Niort, une ville qui vit au rythme des mutuelles

Comme une respiration commune. La ville de Niort vit au rythme des mutuelles. Il suffit d'observer : entre 17 h et 17 h 30, la circulation est maximale aux alentours de Niort, c'est la sortie des bureaux des mutuelles. « Nous intégrons ces horaires dans nos trajets. On sait qu'au niveau de certains ronds-points, c'est l'heure des bouchons », témoigne un chauffeur de taxi. La plupart des salariés résident à quelques pas de leur lieu de travail et, comme un seul homme, prennent la route de leur domicile à la même heure dans différents points de la ville. À la Macif, par exemple, les deux tiers des salariés résident sur le territoire de la communauté d'agglomération de Niort. Et tous viennent en voiture : il suffit de voir la taille des parkings pour comprendre que les transports en commun ne font pas l'affaire. Détail amusant : même les maux se ressemblent, comme dans beaucoup de bassins d'emploi mono-industriels. Ici, ce n'est pas le mal de dos. « Trop bien dans leur emploi, bénéficiant d'excellentes conditions, certains qui sentent poindre l'ennui ne parviennent pourtant pas à partir. Pour aller où ? Dans une autre mutuelle, ou ailleurs pour moins bien ? Alors, on ne bouge pas, et un malaise s'instaure, parfois jusqu'à la dépression », observe un acteur de l'emploi.

La ville respire aussi au rythme de l'activité générée par les mutuelles. Chez les hôteliers, par exemple, c'est la venue de stagiaires, de prestataires, notamment informatiques, ou de cadres parisiens qui va générer un flux significatif de réservation des chambres. Les hôtels, qui vivent essentiellement de la clientèle d'affaires, enregistrent leurs pics d'affluence les mardis et mercredis. Les vendredis, samedis et dimanches, sauf événement particulier, c'est le désert, certains établissements vont même jusqu'à fermer. « Nous réalisons environ les deux tiers de notre activité avec les mutuelles », résume Alain Raimond, président d'Hôtels Niort, un groupement qui fédère la majorité des hôtels de l'agglomération. La Macif, par exemple, fait venir 3 000 salariés de la France entière à Niort, « ce qui représente un budget de nuitées de l'ordre de 270 000 € par an, sans compter la restauration », précise le groupe. Ces clients adoptent une vie faite de taxis, de sport, de restaurants... et de pressing. Là encore, on reconnaît que les milieux de semaine sont aussi les plus actifs.

De l'école à la mairie

Du côté de la profession, ce poids des mutuelles peut, curieusement, représenter une véritable opportunité. À condition de trouver une niche où s'épanouir, le marché peut devenir plus que porteur. « Bien sûr, la présence des mutuelles est très forte à Niort, mais c'est un désert au niveau des indépendants ou des intermédiaires. Donc, finalement, c'est un paradis pour un agent généraliste comme moi ! », confie Alain Bouron, ancien fondé de pouvoir MMA à Niort devenu agent Aviva en 2004, dont l'agence est située à deux pas de l'emblématique place de la Brèche. Comme Sébastien Borysko, agent Axa (lire son témoignage ci-dessus), il souligne qu'il y a « un boulevard » à Niort face aux mutuelles. « Leur terrain de prédilection, ce sont les risques standardisés, tels que l'assurance des particuliers. Elles manquent de technicité et de disponibilité pour les très petites entreprises et les PME, et elles font très peu d'assurance vie. » De fait, son agence est passée de 500 000 d'encaissements en IARD en 2004, lors de sa reprise de l'agence, à 2,6 M aujourd'hui. Sa spécialité : l'assurance construction, ce que ne font pas, ou très peu, « les Niortaises ». C'est la stratégie : « Miser sur des spécialités où elles sont peu présentes », explique-t-il, citant un confrère, agent d'Allianz, spécialisé dans les autocaristes et la prévoyance collective. « Je mise sur le service et le conseil. Tout est géré ici, même les sinistres. Forts de notre succès, nous allons d'ailleurs déménager d'ici à deux mois dans des locaux plus grands. »

Le monde universitaire est lui aussi marqué par la couleur locale. La ville a développé un pôle universitaire unique en France, spécialisé dans l'assurance et la gestion des risques, dans lequel les mutuelles interviennent. Ainsi, l'Institut des risques industriels assurantiels et financiers (Iriaf) délivre des diplômes allant de la licence professionnelle en « statistique de la protection sociale » à des masters en « management des risques informationnels et industriels », en « risques industriels et environnementaux » ou en « statistique et actuariat appliqués aux risques en assurances dommages et santé », en passant par une licence en sciences du danger.

Pour 2013, l'équipe pédagogique veut y créer un département entièrement dédié à l'actuariat. Ce pôle universitaire mène également des activités de recherche dans le domaine de la gestion des risques, et organise régulièrement des conférences, comme ce forum Gestion des risques consacré à la cybercriminalité. Au final, pas moins de huit licences et six masters sont proposés au pôle universitaire de Niort, dans ce superbe bâtiment qui mélange savamment bois et verre.

L'Iriaf précise que plus de 80% des étudiants trouvent un travail dans les trois mois qui suivent la fin de leurs études. Subventionné par l'agglomération de Niort et le département des Deux-Sèvres, le pôle universitaire est étroitement lié aux mutuelles, toutes partenaires. « Nous savons que tous les diplômés ne resteront pas à Niort, mais, clairement, cela contribue à l'attractivité. Ils viennent en stage et découvrent la qualité de vie dans la mutuelle », note Roger Belot, président de la Maif, originaire de Niort, où il a tissé, selon les dires de ses collaborateurs, un tissu relationnel très fort. « Nous sommes quatre salariés de Mutavie à enseigner à l'Iriaf. J'ai moi-même été coopté par un collègue. C'est quasiment une tradition. Nous employons d'ailleurs régulièrement des étudiants, en fonction de nos besoins », explique Sébastien Poiblanc, directeur gestion, relations réseaux et souscripteur chez Mutavie. Dans ce lieu qui fourmille d'étudiants à toute heure de la journée, on trouve aussi une filière de droit avec son parcours droit et technique de l'assurance.

Pour les mutuelles, associées au processus d'habilitation des formations, ce pôle est l'occasion d'accéder à un vivier de nouvelles recrues. « J'ai le profil de ce qu'on appelle en interne un "bébé Smacl" : j'ai fait un BTS assurance à Niort et j'ai tout de suite intégré la Smacl, d'abord en CDD comme gestionnaire-rédactrice. Ensuite, j'ai eu la chance de bénéficier de la politique d'évolution interne », témoigne Corinne Gadeau, aujourd'hui secrétaire générale de Smacl assurances. « La croissance de notre activité nous a permis d'embaucher 80 personnes entre 2010 et 2011. Le fait qu'elles soient formées à Niort est un atout, et nous recrutons essentiellement localement. Nous avons une relation partenariale très forte avec l'université », confirme Michel Paves, président du conseil de surveillance de la Smacl.

La mutuelle des collectivités locales a toujours entretenu des liens très étroits avec la ville. Elle a d'ailleurs été créée en 1974 à l'initiative de l'ancien maire de Niort, René Gaillard, à qui a succédé à la tête de la ville Bernard Bellec, lui-même président de la Smacl ! Et, clin d'oeil de l'histoire, c'est aujourd'hui la fille du créateur de la Smacl, Geneviève Gaillard, qui dirige Niort. Autre lien amusant : depuis 1945, tous les maires sont des sociétaires de la Maif. La politique n'est jamais très loin.

Le club des donatrices

Les Mutuelles affichent un certain soutien aux associations locales, via le sponsoring, le mécénat ou des partenariats. En tête des bénéficiaires, figurent les Chamois niortais. Les différentes mutuelles participent aux actions conduites par le club, en particulier en matière de formation, en parrainant le cycle de perfectionnement des jeunes footballeurs. « Nous nous devons de rayonner et d'intervenir dans des actions culturelles et sociales, avec en toile de fond l'accès à l'éducation. Nous ne sommes pas pour autant un mécène dispendieux. Chaque euro provient d'un sociétaire », rappelle Thierry Beaufils, responsable des relations extérieures de la Maif, qui indique que le budget destiné à financer des actions de soutien a baissé de 20% entre 2008 et 2011. Lorsque le montant accordé dépasse 1 000 €, le président Roger Belot, l'enfant du pays, est sollicité pour donner son avis.

Parmi les autres bénéficiaires, on trouve le Stade niortais rugby, mais aussi le volley-ball, Téciverdi, Agenda 21, ainsi que Le Grand Feu, une association qui oeuvre pour la rééducation et à la réadaptation fonctionnelles. « J'ai tout intérêt à ce que la ville de Niort soit attrayante. C'est pourquoi notre choix porte sur des actions ou des clubs qui peuvent toucher tout le monde », détaille Jean-Dominique Antoni, président du directoire d'Ima SA, dont les bâtiments sont actuellement en plein travaux. Pour faire leur choix, les différents assureurs disent essayer d'être fair-play. « Je ne vais pas m'amuser à faire du sponsoring contre mes concurrents », témoigne l'un d'eux. Une autre manière de participer à la vie de la ville est plus informelle : lorsque le besoin se présente et que la ville en fait la demande, certaines mutuelles mettent à disposition leurs locaux (pour des compétitions de judo, la prestation d'un orchestre).

Nos salariés sont vos élus

Au final, le poids économique des mutuelles dans la ville est indéniable. Selon la Banque de France, Niort serait la quatrième place française en matière de flux financiers, après Paris, Lyon et Lille. Cela se traduit aussi par des statistiques en décalage avec les chiffres nationaux : par exemple, 54,5% des emplois sont occupés par des femmes, contre 47,8% dans le reste de la France. Ce poids se voit aussi à travers une certaine présence politique. Dans les couloirs de la mairie, il n'est pas rare de croiser d'anciens ou d'actuels salariés. Ima, par exemple, facilite l'organisation du temps de travail pour les salariés qui souhaitent s'investir dans la vie politique locale. Gérard Zabatta, 44 ans, chargé d'assistance, est aussi conseiller municipal et président de la commission locale d'insertion de la ville de Niort. « Mon emploi du temps a été aménagé sans problème. Mes mandats occupent 60% de mon temps. Ima favorise le temps partiel ou la mise en disponibilité. J'ai une visibilité permanente sur mon planning des trois mois suivants, ce qui me permet de m'organiser. Et, en cas de réunion imprévue du conseil ou de la commission, j'ai la possibilité d'être absent sur mon temps de travail. Seul inconvénient : j'ai dû faire une croix sur l'évolution de ma carrière professionnelle. »

LES CHIFFRES

  • 18%. Part des emplois du secteur des activités financières et d'assurances dans l'aire urbaine de Niort, contre 3,7% en France entière (source : CCI de Niort).
  • 80%. La proportion des étudiants de l'Institut des risques industriels assurantiels et financiers (Iriaf) qui trouvent un travail dans les trois mois après la fin de leur cursus.

SÉBASTIEN BORYSKO, AGENT AXA À NIORT DEPUIS 2010 AVEC DEUX ASSOCIÉS, PASCALE BELLOT ET JEAN-JACQUES GELIN

« Nous avons su nous démarquer »

« Axa a deux agences à Niort. Nous réalisons 3 M€ de primes. Bien sûr que notre activité s'est adaptée à la place des mutuelles à Niort ! Loin de survivre, nous avons su nous démarquer. C'est le secret. Elles ont leurs atouts et nous les nôtres. D'autant que les mutuelles n'ont pas tant de guichets que cela dans la ville. Si la moitié de la population est assurée par elles, cela laisse 50 % aux autres assureurs. Et nous avons repris un portefeuille très ancien, très diversifié, mais spécialisé dans les risques d'entreprise et le transport, qui ne sont pas les points forts des mutuelles. Notre stratégie est aussi de nous démarquer par la qualité de services et le relationnel. Par exemple, nous gérons les sinistres sur place. »

PHILIPPE DUTRUC, PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE DE COMMERCE ET D'INDUSTRIE DES DEUX-SÈVRES

« Une grue à Niort égale une mutuelle »

  • Les mutuelles occupent-elles une grande place dans la vie économique niortaise ?

En termes d'emplois, directs comme indirects, oui. Les mutuelles sont d'importants employeurs, et elles attirent de nombreux sous-traitants. Depuis quelques années, nous notons ainsi une augmentation du nombre de SSII, car les mutuelles ont intégré dans leurs appels d'offres la nécessité d'avoir leurs prestataires à Niort, alors qu'auparavant, elles externalisaient certaines activités à Paris ou Bordeaux. Nous avons aussi coutume de dire « Une grue à Niort égale une mutuelle », car elles ont lancé d'importants chantiers, qui ont donné un coup de fouet au secteur du bâtiment niortais.

  • La ville est donc dépendante des mutuelles ?

Oui. Et il n'est jamais bon pour un bassin économique d'être dépendant à ce point d'un seul secteur d'activité. Les prises de décision à la tête de ces mutuelles ont tendance à se délocaliser vers le bassin parisien, ce qui peut, à terme, les détourner de Niort. Nous suivons aussi de près la santé de ces acteurs, comme celle de Groupama en ce moment. Et les trois principales mutuelles présentes à Niort, la Maaf, la Macif et la Maif, plus de 6 000 emplois à elles trois, sont distinctes, mais un rapprochement en cas de difficultés pourrait provoquer la perte de nombreux emplois.

Une justice aussi teintée de mutualisme

Lundi 19 mars 2012. Sur les neuf dossiers qui sont examinés au civil par le tribunal de grande instance de Niort, quatre impliquent des assureurs. Cette proportion n'a rien d'inhabituel et fait du TGI de Niort le champion national des contentieux impliquant des assureurs. Il y a une dizaine d'années, plusieurs ordonnances ont maintenu la compétence du TGI de Niort contre l'exception de compétence. Concrètement, quel que soit le lieu de résidence de la victime, ou celui de l'accident ou du litige, les sociétés dont le siège social se trouve à Niort relèvent de la compétence du TGI niortais. Illustration récente avec le cas d'un cadre de Castorama : accidenté à Lille, il est fiscalement domicilié en Belgique et a demandé devant le TGI de Niort une indemnisation record de 7 M€ à la Macif .

« Ce dossier est assez emblématique de ceux que nous traitons. Nous avons d'ailleurs développé une vraie compétence en matière de dommages corporels au sein du tribunal, en liaison avec celui de Poitiers, avec lequel nous partageons le même référentiel. Aujourd'hui, notre volonté est de trouver des réponses alternatives à la judiciarisation de ces dossiers, et nous souhaitons associer à nos réflexions les mutuelles et les avocats. Toutefois, les mutuelles semblent indifférentes à une déjudiciarisation du contentieux. Elles passent cela par pertes et profits... », déclare Françoise Andro-Cohen, président du TGI de Niort. Si tous les cas de contentieux y sont traités (notamment beaucoup de dossiers en responsabilité civile décennale), l'empreinte des mutuelles s'imprime de bien d'autres façons au TGI, parfois inattendues. « Les syndicats mutualistes sont très actifs en matière sociale, et portent souvent devant le tribunal des questions de principe pour faire avancer le droit du travail. La vie des mutuelles s'invite aussi parfois dans le droit de la famille. À la suite des difficultés de la Camif, nous avons ainsi constaté une hausse importante du nombre de divorces... », témoigne Sophie Lerner, vice-présidente du TGI, qui a suivi une formation à l'École nationale de la magistrature sur l'indemnisation corporelle, afin de développer l'expertise du tribunal dans ce domaine.

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