dans le Jura et le Doubs), le tissu de petites et moyennes mutuelles reste vivace. Comme nous l'écrivions l'an dernier, l'Alsace semble avoir fait le deuil d'une grande entité mutualiste, qui aurait pu se constituer autour de Mut'Est, le numéro un régional (plus de 71 M€ de cotisations).
  • Les acteurs locaux semblent privilégier d'autres formes de regroupement, comme le montre la récente adhésion de l'alsacienne MCA (55 M€) à l'union de groupe mutualiste Unisson. D'autres, comme la Mutuelle des frontaliers, installée à Morteau (Doubs), qui s'adresse exclusivement à des Français travaillant en Suisse, jouent efficacement la carte de la spécialisation. À Nancy (Meurthe-et-Moselle), le groupe Novamut s'affirme comme un pôle mutualiste important en Lorraine. Il fédère sept mutuelles, dont la Mutuelle médico-chirurgicale de Vesoul depuis 2009 et les Mutuelles de France Aube l'an dernier via l'Union Nouvelle Alliance mutualiste (Unam), pour 150 000 personnes protégées et 80 M€ de cotisations.
  • Plus au Sud, la Mutuelle familiale départementale interprofessionnelle (MFDI), issue de la fusion de la MDI 90, de la MFIB et de CEB, s'affiche comme la première du Territoire de Belfort en protégeant le tiers des 135 000 habitants du département.
  • Enfin, à Épinal (Vosges), le groupe Victor-Hugo, qui fait cohabiter la mutuelle éponyme (18 M€ en 2010) et l'institution de prévoyance Ciprev (35 M€), compte six agences dans le Grand Est. Présent aussi à Bordeaux, Rennes et Valence, il annonce 212 000 cotisants. Il cultive la discrétion, tout autant, sans doute, que l'indépendance. La page d'accueil de son site Internet affiche la citation de l'écrivain Georges Bernanos : « On ne subit pas l'avenir, on le bâtit. »

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